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Editorial
Par Germain Bitiou NAMA
Germain Nama, Directeur de Publication

De la morale de l'Etat

Les médias ont récemment relayé la sortie médiatique de la présidente de la Commission Informatique et Libertés (CIL), suite au contrôle de gestion effectuée par l'Autorité Supérieure de Contrôle d'Etat (ASCE). Le moins que l'on puisse dire, c'est que la situation est de nature à créer un malaise. A notre sens, les recommandations de cette institution ne doivent souffrir d'aucune contestation. Or, il y a manifestement désaccord entre les parties autant sur la méthode de travail que sur les conclusions des inspecteurs d'Etat. La comptabilité publique impose des règles de travail censées être la base de tout contrôle ultérieur. Quand ces règles sont bafouées par ignorance ou par intérêt, il faut très précisément savoir préciser les niveaux de responsabilité. Certes, dans notre administration, beaucoup de choses sont dévoyées. Ministres et responsables d'institutions ont pris cette fâcheuse habitude de proposer ceux qu'ils souhaitent voir à la tête de leur département financier non pas en raison de leur compétence technique, mais plutôt dans le but d'en faire des complices pour d'éventuels arrangements mafieux. On a vu dans ce sens, des responsables financiers suivre leur patron dans leurs différents postes. Est-ce normal ? Cette pratique est rendue possible grâce au copinage entretenu au sommet de l'Etat. Le ministre des Finances qui assure la tutelle de nos gestionnaires doit comprendre qu'il n'est pas innocent dans nombre des travers relevés en matière de gestion financière, à la fois dans nos départements ministériels et au sein de nos institutions. Dans le cas qui nous intéresse, malgré les appels au secours de la présidente du CIL qui voyait que son institution était en train de prendre l'eau, il n'ya pas eu la moindre réaction du département des finances. A trois reprises, la dame Ouattara a sollicité un appui en ressources humaines, mais rien. Elle n'a dû son salut qu'après avoir viré son ancien DAAF et surtout grâce à l'arrivée du nouveau DAAF qui a travaillé à assainir la gestion comptable, comme l'a du reste reconnu la mission conjointe dépêchée par le ministère des Finances.

Nous devons nous féliciter du dynamisme dont fait preuve l'ASCE ces derniers temps qui travaille sur de nombreux dossiers dont les échos qui nous parviennent sont plutôt rassurants. Pour autant, nous avons le devoir de nous interroger à chaque fois que nous aurons des raisons de le faire. Ayant eu le privilège d'avoir examiné les différents documents de contrôle concernant cette boîte, nous avons effectivement des raisons de nous interroger. Pourquoi par exemple les inspecteurs de l'ASCE ont-ils choisi de faire foi à de simples déclarations de l'ancien DAAF plutôt qu'à celles de la présidente, alors même que ces déclarations n'étaient appuyées sur aucun document comptable ? Dans le même ordre et concernant Mahamoudou Ouédraogo, sur quelle base a-t-on fait foi à la thèse de l'enveloppe destinée à ses soins servie par le DAAF, plutôt qu'à celle de Mahamoudou lui-même qui déclare avoir seulement reçu de l'argent pour acheter un caméscope ? Que dit-on du caméscope effectivement acquis par ses soins et dont la facture serait disponible dans les livres comptables de la CIL ? Nous voulons comprendre pourquoi c'est au moment même où les recommandations pertinentes étaient en cours d'exécution que les deux inspecteurs de l'ASCE recommandent au Premier ministre d'écarter les deux premiers responsables de la CIL ? En l'absence de réponses claires et pertinentes à ces questions, on ne peut empêcher les gens de croire qu'il y a anguille sous roche. Et il y a tellement d'anguilles que certaines sont attribuées au chef du gouvernement lui-même que certains voient derrière cette machination. Ne parlons pas des inspecteurs dont un au moins pourrait être convaincu de connivence avec l'ancien DAAF ! Il se trouve que madame Ouattara refuse d'être le poulet du sacrifice. C'est tant mieux si ça permet d'éclairer quelques coins sous le voile.

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© L'Evénement - Déc. 2001
Concept. & Réalisation: A. Diallo
Date de mise en ligne: 15 Juillet 2010