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Et le moratoire
sur les friches anarchiques ?
En ce début d'une campagne agricole qui s'annonce difficile,
comment ne pas revenir sur ce sujet que nous trouvons préoccupant
et sur lequel notre gouvernement est complètement aphone.
Il s'agit des friches anarchiques qui précédent
chaque année les travaux agricoles. Sans aucune précaution,
des milliers d'hectares sont annuellement dévastés
juste pour faire de petits champs sans réelle incidence
sur la productivité générale. Pour l'environnement
cependant, c'est la catastrophe. Notre écosystème,
déjà très fragilisé par les feux de
brousse et la divagation des animaux est pour ainsi dire achevé
par les hommes quand le moment de se régénérer
arrive. Cette pratique est évidemment la conséquence
directe du mode cultural en vigueur dans le pays. Faut-il alors
fermer les yeux en attendant que la catastrophe se produise ?
Nous pensons qu'au nom du principe de précaution qui guide
les actions de l'administration publique, il n'est pas possible
d'attendre encore longtemps. Et justement, puisque les députés
sont convoqués en ce mois de juin pour examiner la loi
sur le foncier rural, n'était-ce pas le bon prétexte
pour prendre cette mesure conservatoire ?
En tout cas, il est clair qu'il faut y mettre fin, si non nous
courrons un risque écologique sans nom. On aura de toute
façon remarqué la vitesse phénoménale
avec laquelle les brousses partent en fumée. Pour s'en
rendre compte, il suffit d'être un bon observateur en empruntant
nos routes nationales, bitumées ou pas. D'année
en année, les petites brousses ont disparu pour donner
naissance à de petits champs vite abandonnés la
saison d'hivernage suivante, puisque les sols pauvres ne supportent
pas plus d'une année d'exploitation. Les paysans se voient
alors contraints d'aller sur un autre espace. Ce mode de production
agricole qui n'est autre que l'économie de cueillette ne
peut pas perdurer sans risque. Il faut définitivement faire
comprendre à nos braves paysans qu'il en va de la terre,
comme des animaux d'embouche. Plus tu la nourris, plus elle va
te donner de bonnes récoltes. Deux dispositions devraient
nous aider à parvenir à cette sensibilisation :
le retour de l'encadrement technique tel qu'annoncé par
Tertius à l'occasion de son émission bilan de deux
ans à la TNB et puis la communalisation intégrale
actuellement en vigueur. Normalement avec la rétrocession
des prérogatives prévues par les lois sur la décentralisation,
les communes savent les limites territoriales de leur circonscription.
Elles sont donc en droit d'organiser l'accession et l'exploitation
des terres et à prendre toutes les mesures nécessaires
pour préserver les ressources environnementales de leur
commune. Il faut donc, pour prévenir la dégradation
continue de notre environnement, forcément réglementer
les implantations des concessions nouvelles dans les terres rurales
et ne plus laisser l'affaire aux seules dispositions de la RAF
qui, si elles introduisent une justice sociale dans l'accès
à la terre, ouvre la voie à une occupation anarchique
porteuse de tous les dangers avec l'évolution de la démographie
et les demandes sans cesse croissantes en ressource foncière.
Il faut le faire maintenant car le temps presse. Nous voyons le
problème se poser en terme de conflits meurtriers entre
éleveurs et agriculteurs. Il pourrait rapidement déborder
ce cadre et opposer autochtones et allogènes, tous agriculteurs.
Le foncier prend de plus en plus de l'importance dans notre pays
et dans notre économie. Il faut certainement savoir anticiper
les préoccupations de cette évolution. C'est pourquoi
il nous semble important que l'administration publique décrète
à titre conservatoire l'arrêt des friches annuelles
anarchiques. Il faut aussi faire respecter la loi qui délimite
un périmètre de 50 mètres de chaque côté
d'une voie principale pour servir de piste à bétail.
Le constat aujourd'hui, c'est que cette disposition n'est pas
respectée. Il y a des champs qui montent même parfois
sur les accotements de la route. Les députés qui
sont appelés à examiner la loi savent certaines
réalités et l'intérêt d'une loi comme
celle-là, c'est qu'elle devrait transcender les clivages
politiques. Tous les députés ont intérêt
à un bon solutionnement de la question foncière
rurale. Il faut déjà constater la mise en place
biaisée des CVD, les comités villageois de développement
qui devraient entre autre solutionner ce problème foncier.
En dehors d'une réglementation rigoureuse, les CVD sont
devenus des appendis des chefs influents ou des maires totalitaires.
Composé de façon discriminatoire, excluant très
souvent des composantes significatives des communautés
locales, les CVD sont déjà en certains endroits
des dangers dont il faudra clairement expliquer comment s'en prémunir.
Quel contre pouvoir contre les CVD dans les villages autre que
le maire ? Le ministre Clément Sawadogo est interpellé.
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