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REPORTAGE Fermeture
de l'université de Ouagadougou
En voulant taper le serpent, on tape toujours le sol. La fermeture de l'université de Ouagadougou n'aura pas causé du tort seulement qu'aux étudiants. La forte pression démographique du campus de Zogona avait fini par attirer les commerçants qui ont investi les lieux et en ont fait une zone commerciale. Avec la fermeture de l'université, c'est la dèche. La fermeture de l'université de Ouagadougou a mis du sable dans le couscous des commerçants. Mme Poda a ouvert un secrétariat public à l'entrée de l'UFR/SVT de l'université. Elle offre des services de saisie et impression à la communauté universitaire et principalement aux étudiants. Ce vendredi 1er août 2008, elle ne semble plus avoir du goût pour ce travail qu'elle a tant exercé. Et pour cause, "ça ne marche plus , a-t-elle confessé. L'ordinateur en mode écran de veille semble acquiescer les dires de la maîtresse. Prenant à témoin son registre (où elle note ses opérations journalières), Mme Poda marmonne : "Depuis le matin, je n'ai pas encore eu mon premier client et je ne suis pas sûr de l'avoir". Ce n'est pas étonnant à entendre la dame. Elle explique qu'elle s'est installée sur le campus seulement parce qu'il y a des étudiants. Ses services sont sollicités à plus de 90% par ces derniers. Depuis le 28 juin, date de la fermeture de l'université, c'est la clientèle de Mme Poda qui est ainsi envoyée en "vacances". Mme Poda partage son local autant qu'elle partage ses angoisses avec deux jeunes filles, gestionnaires d'une boutique de matériels de bureau. Pas plus que leur voisine, les jeunes filles ne montrent bonne mine malgré le temps relativement beau en cette première matinée du mois d'août. Installée confortablement dans une espèce de canapé, Ouédraogo Jacqueline donne l'impression de somnoler alors que la pendule de la maison indique à peine 10H. Sa camarade, Damiba Fatou croit comprendre l'attitude de sa copine : "On ouvre pour ne pas rester à la maison seulement, si non, il n'y a rien à faire ici". La veille, de 8H à 18H, elles n'ont pu avoir que 750Fcfa alors qu'en temps normal de cours à l'université, les recettes journalières s'élèvent en moyenne à 20 000Fcfa, soutient la demoiselle qui se sauve pour aller chercher un petit déjeuner pour le groupe. Si elles peuvent encore prendre un petit déjeuner, c'est grâce à leurs économies des bons moments de ventes, s'empressent-elles de dire. L'ambiance générale à l'université est au calme ce matin. Les seuls tintamarres nous viennent du compartiment des reprographes où un réparateur s'affaire à démonter une photocopieuse en panne. Sur les trois photocopieuses installées dans ce compartiment, une seule est en activité. Mamadou Traoré a quelques copies en main qu'il photocopie. Il témoigne que c'est son premier client et en plus, "c'est juste quelques feuilles seulement". Les occupants des autres machines n'ont d'yeux en ce moment que pour les magazines. Ils semblent noyer leur peine dans ces journaux d'évasion qui leur offrent le loisir d'admirer leurs stars préférées. Plus loin, mais toujours sur le même alignement, (12 installations d'activités diverses longent le mur de la clôture), nous nous retrouvons dans le domaine du "bandit chef". Luc Sanou de son vrai nom, le bandit chef, est photocopieur sur le campus universitaire. Il mène cette activité depuis au moins cinq ans. Ce matin, il n'est pas seul dans son lieu de travail. Cependant, le silence y est absolu. Notre intrusion rompt la monotonie du milieu quand M. Sanou se propose volontiers de se mettre à notre service: "Vous voulez faire des photocopies ?", nous lance-t-il. L'objet de notre visite le fait rire aux éclats avant qu'il ne nous invite à une petite séance d'observation autour de nous. Pour lui, cela suffirait à déduire l'impact que la fermeture de l'université a pu avoir sur son activité. "L'université n'a jamais été aussi vide comme maintenant", dit-il en montrant du doigt les lieux. M. Sanou maîtrise le calendrier de l'année universitaire car comme lui-même l'a dit, c'est de cela que dépend son activité. Il explique qu'à cause des deux sessions, il n'y a jamais véritablement de vacances à l'université parce que pendant la période dite des vacances, en plus des résidants de la cité universitaire de zogona, il y a beaucoup d'autres étudiants qui fréquentent permanemment le campus pour préparer leur session de rattrapage. Et c'est pourquoi ils ne sont jamais totalement désuvrés même s'il admet qu'habituellement, le mois d'août est une période de baisse d'activités. Et si les forces de l'ordre Sanou continue néanmoins de venir chaque matin
à l'université. Il s'en explique : "Lorsque vous
quittez chez vous le matin pour rentrer le soir, vous êtes respecté
alors que si vous restez à la maison toute la journée,
vous montrez ainsi à toute la famille que ça ne va pas",
explique-t-il. Ce qu'il gagne actuellement provient d' "un partenariat"
avec "les étudiants extra-muros1" qui saisissent l'occasion
de se rattraper avec les cours. Son voisin Michael Bayili qui exerce
la même activité entonne la même rengaine. Lui, il
plaide pour le départ des forces de l'ordre ou à défaut,
que ces derniers se mettent un peu en cachette parce que "leur
présence chasse les quelques étudiants qui viennent de
temps en temps". Il avoue néanmoins qu'ils n'ont pas de
problèmes avec les forces de l'ordre qui sont stationnées
à quelques 200 mètres de leurs installations. Après
le stand de M. Sanou, nous traversons le campus d'Est en Ouest à
la recherche d'autres commerçants. Nous avons pu remarquer que
les commerçants qui résistent au chômage sont ceux
qui ont leurs installations près des entrées de l'université
ou alors sur les grands axes de celle-ci. Cette chance, Mme Bado ne
l'a pas connue. Son kiosque est installé entre les amphis H et
I et les amphis libyens. C'est un endroit très peu visité
et Mme Bado n'a pas hésité à fermer son kiosque
aussitôt que l'université a été fermée.
Ce matin, plus d'un mois après, elle est revenue préparer
son retour. Elle dit avoir appris que les cours reprendront le 1er septembre.
Pendant qu'elle essaie d'ouvrir le cadenas de la porte, sa fille munie
d'une daba se livre à une bataille contre les herbes folles fièrement
dressées devant leur parcelle. Elles ne sauront évaluer
ce que la fermeture de l'université leur a coûté.
Seulement, elles espèrent que le rendez-vous de septembre sera
respecté. Derrière le kiosque de Mme Bado, les amphis
H et I en construction depuis septembre 2007 mobilisent encore des ouvriers
autour du chantier en finition. "La mort du rat paralyse l'arbre" Il consentit de sacrifier son feuilleton pour nous dire comment Kodjo et sa boutique évoluent avec la crise universitaire. Pour lui, avec la fermeture de l'université, les commerçants qui y étaient sont à l'image des commerçants de Rood-Woko après l'incendie du marché. Et si Kodjo est à l'université ce matin, c'est parce que la gestion de sa boutique constitue sa principale activité, nous a-t-il confié avant d'ajouter, dans un langage fait de paraboles, que leur vie est liée aux étudiants : "la mort du rat paralyse l'arbre parce que pour sortir le rat, il va falloir mettre le feu au creux de l'arbre". C'est depuis 1990 que Kodjo s'est installé à l'université et c'est progressivement que sa boutique a atteint sa taille actuelle (il fait un tour de tête pour montrer sa boutique). C'est une mini-alimentation, qui au regard de la situation actuelle, n'en est pratiquement plus un. Les réfrigérateurs ne fonctionnent plus. "Et si ça continue comme ça, nous allons tout perdre", a-t-il conclut. Le constat est le même au niveau du kiosque de l'amphi C où les rations sont devenues faméliques : nescafé et sandwich. Les commerçants installés devant le Centre de langue de l'université de Ouagadougou (CLUO) vivent pratiquement la même situation. Leur seule chance, c'est leur proximité avec l'avenue Charles De Gaulle. S'ils sont moins désuvrés, c'est aussi grâce aux travailleurs du CLUO. Cependant, les pertes restent quand même considérables. Au "kiosque le communicator", Mamou est seule devant le petit écran de sa télévision. De 50 000Fcfa en moyenne par jour, aujourd'hui, elle gagne à peine 20 000Fcfa la journée. Elle qui arrêtait son service entre 21H et 22H ferme désormais à 18H au plus tard, faute de clients. Avec la fermeture de l'université, certaines activités n'ont pas résisté. C'est le cas des cybers café qui sont tous fermés de même que certains télécentres. Les mécaniciens ne sont plus à l'intérieur de l'université. Certains se sont regroupés aux abords de l'av. Charles De Gaulle et d'autres se sont reconvertis dans d'autres métiers selon les témoignages de Kagambéga Idrissa, un mécanicien que nous avons rencontré à côté de l'UFR/SJP. Il dit y être venu "pour prendre de l'air". Ses voisins l' auraient quitté pour aller faire autre chose. Pour beaucoup de ces commerçants, la crise n'a que trop duré et ils n'ont qu'une seule prière : "l'ouverture de l'université au plus vite". Mais en attendant, ils devront encore trimer pour arrondir leurs fins de journée Boukari Ouoba (stagiaire) 1 Il fait allusion aux enseignants et autres fonctionnaires qui sont inscrits à l'université et qui ne prennent pas part aux cours mais plutôt les prend chaque fois avec les autres pour les photocopier.
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L'Evénement - Déc. 2001 | ||||||