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Editorial
Par Germain Bitiou NAMA
Germain Nama, Directeur de Publication

Le CDP pour la révision de l'article 37

On voyait les choses venir ! Jusque là, le CDP s'était réfugié derrière une position de principe, répétant inlassablement que l'article 37 faisait partie des dispositions révisables de la loi fondamentale. Par la voix d'Achille Tapsoba, nous savons désormais que la décision est prise de passer à l'acte. Il ne reste plus qu'à enclencher le processus pour ouvrir la voie à l'installation d'un pouvoir à vie.
Nous avons à maintes fois, dans ces colonnes, activer la sirène d'alarme pour signifier tous les risques qui pèsent sur la quiétude sociale si cette disposition venait à être modifiée de quelque manière que ce soit. Nous pensons qu'un mandat de cinq ans renouvelable une fois est suffisant à tous ceux qui viendraient un jour à assumer la magistrature suprême pour apporter leur contribution à la construction nationale. C'est en effet de contribution qu'il s'agit car aucun Burkinabè n'a assez de mérite pour se croire indispensable. Si en dix ans, quelqu'un n'a pu poser sa pierre, son problème ne relève plus du domaine du temps.

L'homme au nom de qui l'on s'apprête à commettre cette forfaiture a à son actif 23 ans de pouvoir. Il vient d'annoncer son intention de postuler à un autre bail de 5 ans, ce qui, si Dieu lui donne longue vie, fera 28 ans. Nous avons affirmé ici que tirant leçon de leur histoire politique, les Américains ont décidé qu'aucun d'entre eux ne doit séjourner plus de 8 ans à la Maison Blanche. C'est le même esprit qui avait présidé au rétablissement du même article 37 dans sa disposition originelle, après qu'on ait tenté une première fois de le modifier pour faire sauter le verrou qui limite la durée des mandats.

Il y a quelque chose de profondément dégoûtant dans l'attitude des barons du CDP qui savent pertinemment qu'il est aventureux d'engager le pays dans cette folie qui consiste à rompre le consensus qui est au fondement de la paix retrouvée, après des années de convulsions sociales.

A supposer même que Blaise Compaoré soit l'inspirateur de cette décision (ce qui n'est même pas sûr, parce qu'ils sont nombreux ceux qui croient deviner dans ses pensées et qui brûlent d'envie de lui fournir la preuve de leur allégeance). Entre amis, on doit quand même pouvoir se dire la vérité. Il vient lui-même de révéler qu'il a essayé de prévenir Mamadou Tandja contre ses turpitudes qui, dit-il, vont le conduire droit au mur. Effectivement, en refusant d'obtempérer, le président nigérien s'est brûlé les ailes. Et voilà qu'on nous dit que le CDP a l'intention de rééditer la jurisprudence Tandja. On l'a compris, plus rien ne va dans la galaxie du pouvoir. Ils sont tous devenus fous. Le président a-t-il seulement la lucidité et la fermeté nécessaires pour virer tout ce beau monde autour de lui et qui ne sert à rien ? On attend de voir. Quand on s'entoure de collaborateurs et d'amis, c'est pour vous aider en cas de nécessité à suppléer à vos faiblesses. Mais voilà que ce sont les amis et collaborateurs du président qui le poussent dans le trou. Demain, ce sont les mêmes qui vont nous dire qu'ils n'avaient pas le choix et vont tenter de présenter Blaise comme un dictateur impitoyable. C'est une rengaine usée. Non ! La couardise de nos responsables politiques est bel et bien un choix politique. Dieu fasse qu'ils en paient un prix élevé. Nous avons marre de ces responsables politiques qui se cachent pour dénoncer et qui publiquement approuvent, le verbe haut ce qu'ils ont dénoncé. Il faut que s'organise au sein des partis politiques et en particulier du CDP une conscience citoyenne capable de promouvoir une culture politique faite de courage afin de faire face aux défis qui s'amoncèlent dans la construction d'une démocratie véritable.

Les responsables du CDP ont renoncé à bâtir un vrai parti de militants égaux en droits et en devoirs et où souffle un air de camaraderie entre gens capables de se parler en face. Ils se trompent cependant lourdement, s'ils croient pouvoir échapper aux conséquences du fiasco vers lequel ils sont en train d'orienter de gré ou de force leur mentor. Si nous prenons tant de peine à parler du CDP, c'est parce qu'il est le parti qui tient entre ses mains le destin du Burkina. On ne peut pas le laisser dévoyer à peu de frais tous nos espoirs de paix et de prospérité.

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© L'Evénement - Déc. 2001
Concept. & Réalisation: A. Diallo
Date de mise en ligne: 30 juin 2010