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DOSSIER - POLITIQUE / MAIRIES



La commune victime des querelles byzantines

Le 1er juillet dernier, plus de trois cent travailleurs ont afflué des provinces sur Ouagadougou à l'appel des états-majors syndicaux dans le cadre de la marche nationale contre la vie chère. Point d'orgue d'une stratégie graduelle de pression sur le gouvernement, la marche du 1er juillet se voulait décisive. Toutefois, le niveau moyen de la mobilisation remet à l'ordre du jour la question des conditions à réunir pour un engagement plus conséquent des travailleurs dans les luttes sociales.

Par Idrissa Barry

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Henri Koubizara, le nouveau maire de PÔ...................Alassane Koubaguié, le candidat malheureux du CDP


A peine élu, le nouveau Conseil municipal a du mal à se réunir. Le maire élu à l'aide de voix CDP n'arrive plus à réunir le quorum indispensable à la tenue des sessions. Les plus hautes instances du CDP ont décidé de ne pas pardonner cette faute de certains de leurs conseillers. L'autorité de tutelle, le ministère de l'Administration territoriale et de la Décentralisation, saisi du dossier, a dépêché une mission à Pô le 21 juillet dernier. Tout le monde attend la décision qu'elle va prendre ; décision qui, de toutes les façons, déterminera la stabilité ou non de nombre de Conseils qui se trouvent à peu près dans une situation semblable à celle de Pô.

Henri Koubizara, ingénieur hydraulicien à l'Office nationale de l'eau et de l'assainissement (ONEA), conseiller du Parti africain de l'indépendance (PAI), a été élu le 24 mai dernier, maire de la commune urbaine de Pô. Il a recueilli 35 voix contre 28 pour son adversaire du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP), Alassane Koubaguié. Le 8 juin, il prend fonction à l'issue d'une cérémonie de passation de service, en présence de son prédécesseur, Amadou Kora du CDP, le parti qui a géré la commune ces dix dernières années et qui a obtenu la majorité absolue lors du dernier scrutin avec 35 conseillers contre 28 à l'opposition. Le nouveau maire, élu donc grâce aux voix de certains conseillers du CDP, convoque la première session du Conseil municipal pour le 21 juin. Au jour-J, seuls ses camarades de l'opposition répondent à l'appel, les 35 autres, tous du CDP, optent pour la chaise vide. Ils ne donnent aucune procuration et refusent de répondre à la lettre d'explication adressée à chacun d'eux par le maire comme l'exige la loi. Ils obéissent ainsi à la décision de boycott du Conseil prise par leur parti immédiatement après l'élection du bureau communal. Cette première session a été donc reportée conformément à l'article 238 de la Loi portant Code général des collectivités territoriales qui stipule que " le Conseil municipal ne peut valablement siéger que si les deux tiers des membres sont présents à l'ouverture de la session. Si le quorum n'est pas atteint, la séance est reportée à une date ultérieure qui ne peut excéder sept jours… " C'est ainsi qu'une autre session a été programmée pour le 28 juin. A cette seconde session également, le quorum n'a pas été atteint. La loi exige qu'une majorité absolue soit réunie. Or, ce deuxième rendez-vous a enregistré plus d'absences que la première. Vingt-sept (27) présents contre 36 absents. Parmi ces derniers, deux (02) sont de l'Union nationale pour la démocratie et le Développement (UNDD, parti d'opposition) et 34 du CDP. Le trente-cinquième conseiller, le chef coutumier de Dakola, village frontalier avec le Ghana, a décidé de ne plus suivre le mot d'ordre de boycott de son parti. Mais sa présence n'a eu pour effet que de révéler les dissensions qui minent le CDP car, la session a été de nouveau suspendue. L'article 238 dit en effet que " si la majorité absolue n'est pas constatée, le président du Conseil municipal est tenu, dans un délai de sept jours, d'adresser un rapport à l'autorité de tutelle… " Le 7 juillet dernier, le maire a remis son rapport au haut commissaire. Selon la loi, celui-ci " dispose d'un délai de trente (30) jours pour réagir ". Mais, comment en est-on arrivé-là ?
Le CDP malade de ses leaders

Le blocage actuel de la commune ne peut être compris que par rapport à la situation interne du CDP. Pour choisir son candidat pour le poste de maire, le parti a dû recourir aux " primaires " pour départager quatre candidats. C'est dans une ambiance très tendue que l'élection a eu lieu au Centre populaire de loisir (CPL) quadrillé, pour la circonstance, par les forces de l'ordre. Les partisans de chacun des candidats étaient en effet massés au-devant du Centre. A la proclamation des résultats, certains ont laissé éclater leur colère contre le vainqueur, Alassane Koubaguié, qui a le malheur de cristalliser les ressentiments d'une bonne partie des responsables et militants du parti. L'un des arguments de ces derniers est qu'il n'est pas natif de la ville de Pô. Son village d'origine, Tiankané, fait toutefois partie de la commune. Lui-même a été élu sur la liste du secteur 6 de Pô. Malgré tout, c'est lui qui est donc élu candidat du CDP avec une majorité relative. Sur les 35 conseillers, il a obtenu 16 voix contre 11 à la secrétaire générale du parti, Solange Balora, 6 au maire sortant, Amadou Kora et 2 à Issouf Ouandjagabou. Ses adversaires ont certainement oublié que les conseillers des villages sont majoritaires dans le parti car, le CDP n'a obtenu que 6 sièges contre 7 à l'opposition dans la ville de Pô. C'est donc divisé que le CDP se présente à l'élection du maire le 24 mai. Une situation que l'opposition exploite à merveille en présentant un jeune candidat dont la réputation dépasse largement le cadre de son parti, le PAI. Henri Koubizara, ingénieur hydraulicien, a, depuis ses deux dernières années, réussi à conquérir la sympathie des populations par ses réalisations (forages essentiellement) et l'organisation des coupes de football qui lui valent une percée certaine qui le classe 2ème après le CDP avec 13 conseillers. Avec ces atouts et le manque de cohésion dans le CDP, les observateurs avertis de la scène politique locale n'ont pas été surpris de son élection. Il a réussi à inverser la tendance sortie des urnes le 23 avril qui donnait le CDP gagnant avec 35 conseillers contre 28 à toute l'opposition. Le 24 mai, c'est le candidat de l'opposition qui remporte 35 voix contre 28 au candidat du CDP. Ce qui signifie qu'il y a au moins 7 conseillers du CDP qui n'ont pas suivi la consigne de vote de leur parti.
Seul, le chef de Dakola, a osé désapprouver l'attitude de boycott adoptée par son parti. A la seconde session du Conseil municipal, il était d'ailleurs le seul conseiller du CDP présent. Très proche du Pôpê (le chef coutumier de Pô), l'ennemi juré d'Alassane Koubaguié, il serait avec six ou sept autres conseillers du CDP, ceux-là qui auraient voté le candidat de l'opposition. On dit qu'ils appartiennent au clan du chef de Pô qui aurait juré de ne jamais permettre à Alassane de porter l'écharpe de maire de la ville. Les inimitiés entre les deux hommes dateraient de très longtemps. Le CDP n'a fait qu'hériter de leurs problèmes. Mais le parti au pouvoir, depuis l'ODP/MT, n'a jamais lui-même pu trouver une cohésion en son sein.

Le CDP, une tradition
de divisions

En 1991-1992, le parti était déjà divisé en ODP 1 et ODP 2. La première tendance représente la fraction légaliste et la deuxième considérée comme la dissidente. A l'époque, les deux têtes de proue du conflit étaient Léon Kopia, le secrétaire général du parti et Alassane Koubaguié, l'actuel candidat malheureux du CDP. Les deux camps se battaient pour le contrôle des structures de base du parti qui devaient désigner à leur tour le candidat du parti à la députation. Finalement, c'est un militaire à la retraite qui a été désigné. Quelques temps après, le groupe d'Alassane quitte l'ODP/MT pour l'ADF. Il a comme challenger dans ce parti l'actuel chef coutumier de Pô, le Pôpê. Celui-ci et Alassane sont élus conseillers municipaux en 1995 sous la bannière du parti de Me Hermann Yaméogo. L'ODP/MT qui a remporté les premières élections communales de 1995 avec 24 conseillers contre 12 à l'ADF confie la mairie à Kora Doudouhouré Amadou. Alassane Koubaguié et ses camarades dissidents se retrouvent dans l'opposition. Mais pas pour longtemps car, avant la fin de la mandature du Conseil municipal, ils regagnent leur parti originel. Ils ne seront cependant pas les seuls à rejoindre les rangs du parti au pouvoir. Le Pôpê fait également son entrée dans le CDP, créé en 1996 après la fusion de l'ODP/MT avec une dizaine d'autres partis de tous horizons politiques. Désormais, on a trois fortes têtes dans le CDP : le maire Kora, Alassane Koubaguié et le Pôpê. Les municipales de septembre 2000 offrent l'occasion aux trois ténors de s'affronter. Le CDP qui a remporté 16 conseillers sur les 18 en jeu a du mal à gérer sa large victoire. Pour le poste de maire, les trois mousquetaires sont intéressés. C'est finalement le Pôpê qui sera élu à la tête du Conseil municipal. Il aura comme 1er adjoint Alassane Koubaguié. Un an après, le nouveau maire est éclaboussé par une affaire de meurtre dans sa cour royale. Jugé en 2003, il sera révoqué et interdit d'activités politiques jusqu'en fin août 2006. Pendant le temps de l'instruction du dossier, c'est le 1er adjoint Alassane Koubaguié qui assure l'intérim. Au moment d'élire le maire en remplacement de Pôpê, Alassane et Kora se présentent. C'est ce dernier qui passe grâce au soutien des partisans du maire déchu. Cette année encore, hormis le Pôpê, les mêmes acteurs étaient en course, personne ne voulant laisser l'autre passer. Résultat, le CDP perd la mairie malgré sa majorité sortie des urnes. Personne au CDP ne conteste la transparence de l'élection du maire de l'opposition, Henri Koubizara. Mais personne non plus, sauf le chef de Dakola, pour le moment, n'a le courage d'accepter assumer la nouvelle situation.

La loi du CDP sera-t-elle
la meilleure ?

En attendant la décision des autorités de tutelle, chaque camp y va de son interprétation de la loi. Pour les responsables du CDP, il faut reprendre l'élection du bureau du Conseil municipal. " Les populations de la commune nous ont accordé 35 conseillers contre 28 pour les autres. En terme de voix, nous avons obtenu 70% des suffrages contre 30% aux sept (07) autres partis en compétition. Normalement, dans une démocratie, c'est la majorité qui gouverne.", affirme la secrétaire générale provinciale du CDP, Solange Balora. Le candidat malheureux du CDP au poste de maire de la commune, Alassane Koubaguié est aussi catégorique : " Il est difficile pour nous d'accepter cette situation où, malgré notre majorité, c'est une minorité qui nous gouverne. A Pô, c'est le PAI qui n'a obtenu que 13 conseillers qui est porté à la tête de la commune." Pourtant, le CDP n'a pas déposé un recours contre l'élection du maire. C'est même un de ses conseillers qui a présidé les opérations de vote en sa qualité de doyen d'âge. Malgré tout, les responsables du CDP maintiennent la décision de boycott. Pour eux, c'est le seul moyen de " démasquer les traîtres" qui ont voté le candidat de l'opposition. "Tout juste après l'élection du maire, nous avons convoqué une réunion où il a été formellement dit à ceux qui ont voté le candidat de l'opposition de démissionner et de le rejoindre dans son parti pour lui permettre de travailler. Sinon, ils seront responsables du blocage du Conseil municipal." explique le candidat malheureux. Pourquoi tous les conseillers du parti ne démissionneraient-ils pas dans ce cas comme personne ne veut siéger ? Les responsables du CDP restent muets sur la question. " Maintenant, nous attendons tous la décision des autorités. ", avoue la secrétaire générale du parti. Les responsables du blocage pensent que l'article 251 de la Loi portant Code général des collectivités territoriales et l'article 240 du Code électoral pourraient faire leur affaire, à savoir la révocation du maire et la reprise de l'élection de tous les membres du bureau du Conseil municipal. Le premier article dit que " lorsque le fonctionnement d'un Conseil municipal se révèle impossible, sa dissolution peut être prononcée par décret pris en Conseil des ministres sur rapport du ministre chargé des collectivités territoriales. La dissolution ne peut jamais être prononcée par voie de mesure générale. " Le second article, celui du Code électoral, stipule, lui, que " en cas d'annulation des opérations électorales ou si le Conseil municipal perd plus de la moitié de ses membres par suite de démission ou pour tout autre chose, il est procédé à son renouvellement intégral suivant les dispositions de la présente loi. " Ces articles, comme on le voit, parlent de la dissolution de tout le Conseil municipal et non du simple bureau présidé par le maire. La délégation spéciale ne s'applique pas non plus dans ce cas de figure. Elle est prévue seulement dans la dernière année du mandat du Conseil municipal. Alors, s'il doit avoir dissolution, c'est l'article 252 de la Loi sur le Code des collectivités territoriales qui sera éventuellement appliqué : " En cas de dissolution du Conseil municipal, de démission de tous ses membres en exercice ou d'annulation devenue définitive de l'élection de tous les membres, le représentant de l'Etat territorialement compétent est chargé de l'expédition des affaires courantes. Il est procédé à la réélection du Conseil municipal dans un délai maximum de soixante jours (60). "
Mais avant de parler de dissolution, le maire Koubizara estime que l'autorité devrait se pencher d'abord sur les raisons du boycott des conseillers du CDP. Il fonde sa requête sur l'article 239 du Code des collectivités territoriales qui enjoint à tout conseiller non présent à la session et qui n'aurait pas donné une procuration de motiver son absence. Il prévoit même des sanctions " les absences non motivées aux sessions donnent lieu à des sanctions qui sont échelonnées… " C'est le décret portant règlement intérieur-type des Conseils de collectivités territoriales qui précise les modalités d'application des sanctions. " Comment peut-on bloquer délibérément toute une commune pour des questions de querelles internes à un parti ? Je pense que l'autorité de tutelle doit bien réfléchir pour prendre une décision sage. Sinon, il suffira que quelqu'un, pour une raison ou pour une autre, réussisse à avoir une majorité de conseillers avec lui, pour bloquer le fonctionnement de la commune. ", se plaint le nouveau maire. Sera-t-il seulement entendu ? C'est en tout cas le souhait des jeunes constitués en " comités de vigilance " au cas où… Espérons seulement que la loi de la République sera plus forte que celle du parti

 

Municipales à Tikaré
Youssouf a banqué, les militaires ont effrayé…
( Par Merneptah Noufou Zougmoré)

Yousouf Ouedraogo aurit tenté de soudoyer les membres des bureaux dans les villages en offrant à chaque bureau 15.000 F

 

Tikaré fait partie des communes rurales dont les élections municipales du 23 avril ont été reprises. Dans la foulée, L'ADF/RDA et le CDP ne se sont pas fait de cadeau. Selon les uns et les autres, le CDP a usé de moyens illégaux pour venir à bout de son seul challenger, le vieil éléphant.

Dimanche 16 juillet. Tikaré, bourgade aux nombreuses collines, affiche un air de sérénité. Sur la place du marché, l'animation n'est pas celle des grands jours car les retrouvailles en ce lieu populeux sont fixés chaque trois jours, ce n'était donc pas le jour J. On observe le contraire à la résidence du ministre des Affaires étrangères, Youssouf Ouédraogo, natif de la localité et membre influent du parti au pouvoir. Le motif de cette affluence, un conclave entre lui et les conseillers CDP de la commune rurale de Tikaré. Après un recours annulé, dans un premier temps, devant le tribunal administratif de Koungoussi, le Conseil d'Etat a fait droit à la plainte des partisans de Youssouf Ouédraogo. A cette étape de la procédure judiciaire, le CDP a eu raison sur son adversaire l'Alliance pour la Démocratie et la Fédération/ Rassemblement Démocratique Africain (ADF/RDA). Quelles ont été les causes de l'annulation des résultats de 9 villages ?

 

Le CDP reprochait à l'ADF/RDA d'avoir eu dans des bureaux de vote des personnalités influentes, en citant en exemple le chef de Sakoudi (une autorité coutumière) qui était dans le bureau de vote N°1 du village de Gassongo. Le deuxième grief : c'est l'utilisation par certains électeurs des déclarations de pertes de cartes d'électeurs pour voter. Troisième reproche : des électeurs auraient voté dans des bureaux de vote où ils ne se seraient pas inscrits, comme illustration, on a cité le cas de Augustin Galiam Ouédraogo, candidat ADF/RDA au poste de conseiller. Quatrième reproche ; des candidats se seraient fait élire dans des villages où ils ne sont inscrits sur aucune liste électorale et n'ont aucune carte d'électeur.
Le président de la Commission Electorale Départementale Indépendante (CEDI), Idrissa Zoungrana, réfute les allégations du CDP et les considèrent comme des faux fuyants. " Pendant notre formation, le formateur qui est un commissaire de la CENI (Commission Electorale Nationale Indépendante) nous a assurés qu'en cas de perte de carte d'électeur, on peut se servir d'une déclaration de perte de cette carte pour accomplir son devoir civique. De retour dans le département, nous avons relayé l'information à tous les deux partis. En son temps, le CDP a aidé à établir les déclarations de pertes de pièces de ses militants. On ne peut pas comprendre aujourd'hui que cela devienne un grief. ", s'indigne M. Zoungrana. Il ajoute que si utiliser la déclaration de perte de la carte d'électeur est illégale, dans la plupart des départements de la province, on devait annuler les résultats du scrutin du 23 avril 2006 parce que beaucoup en ont usé. Le secrétaire général de la sous-section CDP de Tikaré, Abdoulaye Ouédraogo, a demandé son remplacement pour avoir participé activement à la fraude le 23 avril. Il lui impute la responsabilité de la disparition de 800 cartes d'électeurs. La réponse de la CENI n'a pas tardé à tomber. " Du point qui nous a été fait, nous ne déplorons pas de manquant. Monsieur le Secrétaire général, sachez que la CEDI comporte six membres dont vos représentants. Si le Président de la CEDI a pu agir de cette façon partiale dans l'exercice de ses tâches, les autres membres sont au moins coupables de laxisme et d'inconscience, autant de défauts que vous n'aurez pas perçus au moment de leur désignation. Si l'on devait suivre votre logique, les juges du Tribunal Administratif de Kongoussi devaient être licenciés puisque le Conseil D'Etat a infirmé leur délibération dans cette affaire. " Idrissa Zoungrana se dit surpris que le CDP crie à la fraude. Le jour du scrutin du 23 avril, un véhicule double cabine était chargé d'acheminer les électeurs d'un village à l'autre, selon lui. Le ministre Youssouf Ouédraogo n'a pas joué au pingre ; il a tenté de soudoyer les membres des bureaux dans les villages en offrant à chaque bureau 15000 fcfa, indique toujours Zoungrana.

Chef de Sakoudi, assesseur incriminé

Selon Jacques R. Ouédraogo, chef de Sakoudi, après la défaite du 23 avril, le ministre Ouédraogo s'est déplacé à Gassongo, le village dans lequel le chef réside. La population a profité de l'occasion pour lui asséner des vérités. Elle a poursuivi pour dire que les autres notabilités, après l'élection présidentielle, ont obtenu des présents allant de la mobylette aux moulins, mais ceux de Gassongo n'ont rien eu. Youssouf Ouédraogo ayant reconnu son tort a vite fait de le réparer. De retour à Tikaré, la même nuit, il a envoyé acheter une Yamaha dame au " Ting Sooba ", le lendemain, 10 sacs de sel sont arrivés plus un vélo dame. Toutes ces actions pour reconquérir des voix. Mais ce qui a intrigué les gens, précise le chef, c'est l'attitude d'un gendarme proche de Youssouf Ouédraogo. Il a dit : " J'ai noté tout ce que Youssouf a fait comme dons. J'ai également noté vos doléances, mais connaissez- vous le travail d'un gendarme, c'est ligoter et frapper si après vous ne faites pas le bon choix. " Le chef de Sakoudi rejette l'accusation d'avoir influencé les votes le jour des élections, il n'était qu'assesseur et il ne pense pas que les textes condamnent cela.

Le rôle des militaires
le jour du scrutin

Des militaires auraient aidé à la victoire du parti majoritaire en usant de plusieurs moyens d'intimidation. Le jour du scrutin, selon M Augustin Ouédraogo, ils étaient munis des portables cameras en guise d'intimidation. Ils disaient aux électeurs que de Ouagadougou, le Président Blaise Compaoré et Youssouf Ouédraogo les verront en train d'opérer leurs choix dans l'isoloir. Les artisans de cette trouvaille, selon toujours un conseiller ADF/RDA, c'est le lieutenant Ouabzinguin Ouédraogo, le sergent Rasmané Gansonré plus un gendarme dont nos interlocuteurs ne se souvenaient plus du nom. Sitôt après l'annulation des résultats, le CDP est immédiatement rentré en campagne. Pour des témoins, deux véhicules double cabine faisaient des intrusions dans les neuf villages et distribuaient des sacs de sel, des moulins, des Yamaha génériques… De fortes sommes étaient également distribuées. Quant au CDP, il assure avoir mené une campagne de proximité. C'est en cela, indique Fabrice Ouédraogo, coordonnateur de la campagne départementale, qu'ils ont pu rétablir la donne au soir du 9 juillet dernier. Pour les moyens, le coordonnateur pense qu'ils vont de soi pour un parti au pouvoir, même s'il pense que pour cette fois, leur adversaire a été plus généreux qu'eux. A titre d'exemple, souligne Fabrice Ouédraogo, leurs militants sont venus l'avant-veille des élections presque en larmes parce que l'éléphant avait misé gros. Quoiqu'il en soit, la victoire a finalement changé de camp. Le CDP a finalement gagné. Il reste maintenant la gestion de cette victoire.
L'ADF/RDA avait pris le dessus sur le CDP le 23 avril en s'adjugeant 40 conseillers contre 33 au CDP. Cette fois-ci avec la reprise, c'est le parti au pouvoir qui prend le dessus avec 41 conseillers contre 32 à son challenger. La reprise des élections a concerné neuf villages

 

Arba, nouveau maire de Dori…( Par Newton Ahmed Barry)

Instant sollennel qui consacre la prise ds rênes de la ville

 

Son excellence a pris les rênes de la commune de Dori. Le haut commissaire lui a passé l'écharpe au cou, devant un parterre d'éminents fils de la région, dont certains n'y avaient pas mis les pieds depuis bien longtemps.

" Parce que c'est Arba, je suis là… S'il s'agissait de reconduire l'ancien maire, je ne me serai pas déplacé… ", l'auteur de ces propos n'est pas un militant du PDS, le parti de Arba Diallo, un parti créé à la suite de la crise au PAI, qui a vu Soumane Touré évincer, avec la bénédiction de l'administration, les " éléphants " du plus vieux parti communiste burkinabè. Notre interlocuteur est un CDP bon teint, bon genre. Comme lui, beaucoup de ressortissants de Dori, dont l'appartenance au parti au pouvoir est de notoriété publique, sont venus à l'investiture. Ils croient tous, qu'au-delà des positions partisanes, Arba Diallo maire, c'est ce qui pouvait arriver de mieux à leur ville dans la situation actuelle. Alors, contre les consignes strictes de boycott de la direction régionale du CDP, ils ont tenu à prendre part à la cérémonie de l'investiture. Le maire sortant, Bouba Dicko, n'a pas eu le fair-play démocratique nécessaire pour assister au passage de témoin. Son ancien adjoint, Idrissa Lompo non plus. Celui-ci s'est replié à la préfecture, devenue désormais la place forte de la résistance. Pour lui, " il n'était pas question pour moi d'aller à cette cérémonie. A moins qu'on m'attache ".

 

Quand nous lui faisons remarquer que son attitude n'est pas celle d'un démocrate, il répond qu' " il s'agit de la démocratie à l'africaine ". Cela présage certainement d'une cohabitation houleuse. Avec ses 85 conseillers, le CDP n'a pu garder la mairie, mais c'est un nombre suffisant pour provoquer le blocage des travaux du Conseil municipal. C'est ce qui se projette nettement puisqu'à la veille de l'investiture, les responsables du CDP régional ont procédé à l'internement de leurs conseillers. Dans cette opération de rafle, une altercation a même failli se produire à Bambofa. Le maire sortant, qui aurait insisté pour embarquer la conseillère Fadima Abdoulaye, souffrante, a provoqué la colère du mari de cette dernière. De peu, semble-t-il, un incident allait se produire. L'incident autour de cette conseillère n'est pas fortuit, puisque son nom figure sur une liste de cinq conseillers CDP qui ont décidé de rejoindre le petit parti, MACENPOL/RDB du Dr Ly Aboubacar. Il semble que si pour les quatre autres, le CDP a réussi à les faire revenir sur leur décision, il n'en serait pas de même pour la dame Fadima, qui serait restée sur sa position. D'où probablement l'explication de cette altercation. Pour anecdotique que cela puisse paraître, il n'en laisse pas moins prévoir les difficultés qui attendent le nouveau maire.

Homme de consensus

Arba Hama Diallo est une personnalité qui fait consensus. En politique depuis la création du PAI, au début des 1970, il est resté constant dans son engagement pour la région, malgré les difficultés que ses adversaires n'ont eu cesse de déployer sur son chemin. Pour le contrer, ses adversaires n'ont pas hésité à décréter la mise en quarantaine d'une ambulance qu'il avait obtenue, grâce à ses relations, pour le CSPS de Gorgadji, un département situé à une cinquantaine de kilomètre de Dori. Cette ambulance a été bloquée sous le garage du CSPS, alors que les malades, qui devaient être évacués sur Dori, devraient, soit attendre que l'ambulance vienne de Dori, ou se faire transporter à mobylette par les proches, jusqu'au CHR. Notre journal s'était, en son temps, fait l'écho de cette attitude inqualifiable.
Maintenant, avec son élection à la tête de la mairie, Arba Diallo a toute la latitude de déployer tout ce dont il est capable pour la région. Il est en tout cas très attendu, même si sa marge de manœuvre est très réduite, pour une commune dont le budget annuel, en ressources propres, ne dépasse guère les 20 millions de francs CFA. Et pour ne rien arranger, l'équipe sortante lui a laissé une belle ardoise de 50 millions en impayés de téléphone, électricité et eau. La nouvelle équipe aura donc fort à faire. Les Doriens se consolent au moins de savoir que leur nouveau maire, personnellement, n'a pas besoin de puiser dans les caisses de la mairie, pour vivre. C'est déjà des économies substantielles qui seront réalisées là où jusque-là, l'équipe dirigeante de la commune coûtait par mois, environ un million de francs, tous frais confondus, au contribuable dorien. Des économies substantielles seront faites, mais il reste que le budget, tel qu'il se présente, ne permettra pas de faire des miracles. A moins que la nouvelle équipe, surmontant les blocages politiques du rival CDP, entraîne les populations dans un élan volontariste de développement. Le contexte y est très favorable, au regard de la qualité des personnalités qui ont fait le déplacement pour assister à l'investiture.
Le richissime Oumarou Nouhoun Maïga, en dissidence avec Kader Cissé (le coordonnateur régional du CDP), dont il fut pendant longtemps un dévoué lieutenant, a assisté à la cérémonie d'investiture, marquant certainement la rupture définitive avec son ancien mentor. Mais il n'est pas le seul. Des personnalités originaires de Dori sont prêtes vraisemblablement à s'investir pour leur ville et n'attendent qu'un signe clair. L'Emir de Dori, dont le ralliement à la coalition a été déterminant pour la victoire de Arba Diallo, reste l'homme de toutes les possibilités. C'est un homme qui est plein d'initiatives. La toute dernière est très ambitieuse et consisterait, en concertation avec une université canadienne, à ériger un véritable complexe éducatif qui irait du primaire au supérieur, avec la collaboration pédagogique et didactique du partenaire canadien. Avec le bitumage de la route de Dori, c'est un projet qui, s'il voyait le jour, contribuerait au prestige de la région, tout en permettant son essor économique.
Dori est déjà une destination culturelle de premier ordre, grâce au festival annuel des éleveurs de l'Afrique, APESS, et de l'Ecole de la sagesse, toutes deux, initiatives de Dr Boubacar Ly. Ces acquis devraient être renforcés par le projet de construction du plus grand musée de la culture peulh qu'a toujours ambitionné le nouveau maire Arba Diallo.
Il y a donc, comme on peut le voir, des perspectives très intéressantes pour la ville et la région. Mais il faut surmonter les écueils politiques. Et ce n'est pas ce qui manque. L'euphorie de l'alternance ne suffit pas à dissiper les mésententes, qui ne sont pas forcément extra PDS. Le maire Arba Diallo devrait prêter une oreille attentive aux griefs itératifs qui sourdent dans son entourage immédiat. Il gagnerait également, pour la sérénité de la collaboration, à discuter et à aplanir les perspectives pour les législatives de 2007. Il est bien payé pour savoir que le jeu politique, dans cette région plus que partout ailleurs, n'est pas basé sur l'engagement militant. En tout cas, dans le sillage de son élection à la mairie et l'entêtement de Kader Cissé à continuer dans sa suffisance, s'ouvre pour lui une période de grâce. Une opportunité d'asseoir durablement son leadership.


Les détails étaient absents
A la veille de son investiture, les adversaires du nouveau maire ont tout fait pour démobiliser les populations de Dori. Les conseillers du CDP ont été internés. Un mot d'ordre de non participation aurait été lancé à l'endroit de l'administration, notamment aux responsables et chefs de services. Et pourtant, tous sont venus avec à leur tête, le gouverneur de la région qu'accompagnait, pour la circonstance, le ministre délégué chargé de l'Enseignement de base, Diamdioda Dicko. Lequel est justement le patron de la CDF, un des partis influents de la coalition qui a élu Arba Diallo à la mairie. Outre la haute hiérarchie de l'administration, tous les fils de la région qui comptent sont venus à la cérémonie. Ce qui a fait dire à Arba Diallo, qui ne manque pas de sens de la formule, que " tous ceux qui comptent sont là. Seuls les détails sont absents"

 


Maires du Ziro
Des installations en fanfare sur fond de dissensions

Bakata, Bougnounou, Cassou, Dalo, Gao et Sapouy, ce sont là les six départements de la province du Ziro qui ont installé leurs maires en ce mois de juillet. La série a été inaugurée par Bougnounou le 6 juillet, suivis par Cassou et Bakata le 9, Gao et Dalo le 16 et enfin Sapouy, le chef lieu de la province le 22. Quelques activités festives étaient partout au rendez-vous mais elles n'ont pu masquer la réalité des dissensions qui minent la plupart des conseils municipaux.

Sur les six communes du Ziro, deux échappent au CDP. A Bougnounou, c'est un petit parti, l'ADR créé par un professeur de philosophie à quelques mois des échéances communales qui a fait l'événement. Sur les 40 sièges en compétition, ce parti s'est adjugé 19 contre 21 pour le CDP. Profitant des dissensions au sein de la section locale du parti-Etat, Séni Boukolou, le philosophe politicien a réussi à pousser ses billes. Il parvient ainsi à devenir le premier maire de la commune rurale de Bougnounou. Les candidats rivaux du CDP, incapables de s'entendre n'avaient plus que leurs yeux pour pleurer. A Dalo et à Gao, la non observation des décisions consensuelles arrêtées au niveau du parti a été à la base de frustrations qui ont eu comme conséquence l'apparition de deux groupes rivaux au sein du CDP. Quand à la commune de Sapouy, c'est le bourgmestre sortant qui fut à nouveau installé dans un contexte de crise aiguë, au point que les 46 conseillers de l'opposition CDP n'ont pas cru devoir s'associer à la cérémonie d'installation. Là, l'insulte et la provocation ont engendré des antagonismes tels qu'il faut un exceptionnel esprit de dépassement chez les différents protagonistes pour parvenir à une coexistence pacifique. Dans leurs mots introductifs, les préfets de département qui vivent au cœur de ces rivalités politiques n'avaient qu'un seul leitmotiv : la paix et l'unité sans lesquelles aucune commune ne peut connaître le développement. Même unanimisme chez les entrants qui semblent découvrir après coup les mêmes vertus de l'unité et de la paix. Il est vrai que les catalogues d'intentions qui furent à l'occasion déclinées n'ont aucune chance de voir le jour dans un climat de disputes intestines, surtout qu'il n'est nulle part indiqué comment et où ils espèrent trouver les moyens pour réaliser les actions programmées.

Quelques exceptions cependant

Dans ce climat général de grisaille, Cassou et Bakata affichent une image de sérénité et de cohésion, vertus cardinales qui sont dans un contexte de pauvreté rurale, de véritables atouts pour l'œuvre de développement communal. Rémi Tébi Tagnan, premier maire de Cassou était visiblement heureux de décliner les grandes orientations qui vont servir de base à l'élaboration du programme d'activités du quinquennat : lutte contre la pauvreté, la faim et la malnutrition, amélioration de l'offre éducative, promotion de la culture et du sport, échange entre communes sœurs burkinabè et avec l'extérieur. Malgré la solennité de l'événement, l'édile de Cassou n'a pas perdu le sens des réalités. Ne disposant pas encore de pénates pour abriter son conseil, il observe avec humour que c'est un abus de langage quand on affirme qu'il a été installé. Etre bourgmestre dans un tel décor n'est donc pas une sinécure et le premier magistrat de Cassou sait bien qu'il a été appelé pour mouiller le maillot.
Dans l'après midi du 9, l'unique femme maire du Ziro fut à son tour installée. A Bakata, l'imagination était féminine. C'est sur la place du marché que madame Bouda née Toé Marie Hélène a convié la population pour la cérémonie d'installation. Plus besoin de battage pour mobiliser, c'était jour de marché et avec une population à dominante mossi, l'ambiance était acquise d'avance. La solidarité féminine n'était pas un vain mot, les collègues de la CNSS avaient en effet tenu à marquer l'événement. A l'instar de la plupart des communes rurales, tout est à faire à Bakata. Aussi, le programme en 8 points décliné par madame le maire tournait autour des préoccupations pressantes dans les domaines tels que : l'éducation, la santé, l'agriculture et l'élevage, l'environnement, les sports et loisirs. Marché, barrage, et mairie font partie des grands chantiers annoncés et il faudra à madame le maire un exceptionnel esprit d'initiatives pour réussir ses ambitions. Etant la seule femme maire du Ziro, c'est forcément un défi qu'elle devra relever. En cela, elle peut compter sur un certain Edouard, opérateur économique de son Etat qui siège au conseil municipal présidé par Mme le maire et qui un jour avait juré devant Dieu et devant les hommes de la soutenir quoi qu'il arrive.
Le Haut commissaire du Ziro, M. Joanny Zoma, maître de cérémonie à toutes les six installations, a annoncé à Gao comme à Dalo, que la construction d'un CEG devait être considérée comme un acquis dans chacune de ces localités. A l'occasion, on a procédé à la visite des sites, comme si dans la surenchère des promesses, l'Etat entendait donner le bon exemple. Pour que la communalisation intégrale soit un plus, il faudra tendre vers une véritable culture politique qui intègre le droit à la différence tout en faisant des convergences, le fondement du progrès social. Cela est possible si on fait de la promotion de la citoyenneté, une des priorités du quinquennat

© L'Evénement - Déc. 2001
Concept. & Réalisation: A. Diallo
Date de mise en ligne: 30 juillet 2006