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Façon de voir
Par Newton Ahmed Barry

Encore une sanction pour fait de grève !

Nous l'avons expliqué ici même et à maintes reprises qu'un gouvernement qui réagit de manière aussi épidermique à une grève donne de sérieuses raisons de s'inquiéter de son caractère démocratique. La grève reste un droit du travailleur. Quand la Constitution dit que la loi va réglementer sa jouissance, cela ne veut pas dire que la dite loi doit entraver les conditions de son exercice. Réglementer en droit ne veut aucunement dire entraver. Or, c'est à cela que nous assistons ces dernières années. Les élèves policiers ont manifesté pour exprimer un vrai problème dans leur corps. Le gouvernement a réagi par la révocation. Les diplomates ont fait la grève. Le gouvernement a réagi de la même façon en fermant l'école qui forme les diplomates et en inventant une sanction qui n'existe pas dans la loi sur la Fonction publique qui consiste à disperser les grévistes dans des administrations autres que celle pour laquelle, ils ont été formés. Le gouvernement croit à chaque fois que le problème, c'est le thermomètre. Si on le casse, c'est fini. Personne ne saura encore qu'il y a la fièvre. En quelque sorte, c'est parce qu'il y a le thermomètre qu'on peut lire la fièvre. Et s'il est cassé, c'est fini. Erreur grossière !
Le gouvernement vient de donner la même réponse après la récente grève des greffiers de justice. Indubitablement, cela commence à devenir très inquiétant. Pour un gouvernement démocratique, la réaction aurait du être tout le contraire. Un gouvernement démocratique est à l'écoute des citoyens. Après une grève et en fonction de son ampleur, il cherche à voir si l'inquiétude exprimée a un fond de vérité, si le gouvernement peut y répondre et de quelle manière ? Il ne commence pas par casser du gréviste. Les stagiaires n'ont peut-être pas le droit de grève. Mais depuis quand un stagiaire peut-il remplacer un titulaire au point de devoir poser des actes qui assurent une continuité administrative? Autant il n'a pas de droit de grève, autant il n'a pas le droit de poser des actes administratifs. Il est stagiaire. Il n'est pas titulaire. Il ne peut donc pas être administrativement responsable. Si non, ce serait très simple. Pour en finir avec les grèves, il suffirait de créer un corps de stagiaires permanents.
Il faut être sérieux. Un gouvernement responsable ne se conduit pas de la sorte.
Mais il appartient, à notre avis, à l'ensemble de la société civile et politique de faire bloc contre cette dérive inacceptable. Il n'est pas tolérable qu'à chaque grève, la réponse du gouvernement soit invariablement la sanction, le bâton.
Les syndicats dans leur ensemble et la classe politique n'ont pas toujours su réagir comme il se doit à ces dénis de droit du gouvernement. La bonne gouvernance, c'est aussi un rapport de force. Quand le gouvernement n'a personne en face de lui et comme c'est un gouvernement d'un vieux système qui a des réflexes d'Etat d'exception, il est plutôt porté à la force. A la brutalité.
Or, il se dégage que les sociétés civile et politique dans leur ensemble ne savent pas faire bloc sur des valeurs cardinales. Ces dernières années, le gouvernement a systématiquement sanctionné le fait de grève et il n'y a pas eu de réactions vigoureuses en face. Sauf la presse qui fait ce qu'elle peut. Mais les journalistes ne sauraient remplacer les autres acteurs de la vie nationale. Il y a même un fait très grave contre lequel, pas même le Collectif contre l'impunité n'a su réagir comme il se devait. Le président a gracié un criminel, reconnu comme tel après un jugement, et cela n'a apparemment choqué personne. Ousseni Yaro, ex-membre de la garde présidentielle qui a reconnu avoir torturé à mort, le pauvre David Ouédraogo, a eu la compassion du président du Faso qui lui a accordé une remise de peine. Alors que les ayant droits de David n'ont pas eu droit, pas un seul jour, à la compassion du même président, qui est aussi le leur. Dans cette affaire, ce n'est pas Ousseni Yaro qu'il faut plaindre, mais les enfants de David Ouédraogo, qui n'auront plus jamais la joie de voir leur père revenir du travail, leur assurer le minimum pour qu'ils puissent s'épanouir comme les autres enfants burkinabè. C'est à eux que le président aurait du penser en accordant sa grâce à Yaro.
Cette mise en liberté a été faite sous la barbe et le nez des sociétés civile et politique burkinabè. Jusqu'à plus informé, nous n'avons pas entendu que ces acteurs sociaux et politiques aient réagi. Il faut toujours avoir à l'esprit que les dérives les plus graves viennent d'une permanence d'indifférence. C'est ce à quoi nous assistons chez nous. Au fait, qu'est-ce qui peut encore réellement indigner les Burkinabè dans leur ensemble ? A chacun de répondre ! Sur cette question de grève, il faudra pourtant se réveiller.


 

© L'Evénement - Déc. 2001
Concept. & Réalisation: A. Diallo
Date de mise en ligne: 16 mars 2009