Le mobile
politique ne fonde pas la décision administrative
Sous quelque angle que l'on analyse certaines décisions
administratives, on leur trouve difficilement une base légale.
Il y a des cas où l'auteur de la décision admet,
en privé, qu'il s'agit d'une décision politique
et soutient publiquement qu'il s'agit d'une simple décision
de gestion administrative. Dans de rares cas, l'autorité
revendique le fondement politique de sa décision. Dans
tous les cas, pour le juge administratif, la régularité
d'une décision ne saurait s'appuyer sur le mobile politique.
Le principe a été énoncé dans la
jurisprudence Prince NAPOLEON du 19 février 1875 par
le Conseil d'Etat. Nommé Général de division
par son Empereur de cousin, Prince NAPOLEON avait eu la désagréable
surprise de constater que son nom ne figurait pas dans l'Annuaire
militaire publié après la chute de l'Empire. Le
ministre de la guerre auquel il s'était adressé
pour connaître les raisons d'une telle omission lui répondit
que sa nomination au grade de Général de division,
irrégulière au regard des textes qui régissent
l'Armée, "se rattache aux conditions particulières
d'un régime politique aujourd'hui disparu dont elle subit
nécessairement la caducité".
C'est ce refus que l'intéressé déféra
au Conseil d'Etat. Pour sa défense, le ministre fit valoir
le caractère politique de la décision qui en faisait
un acte de gouvernement ;
- comprenez un acte qui ne relève pas de la compétence,
du contrôle du juge administratif. Le commissaire du gouvernement
contra l'argument en soutenant que pour qu'un acte (décision)
soit hors du contrôle du juge, il ne suffit pas que l'acte
soit une délibération du Conseil des ministres
ou qu'il soit fondé sur un intérêt politique.
Il marquait ainsi une rupture avec une jurisprudence antérieure
où le mobile politique était le critère
de l'acte de gouvernement et où sa seule évocation
suffisait pour écarter la compétence du juge administratif.
Tel avait été le raisonnement du Conseil d'Etat
dans l'affaire Laffitte. A monsieur Laffitte qui réclamait
le paiement d'une rente octroyée par la princesse Borghèse,
parente de l'Empereur Bonaparte, et refusé par la Restauration,
le Conseil d'Etat avait répondu que " la réclamation
tient à une question politique dont la décision
appartient exclusivement au gouvernement ". Plus tard,
le Conseil d'Etat considéra la saisie et le refus de
restitution d'un ouvrage du Duc d'Aumale "comme des actes
politiques qui ne sont pas de nature à nous être
déférés
"
Avec l'arrêt Prince Napoléon, le juge administratif
n'admet plus que la nature politique d'une décision l'écarte
automatiquement du contrôle du juge. Bien au contraire,
le motif, le but politique, sera bien souvent une cause d'annulation
pour détournement de pouvoir ou erreur de droit car l'administration
ne doit pas prendre des décisions sur la base de considérations
étrangères au droit.
Dans la jurisprudence burkinabè, comme exemple de ce
que le mobile politique ne suffit pas à écarter
la compétence du juge administratif, l'on peut citer
les arrêts Garango, Dakouré et Ouédraogo
du 8 juillet 1983. D'aucuns se souviendront que le régime
du Conseil du salut du peuple (CSP) avait mis à la retraite
d'office des militaires pour, entre autres motifs, assainissement
des Forces armées voltaïques. Des Officiers contestant
la régularité de ces décisions de mise
à la retraite d'office avaient saisi la Cour suprême.
Dans le contexte de l'époque marqué par une indépendance
affirmée de l'institution judiciaire, le gouvernement
avait plaidé l'incompétence de la Cour au motif
que l'acte attaqué constituait un acte de gouvernement
s'imposant au juge qui se trouve dès lors incompétent
pour statuer aussi bien sur la légalité des motifs
que sur les buts poursuivis par le gouvernement.
Comme pour dispenser un cours de droit, la Cour suprême
répliquait dans un attendu que "la théorie
classique de l'acte de gouvernement est unanimement rejetée
de nos jours où seules deux séries de mesures,
à savoir les actes concernant les rapports du gouvernement
avec le parlement et ceux qui se rattachent directement aux
relations du gouvernement avec les puissances étrangères
ou les organismes internationaux constituent des actes de gouvernement
; que ces hypothèses sont exclues dans le cas d'espèce".
Et de se déclarer compétente pour examiner les
requêtes à elle soumises.
Dans une affaire antérieure à celle des Officiers,
la Cour avait eu à statuer sur une requête où
l'intention inavouée a été déterminante
pour la prise de la décision. De quoi s'est-il agi ?
Ali Lankoandé avait déposé sa candidature
au concours professionnel de recrutement d'Inspecteurs. Le ministre
en charge de l'Education avait rejeté sa candidature.
Convaincu qu'il remplissait les conditions pour prendre part
au concours, Ali Lankoandé saisit la Cour suprême.
Examinant le dossier de l'affaire, la Cour constatait que le
candidat remplissait les conditions exigées pour les
concours professionnels à savoir : l'ancienneté
dans l'emploi ; la qualification professionnelle ou la classification
catégorielle ; l'âge limite d'autorisation à
concourir. Le ministre justifiait alors le rejet de la candidature
par le manque de personnel qualifié et le refus antérieur
d'Ali Lankoandé d'accepter un poste de responsabilité.
Comme on le voit, il s'agit de considérations étrangères
aux conditions de participation à un concours.
En fait, le ministre croyait avoir trouvé là,
une décision administrative, le moyen de nuire à
un adversaire politique. C'était sans compter avec la
combativité de l'intéressé. Conclusion,
annulation pour détournement de pouvoir, le ministre
ayant fait usage de son pouvoir dans un but autre que celui
qui lui est assigné.
On l'aura compris, le mobile politique n'apparaît pratiquement
jamais dans la décision ou dans la justification de la
décision. C'est la connaissance du contexte de l'affaire
qui permet de dire que derrière la décision administrative
formelle, il y a un mobile non officiel. La dernière
affaire nous édifiera à ce propos.
Après un contrôle, l'administration avait décelé
un manquant de caisse chez deux agents des douanes. La sanction
tombe, licenciement avec poursuites judiciaires en Conseil des
ministres. A priori, il n'y a là aucun mobile ou motif
politique mais ... En effet, le déroulement de l'affaire
va être ponctué de péripéties et
de rebondissements. Licenciés en juillet 1995, c'est
seulement en juillet 1996 que le décret de licenciement
sera pris à titre de régularisation
Ksé
Humeur
Ces voleurs de la République
!
|
Les démocrates africains se sont encore fait voler
une victoire. Encore une autre. Car après la main basse
sur la victoire de l'opposant Kenyan Odinga, c'est au tour de
celui du Zimbabwe, Morgan T. de se faire ravir sa victoire gagnée
de haute main dès le premier tour. La commission électorale
du Zimbabwe qui s'est fait prier pendant 5 semaines avant de
daigner enfin proclamer les résultats du premier tour
remporté haut la main par Morgan a mis seulement 24 h,
sinon même moins, pour proclamer le dictateur Gabriel
Robert Mugabe vainqueur à 85, 52 %. Score stalinien,
ont qualifié les médias canadiens.
Ah, si le ridicule pouvait tuer!
Comment après presque un demi-siècle de soi-disant
indépendance, on en soit encore là? Comment en
sommes-nous encore à donner un tel spectacle ridicule
de ces vieux potentats accrochés comme des chauves-souris
à un pouvoir qu'ils pensent avoir reçu de droit
divin?
Ça donne vraiment quoi de mourir au pouvoir et de laisser
son pays exsangue?
Il y a tellement de contradictions, de déphasages entre
les comportements des dirigeants dictateurs africains avec les
soi-disant valeurs de leurs cultures d'origine que je ne comprends
pas, ne comprends plus.
Dans les sociétés traditionnelles africaines,
la parole donnée avait une telle portée sacrée
que je me perds à voir ces Africains qui n'ont plus de
parole, qui disent et ne font pas, qui jurent et ne respectent
pas.
Pensent-ils seulement à demain, aux générations
futures, à l'héritage qu'ils laissent, à
leur réputation, à ce que l'Histoire, la grande,
retiendra d'eux?
Y pensent-ils une seule fois?
La tragi-comédie qui vient de se dérouler sous
nos yeux au Zimbabwe et qui a été positivement
sanctionnée par cette organisation moribonde de désunion
africaine, ce club de potentats et d'assassins toutes catégories
déguisés en démocrates met une fois de
trop l'Afrique au banc des accusés.
Et c'est l'occasion de se questionner sur la naïveté
ou la mauvaise foi des dirigeants des pays occidentaux formant
cet autre club tout à fait inutile de communauté
internationale. Quelle communauté? Et quelle internationale?
Ces gens donc ont béatement cru que le "club des
désunis africains " allait sévèrement
condamner et réprimander leur membre, Gabriel Robert
Mugabe, pour avoir volé les dernières élections.
Mais des voleurs peuvent-il en juger un autre?
Gabriel Robert Mugabe aussitôt investi s'est précipité
à Sharm el Cheikh où se tenait ce fameux sommet
des désunis africains sans aucune crainte ni honte et
en les défiant par-dessus le marché. Il aurait
en effet affirmé qu'il allait en Égypte pour voir
ceux de ses pairs qui avaient les mains propres. Voilà
qui est bien dit.
Qui parmi eux aurait pu vraiment et objectivement le condamner?
La plupart d'entre eux ont truqué plusieurs élections,
changé des constitutions, volé des victoires,
maltraité, muselé et tué leurs prédécesseurs
et opposants.
Avec de telles poutres dans l'il, comment auraient-ils
pu bien voir pour enlever la paille dans celui de Mugabe?
Ils sont la plupart d'entre eux tous assis sur des cadavres
et piétinent allégrement les droits de la personne
sans sourciller.
C'est donc ragaillardi et très sûr de lui que Gabriel
Robert Mugabe s'est présenté devant ses pairs
et a été accueilli en héros par certains
dont Omar Odimba Bongo qui s'est fendu dans une déclaration
où l'idiotie se disputait le ridicule.
"Il a été élu. Il a gagné.
Donc il est président."
Mon Dieu, mais pourquoi donc le ridicule ne tue toujours pas
en Afrique?
Désabusée et ne comprenant absolument rien au
comportement des membres du club des présidents africains,
la communauté dite internationale s'est fait dire par
les médias de leurs pays que ce club voyait en Mugabe
un héros de la guerre de libération de l'ancienne
Rhodésie. Et nous revoilà dans le duel colonisateurs
/ colonisés.
Un héros devenu dictateur mérite-t-il encore d'être
honoré?
Q'honore-t-on dans ce cas alors?
Le passé ou le présent? Et l'avenir? Y pense-t-on?
Même si je n'ai pas oublié que lors de la saga
d'Abacha contre les protestataires de la destruction des sols
du pays Ogoni par Shell en 1995, action menée par Ken
Saro Wiwa et qui l'a conduit, lui et ses huit compagnons d'infortune
à la potence, Mugabe avait été l'un des
rares présidents africains avec Mandela et Konaré
à vivement protester et réclamer en vain l'expulsion
du Nigeria du Commonwealth, je ne saurais au nom de cette action,
l'honorer et le féliciter aujourd'hui de son usurpation
actuelle de la victoire de l'opposition dans son pays. Non,
je ne saurais me faire complice de son vol maintenant, parce
que jadis, il a eu un courage que d'autres n'ont pas osé
avoir.
L'évocation de ce triste épisode de l'Histoire
africaine où Mugabe avait fait preuve d'une certaine
bravoure ne peut m'amener à l'exonérer et cette
mémoire ravive ma douleur.
A ceux de ces présidents africains qui ont eu l'audace
et le courage de se plaindre malgré tout, même
s'ils ne sont pas eux-mêmes du tout blanc comme neige,
tels Wade et Sassou, Gabriel Robert Mugabe aurait dit qu'ils
peuvent toujours aller se pendre!
"En mooré, quand on dit imbécile, on dit
Tampiri."
Pour voleurs, c'est Wagda
Angèle Bassolé
Écrivaine et Éditrice, Ottawa.