DOSSIER
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Politique
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Mandat de Ouali
Les péripéties d'une déchéance

Louis Armand Ouali, ex-député du RDB
" Je suis couhé sur une natte, je ne peux donc pas tombé
plus bas!"
Par Idrissa Barry
Le 19 mai, le président du Rassemblement pour
le développement du Burkina (RDB), Saïdou Célestin
Compaoré, écrit au président de l'Assemblée
nationale, Roch Marc Christian Kaboré, pour lui demander l'application
de l'article 85, alinéa 2 de la loi constitutionnelle n°
015-2009/AN du 30 avril 2009 qui dispose ceci : "tout député
qui démissionne librement de son parti ou de sa formation politique
en cours de législature est de droit déchu de son mandat
et remplacé par un suppléant". Pour le président
du RDB, le député Louis Armand Ouali ne fait plus partie
de son parti depuis le 14 mai dernier, date à laquelle l'Union
pour le Progrès et le Changement (UPC) dont Ouali est le secrétaire
général adjoint, chargé des affaires politiques,
a été reconnu par l'Administration. C'est la preuve la
plus éloquente, à ses yeux, que Ouali a démissionné
du RDB, même si ce dernier n'a pas présenté formellement
sa démission au parti. Il se dit alors fondé à
réclamer le siège puisque Ouali a été élu
sous la bannière du RDB en mai 2007 dans la province du Poni.
Le 24 mai, le président de l'Assemblée nationale adresse,
à son tour, une lettre au Conseil constitutionnel " aux
fins de constater et de prononcer la déchéance de Monsieur
Mihyemba Louis Armand Ouali de son mandat de député
".
Le 4 juin, les 9 membres du Conseil constitutionnel présidé
par le magistrat Dé Albert Millogo, décident que le député
Ouali " est déchu de son mandat de député
à l'Assemblée nationale et sera remplacé par un
suppléant de la liste du RDB ". Le 18 juin, cette décision
est publiée dans la presse. On aura remarqué qu'entre
la date de la délibération du Conseil et celle de la publication
de sa décision, il s'est écoulé deux semaines.
Un temps largement long pour installer des doutes dans les esprits.
On s'interrogeait sur la réalité même de la saisine
du Conseil constitutionnel. Le principal concerné, le député
Ouali, affirme lors d'une conférence de presse tenue au siège
de son nouveau parti (UPC), le mercredi 16 juin, n'avoir pas reçu
une quelconque notification de sa déchéance. Ni l'Assemblée
nationale dont il affirme être toujours membre ni le Conseil constitutionnel
ne lui ont fait part d'une telle décision. Le RDB non plus ne
l'a pas fait. Il a juste appris que le président de ce parti
s'est rendu à Gaoua le dimanche 13 juin. Il a rencontré
les militants et conseillers du RDB dont Kodjo Jacques Palenfo, le suppléant
de Ouali.
La publication de la décision dans la presse n'épuise
pas la polémique. Au contraire, cette décision de l'instance
de contrôle de constitutionnalité des lois fait débats.
Elle suscite des polémiques aussi bien dans la forme que dans
le fond (lire l'article de Newton Ahmed Barry).
Présidence du
Groupe CFR
Ouali voulait faire un putsch, selon Diemdioda
Ouali voulait-il le poste de président du groupe parlementaire
Convention des Forces Républicaines (CFR) ? L'actuel président
de ce groupe, Amadou Diemdioda Dicko, en est convaincu. Pour lui, toutes
les bisbilles se ramenaient à cette ambition de Ouali d'occuper
lui aussi ce poste. Pour arriver à ses fins, il aurait demandé
de mettre au vote le poste de président du groupe et tous les
postes accordés au groupe au sein du parlement. Pour pourvoir
à ces postes, faute de consensus, Ouali aurait proposé
de passer au vote poste par poste pour départager les éventuels
candidats. Son idée n'aurait pas reçu l'aval de la majorité
des membres du groupe qui en compte 12. Seuls les députés
Victor Guigma (RPC) et Drissa Sanogo (PAI) l'auraient suivi. C'est faute
d'avoir obtenu cette procédure de désignation des responsables
des postes sus cités que Ouali et ses deux collègues ont
démissionné du groupe. " En réalité,
le malaise couvait depuis janvier 2009 où nous savions que Ouali
faisait partie des gens qui préparaient le forum sur l'alternance
de Zéphirin Diabré. Il ne participait plus à nos
réunions. Il a même boudé notre journée parlementaire
dont l'objectif était de dresser pour l'opinion les réalisations
du quinquennat du président [Blaise Compaoré]. Nous comprenions
qu'il lui était difficile d'assister à notre journée
puisque son forum avait, lui, comme objectif de peindre en noir le bilan
du président. ", note le député Diemdioda.
Pour lui, Ouali ne faisait plus objectivement partie de la mouvance
présidentielle en participant au forum sur l'alternance. Depuis
lors, il se serait évertué à mettre du "désordre"
dans le groupe en faisant la promotion de l'individualisme au détriment
des partis qui constituent le groupe parlementaire. Il a voulu mettre
de côté les partis au profit des individus, ce qui romprait
le consensus qui a présidé à la constitution du
groupe. Selon lui, ce consensus s'est bâti entre autres autour
de la répartition suivante des postes : une vice-présidence
de l'Assemblée nationale à l'UPR (qui compte le plus de
députés dans le groupe, 5), la présidence du groupe
parlementaire au CFD/B qui compte 3 députés, secrétaire
parlementaire au RDB qui compte 2 députés et les autres
postes pourvus par consensus. Mais en mai 2009, avec le vent de l'alternance
qui soufflait de toutes parts, ce consensus a failli voler en éclats.
Quatre députés dont Diemdioda lui-même qui occupait
le poste de président du groupe ont quitté la CFR pour
ensuite le réintégrer après la médiation
du président de l'Assemblée nationale. Ouali a été
donc l'élément perturbateur du groupe depuis l'année
dernière avec son idée d'alternance. Que dit Ouali de
cette charge qui ne vient pas seulement de Diemdioda, mais aussi du
député Sibidou Désiré Zagré, le président
sortant du groupe parlementaire et actuel président de la CODE?
Pour Ouali, il n'a jamais été question de lorgner le poste
de président du groupe. Il explique que l'éclatement du
groupe en mai 2009 était dû à sa gestion informelle
se traduisant par le cumul des responsabilités pour certains
et aucune responsabilité pour d'autres députés.
Pour éviter de retomber dans cette situation, une charte et un
règlement intérieur ont été élaborés.
Tous s'accordent pour affirmer les principes de non cumul et de rotation
"afin d'assurer le principe d'équité de la responsabilisation
du plus grand nombre ", selon Ouali. Ainsi donc l'UPR garderait
la vice présidence de l'Assemblée, le RDB le poste de
secrétaire parlementaire, la CFD/B la présidence du groupe
parlementaire et la présidence de la Commission du développement
et de l'environnement (CODE) reviendrait aux députés du
PAI et du RPC. Ces deux partis compte chacun un député,
c'est à eux de s'entendre sur la personne qui va occuper le poste.
C'est le député du PAI, Drissa Sanogo qui est désigné.
Mais à leur surprise, note Ouali, le 4 mai, le député
Zagré conteste ce choix sous le prétexte que le député
Sanogo n'a ni les diplômes ni la capacité requise pour
présider la CODE. Ces arguments ne passent pas devant ses camarades.
Mais il revient à la charge à la réunion du 8 mai,
estimant cette fois-ci que les députés membres de la CODE
ont tellement bien apprécié sa présidence de 2008-2009
qu'ils le réclament. Son nom est finalement retenu. Estimant
qu'il ne leur est pas possible de cautionner de telles forfaitures,
Ouali et le député du RPC, Victor Guigma ont claqué
la porte du groupe par solidarité avec le député
Drissa Sanogo (qui a bien sûr démissionné de la
CFR). Pour Ouali, il s'agit d'une question de principe, il ne peut pas
regarder sans réagir le député Zagré entrain
de piétiner allègrement des textes qu'il a lui-même
signés il y a à peine un an.
Idrissa Barry
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Affaire
Ouali
Le Conseil constitutionnel est-il
encore crédible ?
Il est certain que dans le déroulement des faits, le très
futé député Ouali a compris qu'il y avait
matière à mettre notre Conseil constitutionnel en
grande difficulté. Et cela n'a pas manqué. Parce
que la tradition instaurée depuis " Koro Dri "
est toujours en vigueur. Le Conseil constitutionnel ne sait pas
dire non aux hommes du pouvoir. Dans cette affaire, même
si la décision des juges constitutionnels vise les articles
43 et 85 de la Constitution et l'article 202 du Code électoral,
manifestement, l'institution est incompétente à
prendre cette décision. Elle pouvait au plus rendre un
avis. Sur la base duquel, le président de l'Assemblée
nationale aurait pu prendre la décision de mettre un terme
au mandat de député de Ouali, élu sous la
bannière du RDB, auquel, dit Ouali, " il n'a jamais
appartenu ". Au vu de cette décision, s'il n'est pas
d'accord, le député Ouali aurait pu déférer
devant le Conseil d'Etat. C'est comme ça normalement la
bonne procédure. Or dans la présente, le Conseil
constitutionnel semble s'être empressé de "
rendre service ". On peut d'autant le penser que le juge
constitutionnel savait pertinemment qu'il rend une décision
en dernier ressort. Ça veut dire que sa décision
est insusceptible de recours.
Un autre élément qui renforce le sentiment de service
rendu, les juges n'ont pas entendu Ouali. Or il s'agit là
d'un principe intangible de droit qu'aucune décision ne
peut être rendu sans le contradictoire. Ce principe est
inscrit dans la Constitution à l'article 3 alinéas
2 et 4 " Tous les Burkinabè ont droit à ce
que leur cause soit entendue par une juridiction indépendante
et impartiale (
) Le droit à la défense y compris
celui de choisir librement son défenseur est garanti devant
toutes les juridictions ". Le juge constitutionnel burkinabè
en rendant une décision dans laquelle elle n'a écouté
qu'une partie au conflit s'est rendu coupable de violation de
la Constitution. C'est simplement scandaleux et surtout que cette
décision lèse définitivement, sans possibilité
de recours, la cause d'un citoyen. Il faut croire que le Conseil
constitutionnel burkinabè, contrairement à ses homologues
du Bénin, du Mali et du Niger est incapable de s'émanciper
de ceux qui nomment ses membres.
Qu'en est-il des faits ?
De façon absolue, la décision de Ouali d'adhérer
à l'UPC, sous l'empire de la présente loi, devrait
provoquer ipso facto sa déchéance de son mandat
de député. Mais là encore, ce sont les turpitudes
du même Conseil constitutionnel qui compliquent la situation.
En 2005, pour autoriser Blaise Compaoré à briquer
un troisième mandat successif, alors qu'il avait été
élu sous l'empire d'une loi qui limitait à deux
le nombre de mandats présidentiels, il avait décidé
que la loi n'était pas rétroactive et qu'en l'occurrence,
" si la nouvelle loi ne vaut que pour l'avenir, ces conditions
ne commencent à s'appliquer qu'à l'expiration du
mandat qui a pris naissance sous l'empire de la loi en vigueur.
En l'occurrence celle de 1997 " (décision N° 2005-007/CC/EPF).
C'est en vertu de cette décision que Blaise Compaoré
a pu remettre le compteur de sa présence à la tête
de l'Etat à zéro en 2005.
On peut donc se demander pour quoi cette décision ne devrait
pas profiter à Ouali ? Le mandat qu'il conduit actuellement
a été acquis sous l'empire d'une loi qui avait court
jusqu'à 2009. Il a été élu en 2007.
En vertu de la décision de 007 de 2005, ce sont les effets
de cette loi qui lui sont applicables. Le mandat qu'il conduit
actuellement échappe aux effets de la loi de 2009.
Et puis, ce n'est pas la première fois que les effets de
la décision de 2005 ont profité au député.
Roch Marc Christian Kaboré le sait bien.
Disons les choses crûment, nos juges constitutionnels sont
des fauteurs de trouble. Ils ne peuvent pas ainsi continuer à
juger à la tête du client. L'appareil répressif
de l'Etat, y compris la justice, semble être actuellement
en branle pour casser de l'UPC. On aurait pu penser que les juges
se tiennent très loin de cette cabale. Le Conseil constitutionnel
avec sa décision de 2005 a créé lui-même
une jurisprudence qui ne peut que produire des effets.
Il est évident que la dernière décision contre
Ouali ne peut pas être attaquée et on peut penser
que le juge constitutionnel s'est déterminé à
dessein. Il a décidé d'appliquer à Ouali
le principe de "l'effet immédiat" de la loi et
à Blaise Compaoré, il avait accordé "l'effet
différé" de la loi. Il faut croire que le plus
grand danger pour notre démocratie, c'est ce Conseil constitutionnel.
Newton Ahmed Barry
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Les
deux grandes idées du candidat François Kaboré
du PDP/PS
Nourrir les Burkinabè et éduquer
autrement les jeunes
François
Kaboré ( à droite), Président du PDP/PS assisté
de son camarade de parti Pierre Dabiré.
On commence à s'habituer à son visage.
Elu à la surprise générale président du
PDP/PS en 2008, il est maintenant assurément le maître
à bord au "parti des papys". inconnu du grand public,
en raison de ses fonctions antérieures ( il était cadre
au CILSS), c'est pourtant un ancien militant du PDP/PS. Il a rejoint
Ki-Zerbo dans les années 1970 et parce que fonctionnaire international,
il était en quelque sorte en réserve du parti. Libéré
de ses obligations professionnelles en 2002, il devient militant actif
et gravit rapidement les échelons. En 2005, il entre au secrétariat
exécutif comme secrétaire national aux relations extérieures
et trois ans après, il est porté à la tête
du parti à la surprise générale. Mais il hérite
d'un parti en crise. Premier parti de l'opposition depuis le retour
à la démocratie en 1991, le PDP/PS est aujourd'hui l'ombre
de lui-même. Pourtant, son nouveau président y croit.
Il est présentement l'un des candidats déclarés
à la présidentielle de novembre 2010. C'est donc un présidentiable
qui nous a rendu visite le 9 juin accompagné de notre confrère
à la retraite, Pierre Dabiré.
Les moments forts de l'entretien à bâton rompu avec le
candidat du PDP/PS à la morne présidentielle de novembre
prochain.
Le Pr. Ki-Zerbo est pratiquement resté toute
sa vie à la direction du parti. Il a été remplacé
par le Pr. Ali Lankoandé qui n'a fait qu'un seul mandat. Est-ce
que cela correspond à un changement de stratégie parce
que vous nous avez habitués pratiquement à un règne
à vie ?
C'est vrai que la longévité du Pr. Joseph
Ki-Zerbo à la tête du parti a été une bonne
chose, mais cela a fini par donner l'impression que c'était un
parti qui était statique dans sa direction et qu'il y avait très
peu de place pour le renouvellement des cadres. A telle enseigne qu'on
en était arrivé à certaines appellations que je
ne voudrais pas rappeler ici. Donc ce mandat du Pr. Ali Lankonadé
qui a été pratiquement une sorte de transition avec le
long règne du Pr. Ki-Zerbo, cette transition par un des premiers
compagnons du Pr. Ki-Zerbo était absolument nécessaire
en ce sens qu'on ne sort pas de presque quarante années de direction
d'une personne pour sauter dans l'inconnu. Pendant les trois années
de mandat du Pr. Ali Lankoandé, il y a eu une certaine ouverture
qui a permis à de nouvelles têtes d'entrer dans la direction
du parti. Ça c'est le premier aspect. Le deuxième aspect,
c'est le Pr. Ali Lankoandé lui-même qui, au terme de son
premier mandat, a souhaité ne pas rempiler.
Maintenant est-ce que cela traduit une nouvelle dynamique
dans le parti ?
Certainement, parce que je ne vois plus quelqu'un diriger
le parti pendant quarante ans.
Vous avez exercé votre carrière professionnelle dans le
domaine global de l'agriculture et de l'hydraulique. Nous sommes un
pays agricole où le secteur engloutit énormément
de ressources financières nationales et extérieures. Mais
quand on observe, en cinquante ans d'indépendance, il n'y a pas
de raisons de se réjouir.
Vous qui êtes un technicien du domaine, mais
aussi un acteur politique, quelle analyse faites-vous des politiques
agricoles qui ont été menées jusque là ?
Je pense que les problèmes du secteur de l'agriculture
n'ont commencé à être visibles dans notre pays qu'à
partir de la crise alimentaire que nous avons connue à partir
de 2008 lorsqu'on n'arrivait plus à acheter la moindre céréale.
C'est en ce moment seulement qu'on a commencé à se demander,
quelle politique agricole avons-nous appliquée jusqu'ici ? La
réalité est que jusqu'à cette crise récente,
ceux qui nous dirigent n'avaient pas pensé à ce qu'il
y avait lieu de développer comme stratégie pour garantir
l'autosuffisance des populations avant de penser à une agriculture
qui va nous apporter des devises. Je pense que tout le mal que nous
avons eu dans ce domaine vient de ce manque de vision que l'agriculture
d'un pays doit d'abord nourrir ses populations. Or jusque là,
en 50 ans, les différents conseils des prétendus experts
qui sont venus nous dicter ce que nous devons faire nous ont entraînés
sur la voie d'une agriculture de rente. Et c'est comme ça que
la SOFITEX est devenue pratiquement un Etat dans l'Etat.
C'est maintenant seulement que les fameux experts des institutions de
Bretton Wood acceptent de reconnaître que pendant cinquante ans,
ils nous ont fourvoyés dans des voies qui ne nous ont pas permis
de nous nourrir et de nous développer.
Si vous êtes élu président du Faso,
quels vont être vos axes prioritaires?
Nourrir d'abord les Burkinabè. Donc nous mettrons
l'accent sur l'agriculture vivrière mais cela ne veut pas dire
que si cette agriculture arrivait à remplir sa première
mission, nous nous désintéresserons de toute agriculture
qui peut apporter de l'argent. Depuis la crise alimentaire de 2008,
on a dit qu'on va subventionner les semences et les engrais. Mais même
là, ces semences que l'Etat dit apporter sont encore posées
dans des magasins en fin juillet, août. Les soutiens en engrais
ou en semences doivent êtres remis aux paysans au plus tard fin
avril. Mais on continue dans l'anachronisme et dans la cacophonie pour
en fin d'année dire que nous avons dépensé tant
pour soutenir les paysans, alors que ça n'aura pas servi à
grand chose.
Ensuite nous avons l'ambition de réformer l'éducation.
En 1974, il y a eu un projet de réforme de l'éducation
avec l'introduction des langues nationales. C'est le Pr. Ali Lankoandé
qui était le ministre de l'Education. Et quand en 1978, le RDA
est revenu au pouvoir, les ténors de ce parti ont dit qu'on n'a
pas besoin d'enseigner ces langues à nos enfants et on a interrompu.
La réforme de l'éducation de façon globale a toujours
été une préoccupation de notre parti. Dès
1974, lorsque certains de nos camarades étaient aux affaires,
des suggestions de reformes ont été faites pour proposer
de nouvelles orientations dans l'éducation pour nous éviter
de produire des diplômés dont on ne saura pas quoi en faire.
Et entre temps, avec les perturbations et l'avènement du CNR,
ces dossiers ont été classés. Mais aujourd'hui,
quand on parle de la réforme de l'éducation, on voit que
ce sont ces vieux dossiers qu'on exhume pour juste en prendre quelques
éléments pour ne pas donner l'impression qu'on essaie
d'appliquer textus quelque chose qu'une équipe avait proposé
il y a plus de vingt ans.
Nous avons hérité d'un système éducatif
essentiellement francophone qui n'est pas productif. On est fort seulement
quand il s'agit de tenir le crachoir. Et dès que vous encouragez
à aller dans le sens d'une formation pratique, on vous prend
pour quelqu'un qui veut une éducation au rabais. Et pourtant,
quand vous regardez quelles sont les écoles où les gens
se bousculent aujourd'hui, ce ne sont pas les écoles classiques
de la 6ème à la Tle. Ce sont les écoles professionnelles
qui sont les plus fréquentées. Les gens paient cher, mais
ils préfèrent ça que d'aller chercher de gros diplômes.
C'est un problème de courage politique que d'accepter de mettre
à plat ce système et repenser un autre. Et il y a un autre
problème qui se pose déjà. Aujourd'hui, quand vous
allez sur Internet, plus de 90% des informations qui y circulent sont
en anglais. Ça veut donc dire que ceux-là qui ne maîtrisent
pas l'anglais sont des exclus de ces 90% d'informations qui circulent
librement. Donc en plus de l'éducation productive qu'il faut
engager, il faut mettre de côté l'aspect sentimentaliste
de la langue française. On en a fait un problème de sentiment
personnel vis-à-vis de cette langue étrangère qui
du reste nous a été imposée qu'on n'imagine même
pas de s'en séparer. Alors que pour la génération
à venir, je ne vois même pas un seul enfant avoir un avenir
sérieux sur le plan professionnel et à plus forte raison
une carrière internationale s'il ne comprend pas l'anglais. Donc,
pourquoi ne pas introduire l'anglais dès maintenant à
l'école primaire, parce que de toute façon, cela va s'imposer
à nous. Il faut faire en sorte que les enfants parlent aussi
bien couramment l'anglais qu'ils parlent le français.
Le parti au pouvoir ne cache pas sa volonté
de réviser l'article 37. On constate que c'est surtout la société
civile qui se mobilise contre la révision. Pourquoi n'allez-vous
pas soutenir la société civile au lieu de vous préparer
pour une élection qu'on dit pliée d'avance?
Votre organe n'est pas le seul à avoir cette impression
que les acteurs politiques ne font rien par rapport à cette question
de l'article 37. C'est un peu dommage mais c'est peut-être parce
que nous ne faisons pas assez pour faire connaître ce que nous
faisons. Depuis mars, il y a un ensemble de partis politiques, 15 au
départ, qui avaient commencé à se concerter pour
mettre en place une structure de veille contre la modification de cet
article. Au départ, une trentaine de partis ont été
contactés et une quinzaine ont marqué leur accord pour
cette conjugaison des efforts. Et il y a eu un manifeste qui a été
publié dans la presse. Ensuite, il y a eu des statuts qui on
été préparés et en fin avril, il y a eu
au siège du PAI, le lancement de " La coalition 37 ",
la coalition des partis qui veulent conjuguer leurs efforts pour défendre
l'article 37 de la Constitution. Et tous ces efforts sont passés
presque inaperçus, je ne sais pas comment. Rien qu'hier à
16H, nous avons rencontré les quatre mousquetaires qui ont lancé
la pétition pour les féliciter. Les partis membres de
la coalition ont fait largement circuler les formulaires de la pétition
pour les faire signer.
Pourquoi a-t-on l'impression que c'est la société
civile et les syndicats qui font souvent le travail des partis politiques
?
On a vu des moments où certains éléments
de la société civile se méfiaient des partis politiques,
ne veulent pas voir les acteurs politiques, les têtes en tout
cas, à leur côté à certaines manifestations.
Lorsqu'il s'agissait de mobiliser des gens pour la lutte contre la vie
chère, les partis politiques individuellement et collectivement
au sein du G14, ont rencontré le président du mois des
syndicats pour savoir quelle forme de soutien nous pouvons leur apporter.
Ils nous disent ceci : vous êtes des politiques et nous, nous
sommes de la société civile, autant ne pas mélanger
les choses. Mais cela n'a pas empêché qu'à chaque
fois que les syndicats programment une manifestation, nous passions
le message à nos bases pour dire : ce qu'ils sont entrain de
faire nous concerne tous. Et régulièrement, nos bases
sortent à des degrés différents.
Interview transcrite par
Boukari Ouoba