|
FOCUS
Par Abdoul Razac Napon Il est plus facile de trouver des productions littéraires
étrangères dans les librairies de la place que les
uvres nationales. La production littéraire est assez
pauvre et les uvres publiées manquent de circuit de
diffusion. Les écrivains déplorent l'absence d'une
volonté politique ferme au Burkina pour la promotion de la
chose littéraire. Or, la culture est la locomotive du développement
humain. L'édition et la diffusion Pour Mahamoudou Ouédraogo, des efforts ont
été faits pour la littérature. Il reconnaît
cependant qu'il reste beaucoup à faire. Il rejoint en cela
les écrivains qui affirment que la littérature fait
partie des parents pauvres de la culture burkinabè. La littérature
bénéficie de peu de soutien. La production littéraire
au Burkina est un acte solitaire. Les charges de l'édition,
la diffusion, la promotion sont supportées par l'auteur.
Dans un contexte de paupérisation généralisée,
la production et la promotion d'une uvre littéraire
ne sont pas chose aisée. La première barrière
reste l'édition. Les maisons d'édition ne s'engagent
jamais sans s'assurer de pouvoir recouvrer les fonds investis dans
la production. Ainsi de nombreux écrivains en herbe ont été
contraints de mettre leur projet en berne. L'autre possibilité,
c'est l'édition à compte d'auteur où toutes
les charges de l'édition sont facturées au compte
de l'auteur. Ils ne sont pas nombreux les Burkinabè qui peuvent
se permettre une édition à compte d'auteur. La littérature, un secteur orphelin
Certes, il n'y a pas une culture d'achat et de lecture
au Burkina ; mais l'on estime que le rôle de l'Etat, c'est
aussi de susciter le goût du livre surtout chez les plus jeunes.
Ceci passe par l'introduction des uvres nationales dans les
programmes d'enseignement, l'instauration de débats littéraires
et l'utilisation des médias. Aicha Borro illustre le manque
d'intérêt pour les uvres littéraires par
les programmes des médias : "A la télévision
nationale, les activités culturelles sont pour la plupart
du folklore, il n' y a pas une émission sur la littérature"
Et pourtant, affirme Angèle Bassolé, "ce sont
les idées qui gouvernent le monde et les occidentaux ont
mis les moyens pour faire circuler leurs idées et les imposer
aux autres. Chez nous par contre, on emprisonne l'auteur et ses
idées". Pour elle, les autorités prennent le
principal pour l'accessoire. Un point de vue partagé par
Alfred Sawadogo. Le savoir qui devrait être magnifié
n'est plus une référence, c'est plutôt l'avoir.
C'est ce qui constitue à leurs yeux l'obstacle au développement.
Normal que les écrivains africains se tournent vers l'occident
où la production intellectuelle conserve toute sa noblesse.
"Le jour où les autorités comprendront que la
culture, la littérature sont des axes de développement,
ils feront quelque chose", affirme Angèle Bassolé.
Il est persuadé que l'économie est la fille de la
culture. Pour Alfred Sawadogo, le livre est la source de la connaissance,
il participe à la formation civique de l'individu. Un écrivain
n'a pas la prétention d'être un guide éclaireur.
Mais en tant qu'intellectuel, il met ses réflexions au service
de l'idéal, il est au service de sa société.
C'est un altruiste qui met en exergue les valeurs que la société
devrait saisir en faisant une analyse profonde des problèmes
de sa société. L'intellectuel interroge, analyse et
propose. Angèle Bassolé ne pense pas autrement. Elle
estime d'abord que la littérature africaine doit être
une littérature militante, pour libérer les consciences
et insiste sur la responsabilité morale de l'écrivain.
La littérature n'est pas hors de la société,
elle est le reflet du social.
| ||||
|
©
L'Evénement - Déc. 2001 | |||||