Le Burkina Faso
définitivement
dans le collimateur de Al qaïda
Le récent incident de Ouahigouya avec les volontaires
du corps de la paix américains est simplement un révélateur
d'une situation qui depuis longtemps est considérée
comme préoccupante.
En avril dernier, à la veille de la tenue de l'opération
militaire multinationale FLINT LOCK, les Français, qui
ont jusque là cru être les plus ciblés dans
les projets de Al Qaïda contre le Burkina Faso, avaient organisé
une rencontre d'information pour ses ressortissants et pour ceux
des pays de l'Union européenne dont elle assure le rapatriement.
Cette information parue dans La Lettre du Continent avait provoqué
un émoi chez les autorités burkinabè qui
avaient fait pression sur les diplomates français.
Mais la réalité est là. Au cours de cette
rencontre, il était ressorti clairement que Al Qaïda
s'intéressait au Burkina Faso et envisageait des actions
d'éclat et même projetait des infiltrations pour
organiser des remous sociaux. Mais dans l'immédiat, les
informations concordantes montraient le ciblage des intérêts
français au Burkina Faso, un peu dans le genre de ce qui
était arrivé à l'ambassade de France en Mauritanie.
Les informations étaient très sérieuses et
avaient conduit les autorités de l'ambassade de France
à Ouagadougou à renforcer les mesures de sécurité
autour de leur bâtiment.
La dernière alerte vient donc confirmer les informations
sur une éventuelle opération Al Qaïda au Burkina
Faso. Si les informations sont vérifiées, il y aurait
donc deux types d'actions qui sont projetées. Les premières
consisteraient à s'en prendre aux intérêts
des alliés occidentaux visibles du Burkina Faso sur le
sol burkinabè. C'était d'abord les Français
qui étaient directement visés. Maintenant ce sont
les Américains. Depuis l'opération Flint lock du
mois de mai dernier, les responsables de la nébuleuse au
Maghreb auraient focalisé leur attention sur les relations
Burkina Faso/Etats-Unis. Le renforcement des capacités
du Burkina Faso dans la lutte contre le terrorisme est considéré
par les responsables de l'AQMI comme une menace directe. Surtout
que les informations abondamment relayées faisaient état
d'équipement du Burkina Faso de moyens militaires conséquents.
Deuxième type d'actions : elles consisteraient en des infiltrations
pour provoquer des troubles sociaux, surtout dans une perspective
d'une radicalisation du mouvement de contestation qui suivra inévitablement
la révision de l'article 37 de la constitution et la volonté
affichée de Blaise Compaoré de ne pas partir du
pouvoir.
Il semble que jusque là, AQMI se sentait dans une relative
sécurité à la lisière du sahara. Les
pays limitrophes du sud : Mali, Niger, Mauritanie et Tchad étaient
dans une indigence matérielle telle que l'organisation
ne craignait pas une opération militaire d'envergure. Le
pays qui les inquiétait, c'était l'Algérie.
Mais tant qu'elle pouvait jongler dans l'espace incontrôlé
des frontières, elle n'avait rien à craindre de
l'Algérie. La situation était telle qu'un moment,
les Américains, à l'instigation des Algériens,
voulaient pousser le Nigeria à s'impliquer un peu plus
pour aider l'Algérie à contrer les islamistes. Mais
le Nigeria englué dans ses propres problèmes ne
s'était pas montré intéressé.
Le poids que semble prendre le Burkina Faso dans la médiation
et la lutte contre le terrorisme le met dans la ligne de mire
de la nébuleuse qui comme on le sait n'est pas homogène.
Si le Burkina Faso a quelques personnes ressources dans certains
cercles, il n'est pas dit que toutes les branches lui prêtent
allégeance. Certaines pourraient même envisager une
action d'éclat pour contraindre le Burkina Faso à
se tenir à l'écart de cette lutte à mort,
entre les islamistes et la première puissance militaire
mondiale. Dans cette perspective, l'enlèvement des Américains
sur le sol burkinabè relativiserait la " sûreté
" du pays. Par ailleurs, on ne devrait pas être surpris
de ces actions de rétorsions. Il n'y a pas d'engagement
sans prix à payer. Si les autorités burkinabè
veulent jouer à ce niveau de responsabilité, elles
doivent forcément s'attendre à l'effet rebours.
Il faut espérer que le Grand médiateur en a pris
la pleine mesure et que pour nous, le prix en vaudra la peine.
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