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FOCUS
Par Abdoul Razac Napon La lutte contre l'impunité mobilise plusieurs personnes au Burkina et ailleurs dans le monde. Parmi elles, des femmes se distinguent par leur constance et détermination. Elles se battent depuis le premier jour, bravant toutes sortes de pressions et préjugés. Le non lieu de juillet 2006 sur le dossier Norbert Zongo a ravivé chez elles le sentiment d'injustice, de révolte, mais surtout une détermination à organiser la résistance. L'assassinat du journaliste Norbert Zongo n'a pas laissé
les femmes indifférentes. Dix ans après la tragédie
du 13 décembre 1998, plusieurs d'entre elles continuent le combat
à divers niveaux de la société burkinabè.
Du Collectif contre l'impunité au mouvement des femmes en noir,
elles se battent contre la banalisation de la vie humaine. Le non lieu
prononcé le 18 juillet 2006 a fini par convaincre les femmes
qu'elles doivent poursuivre le combat. Pour Mlle Alima Diallo, juriste
et ancienne membre de l'ANEB (Association Nationale des Etudiants burkinabè),
il y a une volonté manifeste de la justice de prescrire le dossier.
Pour elle, des gens ont suffisamment apporté de charges nouvelles
qui pouvaient faire bouger le dossier. Elle cite les déclarations
de Moise Ouédraogo et du Sergent Naon Babou au procès
dit des putschistes tenu 2003 au tribunal militaire. Elle estime que
le ministère public devrait même protéger les témoins.
Le problème de la justice c'est qu'elle est inféodée
à l'exécutif, constate-elle. La douleur des mères La tombe du leader de la révolution Thomas Sankara
reçoit également la visite des femmes en noir. "Nous
voulons bien nous rendre sur les tombes des autres victimes, mais ce
n'est pas facile. Nous avons une pensée pieuse pour eux.",
souligne Mme Zongo Martine, la présidente des femmes en noir.
L'objectif de cette association est la vérité et justice
pour Norbert Zongo et pour toutes les victimes des crimes politiques.
"Personne d'autre que la femme ne connaît mieux la douleur
pour une mère de perdre son enfant", indique Mme Rouamba
Georgette. Après chaque prière, c'est un sentiment de
révolte, mais aussi d'espoir qui animent les femmes. Elles constatent
que des gens comptent sur le temps pour venir à bout de leur
combat. "Des gens ont dit qu'on n'ira pas loin, on finira par nous
fatiguer", déclare Noélie Sawadogo. "Cet engagement
doit exalter l'orgueil, il faut démontrer que la femme, ce n'est
pas que la féminité, elle peut aussi soulever des montagnes",
souligne-t- elle. Pour les femmes en noir, l'important n'est pas le
nombre mais plutôt le message. "Même si c'est une personne,
il faut seulement qu'on respecte notre engagement", ajoute Mme
Zongo Martine. Cette lutte se veut aussi une source d'inspiration pour
d'autres personnes. Il n'y a pas de petits essais, selon Noélie
Sawadogo. Elle en appelle donc aux jeunes pour qu'ils se mobilisent
et mettre fin à l'impunité au Burkina. Le même avis
est partagé par l'artiste et animateur radio Sam's K le Jah.
Il avait appelé à une prise de conscience des jeunes sur
leur devoir et leur capacité à combattre l'impunité.
C'était à l'occasion de la projection du film sur femme
en noir d'Aziz Nikièma. Aucune lutte n'est vaine Dans leur combat, les femmes en noir rencontrent des obstacles. Des obstacles liés à leur condition de femme, et à toutes ces forces qui se nourrissent de l'impunité. Environ une centaine au départ, elles sont aujourd'hui au nombre de six qui se rassemblent régulièrement au cimetière de Gounghin. Les raisons qui expliquent ces nombreux abandons sont diverses. La pression de la famille, les intimidations, les questions religieuses sont entre autres motifs d'abandon. " Les femmes ne sont pas libres, nous sommes dans une société de phallocrates", explique Noélie Sawadogo. "Le pasteur de la sur à Blaise Ilboudo, chauffeur de Norbert Zongo, l'a empêché de participer aux prières", ajoute Mme Zongo Martine. Pour Mlle Diallo les femmes au Burkina vivent leur condition de féminité. Elles devraient, de son avis, être les leviers de la lutte contre l'impunité. Elle s'est engagée dans le combat contre l'impunité en 1998 suite à l'assassinat du journaliste. Elle reconnaît qu'il est difficile d'être femme au Burkina. "L'homme est le reflet de son éducation et les femmes ne sont pas éduquées à jouer le rôle de leader, les femmes n'aiment pas s'afficher", soutient-elle. Elle souligne cependant que les femmes ont participé activement et massivement à la lutte du Collectif contre l'impunité. Les étudiantes à la pointe | |||||
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L'Evénement - Déc. 2001 | ||||||