Grand Débat
de Canal3
Tertius doit apprendre à contourner les chausse-trappes
De grâce, qu'on ne nous fasse pas croire
que le Premier ministre Tertius Zongo a refusé de venir
au Grand Débat de Canal3 pour des raisons de sécurité.
C'est à la limite, une insulte faite à cet homme
qui, depuis qu'il est à son poste, s'est singularisé
par une attitude courtoise si ce n'est de la franche sympathie
vis-à-vis des hommes de média. Dans la situation
qui nous intéresse, le Premier ministre connaissait bien
le format de l'émission et c'est donc en connaissance
de cause qu'il a donné son accord pour y participer.
L'émission prévoyait en effet un temps (1 h) pour
l'invité et le trio de journalistes choisis pour lui
poser des questions et un temps (30 mn) pour des questions directes
émanant du public.
Quant à la salle du CENASA prévue pour abriter
l'émission, elle était libre d'accès, sous
réserve du respect par le public des horaires protocolaires
convenus. Où est donc le problème ? Il semble
que des précautions élémentaires de sécurité
n'avaient pas été prises. Soit ! Mais à
qui appartenait-il de prendre ces précautions ? A la
sécurité d'Etat ou à Canal 3 ? A qui veut-on
faire croire que ces choses relèvent d'un quidam ? Le
simple accord du Premier ministre valait engagement d'office
de la sécurité d'Etat à mettre en place
l'accompagnement sécuritaire nécessaire. C'est
ainsi que ça se passe dans un Etat organisé !
Il y a donc maldonne et mauvaise foi dans la réponse
fournie par les services de presse du Premier ministère.
En revanche, il est fort probable que pour des raisons qui
leur sont propres, des gens aient décidé que le
Premier ministre n'irait pas à cette émission
et se sont employés à l'égarer sur des
considérations sécuritaires. Evidemment, en cette
matière, le dernier mot leur revient, sauf si le Premier
ministre entre en rébellion ouverte avec la coutume établie.
Pourquoi prendre ce risque pour honorer une simple émission
télé, quand on connaît la terrible réputation
de cette institution souvent apte à produire des excroissances
peu soucieuses de la légalité républicaine
! Habitués au travail de l'ombre, ces hommes sont assurément
bien placés pour en connaître les acteurs qui s'y
agitent, mais c'est également une position qui fait également
d'eux des spécialistes de la manipulation. On peut aussi
penser à l'action maléfice de petits malins. Mais
pour que Tertius morde à l'hameçon, il faut que
l'information vienne de milieux ayant une compétence
officielle. Sans remettre en cause la véracité
de l'information, on peut tout de même s'autoriser quelques
observations : En ne déterminant pas la nature des perturbations
en question, on entretient sciemment la confusion. S'agit-il
de simples chahuts ou d'une entreprise terroriste ? Qu'on nous
permette d'écarter l'entreprise terroriste, pour la simple
raison qu'on n'a pas besoin de venir au CENASA pour cela. Tout
le monde sait que le Premier ministre aime bien se rendre au
culte le dimanche. Et il n'a pas besoin d'une sécurité
autre que sa garde personnelle. Reste le chahut. Il faut être
un adepte de la pensée unique pour croire que Tertius
Zongo, malgré le talent de tribun qu'on lui connaît,
peut mettre tout le monde d'accord sur la politique qu'il conduit.
Que certains de ses propos provoquent du chahut dans une foule
qui du reste ne lui est pas entièrement acquise ne surprend
personne, pas même le Premier ministre. Ce n'est donc
pas une raison valable pour refuser un débat où
justement il est question de sa politique. Il est vrai que les
actes en politique ne sont pas toujours fondés sur des
considérations rationnelles, mais on comprend difficilement
qu'un Premier ministre ait pris le risque d'écorner son
image de façon apparemment gratuite, alors qu'il avait
là une importante opportunité d'expliquer sa politique
à travers une émission de proximité.
A défaut d'une réponse officielle convaincante,
il nous faut recourir à cette vieille méthode
en sciences sociales qui lie la signification des actes à
leur contexte. Et sur ce plan, il nous faut constater que le
" Grand Débat " de Canal3 dont l'émission
avec le Premier ministre devait en constituer la première
édition intervient après la rencontre entre le
Premier ministre et la presse nationale sur le thème
de ses deux ans à la primature, une rencontre qui a été
abondamment médiatisée. Plus généralement,
pendant les mois de mai et juin, Tertius Zongo a été
constamment présent dans les médias, faisant presque
de l'ombre au chef de l'Etat, occupé à gérer
son statut de facilitateur sous-régional. Y a-t-il du
mal à ce que le Premier ministre assume pleinement son
rôle, dût-il jouer les vedettes sous les feux grossissants
des tubes cathodiques ? En principe pas du tout. Mais qui sait
? Sauf qu'au Gondwana (la République notre ami Mahamane
de RFI), le pouvoir d'Etat est souvent considéré
comme un bien patrimonial dévolu à la famille
du Guide. Les autres ne sont que des serviteurs et doivent se
considérer comme tels. Ces derniers doivent donc savoir
tenir la mesure, pour éviter de se voir affubler d'ambitions
" coupables ". Les gardiens du temple Gondwanais veillent
donc à ce qu'aucune tête ne vienne troubler l'ordre
sacré. Mais le Burkina, dira-t-on, est à mille
lieux du Gondwana. N'est-ce pas ?
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