Les supporters sont le mal du football au Faso. Les camps
de Noufou Ouédraogo et de Mahamadi Kouanda, au lieu de pousser les Etalons
vers la victoire, se livrent à une guerre de chiffonniers dans les gradins.
On en avait déjà assez pour nos yeux, nos oreilles. On en avait
également assez pour l'argent du football. Yacouba Jacob Barry s'est cru
obligé de jouer au messie (il n'est qu'une simple marionnette). Bref, un
troisième front a été ouvert. Car Barry et ses lieutenants
ont dit haut ce que tout le monde pense bas : mettre de l'ordre chez les supporters,
voire uvrer pour que le douzième homme soit unique et indivisible.
Mais leur mérite s'arrête là. Pour ce qui est de la procédure
et des moyens pour arriver à leurs fins, il faut y repenser. D'ailleurs,
Barry a si mal manuvré que Noufou n'a eu aucune peine à le
faire passer pour un putschiste et à le virer, lui et sa suite du Comité.
Pourtant, le même Noufou, selon nos sources, contacté au départ
par " ses rebelles ", comme il les appelle, avait perçu la justesse
de la cause et ne trouvait aucun inconvénient de se retirer, si tel était
le prix pour que les supporters soient unis. Mais, dans l'entendement du "vieux"
(autre appellation affectueuse de Noufou), il lui appartenait de désigner
son successeur. C'était loin d'être l'idéal. Mais cette prédisposition
du président Noufou Ouédraogo était une bonne base de travail.
Barry aurait dû jouer à fond cette carte, mais au lieu de négocier,
il s'est précipité d'organiser une conférence de presse au
cours de laquelle il s'est déclaré président, renversant
ainsi Noufou. Et c'est à partir de là que tout a dérapé.
Car pour sonner l'union des supporters, il faut balayer aussi bien Noufou que
Kouanda et mettre en place une structure neuve et neutre. Or, Barry s'est contenté
de secouer chez Noufou uniquement. Alors, la démarche de Barry a commencé
à sentir la manipulation. On a pensé que Kouanda était celui
qui tenait la télécommande dans cette affaire. Naturellement, elle
ne pouvait qu'échouer.
Comment tuer ce serpent à trois
têtes ?
Il faut reconnaître que la crise chez les "supporters"
n'est pas aussi complexe à résoudre, comme on le fait croire. Toute
naïveté mise à part, nous savons que les chefs de file des
deux camps (nous ne parlons pas du dernier venu qui est toujours tendre) ont des
carapaces dures. C'est d'ailleurs par crainte de se mettre à dos Kouanda
ou Noufou que personne n'a osé s'attaquer à la situation. Au ministère
des Sports, comme à la Fédération burkinabè de football
(FBF), personne n'a voulu se mouiller dans cette querelle de supporters. On a
refusé de chercher des solutions, mêmes les plus pacifiques et dociles.
Aujourd'hui que la gangrène a fini de ronger le douzième homme,
il faut bien se résoudre à renoncer à la politique de l'autruche.
Le problème est posé, haut comme le Kilimandjaro. Et la solution
ne peut se trouver en dehors de la FBF, et surtout du ministère des Sports
et des Loisirs. Jusque-là, les associations des supporters se mettent en
place sans impliquer les clubs et les fédérations. Ce qui n'est
pas illégal. Au Burkina, la liberté d'association n'est-elle pas
un droit ? Si des supporters veulent s'organiser, ils en ont le droit. Mais liberté
ne veut pas dire désordre. Au nom du rétablissement de l'ordre,
il faut s'impliquer dans la gestion des supporters. Après tout, le ministère
veille bien sur la mise en place des clubs, ligues et fédérations.
C'est bien l'autorité de tutelle qui supervise et valide les élections
des fédérations sportives. De la même façon, elle peut
organiser le monde des supporters en créant ou en suscitant la mise en
place d'une fédération des supporters. Elle sera une émanation
des clubs. Chaque club aura des voix, comme il en est le cas au niveau des disciplines
sportives. Par cette démarche, la structure nationale des supporters reviendra
vraiment aux supporters. Les clubs ne mandateront plus, à coup sûr,
que les vrais supporters.
Ce qui n'est pas toujours le cas...
De cette manière
également, tous les supporters seront unis. Car le ministère n'aura
de répondant que la Fédération nationale des supporters.
C'est à elle que les moyens seront accordés. D'autres structures
peuvent exister, mais elles ne seront que des branches de la Fédération
et n'auront aucune initiative. Par ailleurs, la Fédération n'exclura
personne d'office. Kouanda ou Noufou peut en être le premier responsable,
si l'un ou l'autre est mandaté par un club et s'il est élu par l'Assemblée
générale. Ce n'est vraiment pas sorcier..
J.J
Traoré