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DOSSIER - Politique


Lefourba
Qui a semé la graine de la discorde ?


La portion labourée du terrain querellé.

Un conflit foncier qui était en latence depuis près de cinq ans a fini par éclater à Léfourba, un village de la commune rurale de Sabcé dans le Bam. Le jeudi 3 juin 2010, bravant l'interdiction préfectorale, 5 agriculteurs ont décidé d'aller labourer l'espace mis en quarantaine. Ils sont interpellés par les forces de l'ordre et gardés à vue. Leurs partisans sont allés incendier en représailles les cases des éleveurs. C'est le début de la crise.

Ouédraogo Wendpouïré 60 ans, Ouédraogo Tibila Madi 43 ans, Ouédraogo Noufou 51 ans, Ouédraogo Lébia 38 ans et Ouédraogo Gombraogo Jean 60 ans, tous résidents à Léfourba ont été reconnus coupables d'avoir par " actes et paroles jeté un discrédit sur une décision de justice " et condamnés à un mois de prison ferme et à une amande de cinquante mille (50 000) francs CFA chacun. C'est le verdict rendu le 16 juin 2010 par le Tribunal de Grande Instance de Kongoussi dans l'affaire qui a opposé les éleveurs peulhs aux agriculteurs mossis de Léfourba. Les premiers étaient assistés par maître Farama Ambroise et les seconds par maître Zagré du cabinet Sagnon/Zagré.
Interpellés et mis sous mandat de dépôt à la Maison d'Arrêt et de Correction de Kongoussi (MACKO) le jeudi 3 juin passé, les prévenus ont comparu devant le tribunal une semaine après, soit le mercredi 9 juin. A la barre, ils ont tous reconnu avoir déposé des tas de cailloux destinés à dresser des cordons pierreux et d'avoir labouré le terrain objet du litige.
Depuis août 2006, la préfecture de Sabcé dont relève le village belligérent avait par arrêté ( du 25 août 2006 ) décidé de suspendre jusqu'à nouvel ordre, toutes exploitations champêtres sur le terrain objet de litige. Et jusqu'au moment où nous tracions ces lignes, la mesure n'avait pas été levée. Pourtant, les prévenus ont affirmé à l'audience du 9 juin qu'ils ont été autorisés par leur conseil à exploiter le terrain. Ce que Maître Zagré lui-même a confirmé en soutenant à la même audience qu'étant entendu que le juge n'a pas donné droit à la requête en droit de propriété de leurs protagonistes, il en conclut que ce sont ses clients qui l'emportent.
Pourtant, en juin 2007, lorsque le tribunal a déclaré non fondée la demande de Diallo Boukari et autres à être déclarés propriétaires des terres objet de litige, le même tribunal s'est aussi déclaré incompétent pour connaître de la demande reconventionnelle introduite par maître Zagré requerrant le droit d'exploitation au profit de ses clients. (Jugement N° 65/2007 rendu le 29 juin 2007 par le Tribunal de Grande Instance de Kongoussi). Les deux parties avaient du reste interjeté appel de ce jugement devant la Cour d'appel de Ouagadougou. Cela n'a pas empêché Maître Zagré de commettre un huissier de justice pour signifier aux deux parties sa lecture des décisions de justice. Dans la signification adressée à Diallo Boukari, il est écrit que "la présente notification lui est faite pour produire tous effets de droit notamment le rejet de sa demande à être déclaré propriétaire des terres objet du litige et l'obligation qui lui est faite de libérer en conséquence les lieux. "
Sur la base de ce document, les agriculteurs de Léfourba se sont ainsi sentis investis de tous les droits C'est ainsi qu'ils se sont crus autorisés à exploiter le terrain refusant même d'écouter les appels à la prudence émanant à la fois du procureur du Faso et de la police de Kongoussi. Ce comportement des agriculteurs vient s'ajouter à la frustration des éleveurs à qui il était interdit l'accès à l'eau depuis 2009 à la fois pour les hommes et le bétail.
De même, lors des campagnes de vaccination, les éleveurs n'avaient plus le droit de faire vacciner leurs enfants à Léfourba Mossi. L'objectif semblait plutôt clairement fixé depuis belle lurette : pousser les éleveurs à quitter le village. Qui a semé la graine de la division à Léfourba, un village où les communautés vivaient dans la cohésion et le partage ? Des communautés qui avaient tout en commun où agriculteurs et éleveurs mangeaient et buvaient ensemble, priaient et se soignaient ensemble. A présent, cinq chefs de familles d'agriculteurs sont en prison et vont payer des amandes ; treize cases peulhs ont été incendiées laissant 74 personnes issues de dix ménages sans abri, ni ressources. Toutes ces personnes sont pourtant de Léfourba. En attendant, ceux qui ont commis les actes de vandalisme sont en cavale. Pour leur part, les autorités administratives et judiciaires locales ont joué leur partition. Dès le jour des évènements, 12 policiers ont pris position à l'école de Mafoulou où étaient réfugiés les fuyards et au campement peul de Léfourba et y sont restés pendant 10 jours. Le parquet a émis des convocations de justice à l'endroit des fauteurs de trouble et le CMA de Kongoussi a dépêché une équipe médicale sur les lieux. L'action sociale a évalué les dégâts. L'ONG Plan International Burkina a apporté le premier secours, avant même la nationale du secours d'urgence (CONASUR) qui y est arrivée une semaine après le sinistre.
Il faut aussi se féliciter de la réaction salutaire des villages voisins mais surtout du directeur de l'école et les populations de Mafoulou qui ont accueilli les victimes, leur ont offert gîtes et couverts. Les victimes elles-mêmes l'ont avoué, les populations de Mafoulou, mossis et peuls, ont fait preuve de solidarité à leur endroit. Ce comportement de Mafoulou montre que la crise n'est pas d'ordre ethnique mais plutôt d'ordre foncier et interne au village de Léfourba n

Diouldé Sadou Diallo

TEMOIGNAGE

Boureima et son épouse ont tout perdu
Ahmadou était là le 3 juin passé quand les agresseurs arrivaient au campement peul de Léfourba. Nous avons rencontré ce témoin oculaire de l'assaut, sur les cendres de sa case. Il nous a conté la scène.

Ahmadou Diallo : C'était jeudi soir et il goûtait un peu quand, soudain, la foule est apparue. Ils sont venus du côté nord (le quartier mossi) en courant, criant : "tuez les, brûlez les maisons". Ils étaient nombreux et armés de machettes, de haches, de fusils.

Vous dites qu'il y avait des fusils ?
Il y avait des fusils. J'en ai vu un qui en tenait. Il s'appelle Porsé (Prosper), son nom mossi c'est Pègdwindé. C'est le fils de Pègdéba.

Quel genre de fusil ?
Un fusil de chasse

A-t-il tiré ?
Il a tiré ! Il a tiré, jusqu'à ce qu'une femme enceinte qui se trouvait là, prise de panique, est tombée sur son enfant. Elle en ai tombée malade et a été évacuée au dispensaire de Nasséré.
Il y avait des enfants qui dormaient dans les cases. Nous avons trouvé que si nous ne nous sauvons pas avec les enfants, ils allaient nous tuer. Alors, nous avons pris les enfants, escalader la colline pour descendre à Mafoulou. Nous avons débouché sur l'école de Mafoulou. C'est l'enseignant là qui nous a reçus.

De ton point de vue, ils devraient être combien ?
Pas moins de 50 personnes. Sans compter les autres qui accouraient derrière le premier groupe. En repartant, ils ont croisé d'autres groupes d'insurgés qui venaient s'adjoindre à eux. Ils ont replié ensemble. Sur le chemin de retour, ils ont croisé notre conseiller qui revenait d'une réunion au CSPS de Nasséré. Ils l'ont attaqué, le blesser et gâter son vélo.

Ce sont vos cohabitants et vous êtes censés vous connaître les uns les autres. Avez-vous reconnus des gens parmi vos agresseurs ?
Oui. Nous les avons reconnus. Nous les connaissons tous (…) Baba, Hamidou dit Le gros, Porsé (Prosper), Yagada, Daniel, Issa, Hamado, Alaye Kango, Kouka dit Kouka Gnolguel, Sambo Balèdjo (teint noir), Daarè, Nassourou, Kouka le petit frère de Jean, Laissa (Blaise) dit Laissa fils de Jean, Adama Fouroundi, Baki, Moussa, leur neveu Patrice y était, Maalane Doogo et son fils Baba.

Comment était composée la foule ? Y avait-il des personnes âgées ?
Si ! Il y avait des jeunes et de grandes personnes. Par exemple celui qu'on appelle Yagada là, il a des enfants et des petits fils.

Comment vous avez été reçus à Mafoulou ?
Les femmes et les enfants ont été logés dans une maison. Et les forces de sécurité sont arrivées. Les policiers y ont pris la garde et dire que les sinistrés ne repartiront pas au campement avant que la situation ne calme. On leur a apporté la nourriture et des nattes. Mais les hommes ont dû à un moment donné repartir pour s'occuper du bétail.

Qui s'est occupé à réunir tout cela ?
C'est le directeur de l'école et le chef du village de Mafoulou. Toute la population de Mafoulou, peuls comme mossis s'est mobilisée à notre secours

Propos recueillis par
Diouldé Diallo

 


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Politique

Aliou Diallo, conseiller municipal
"Nous demandons des vivres"


Diallo Aliou, conseiller de Lefourba Peulh: " Nous avons peur de la situation...nous voulons demeurer ici chez nous"

 

Pouvez vouez nous retracer la genèse de ce conflit ?
Aliou Diallo : C'est autour d'une piste à bétail. Ils ont dit que c'est parce que nous avons eu la paix que nous parlons de piste à bétail. S'ils nous chassent, nous ne parlerons plus de piste à bétail. Ils sont allés ramasser des cailloux aller entasser sur la piste pour ériger des diguettes. C'est ainsi que nous sommes allés informer l'autorité. Quand nous avons porté l'affaire devant le Naba Wobgo (chef du canton de Risiam), ce dernier leur a demandé de laisser en l'état la piste. Ils n'ont pas accepté.
Donc à ce niveau, nous ne nous sommes pas entendus. C'est alors que nous nous sommes traînés à la préfecture, puis à la police, à la gendarmerie sans nous entendre. C'est ainsi que l'affaire a été portée en justice.

Cela fait combien de temps que ça dure ?
Ça vaut cinq ans.

Comment la préfecture a géré l'affaire en son temps ?
Le préfet nous a demandé de nous entendre et de revenir à la cohésion d'antan. Ce qu'ils ont refusé.

Avez-vous porté ce conflit devant la mairie ?
Au début du différend, il n'y avait pas de mairie à Sabcé. Mais par la suite, quand nous avons saisi la mairie de la question, le maire nous a dit d'aller choisir des personnes ressources, 5 sages de chaque côté pour participer au traçage de la piste à bétail. Au retour, j'ai relancé par deux fois le conseiller de Léfourba Mossi. Mais il a refusé de venir.

Quand vous êtes allés en justice, qu'est qui a été dit ?
La justice a saisi le terrain en attendant une décision de justice. C'est-à-dire que jusqu'à disposition nouvelle, le terrain n'appartient ni aux Peuls, ni aux Mossis. Quand ça sera jugé et tranché, ils vont dire à qui appartient le terrain et aux autres de ne plus y toucher.

Depuis lors, qu'est-ce qui s'est passé ?
Chaque année, l'autre partie tente d'exploiter le même terrain malgré que le dossier soit en instance. Il n'y a qu'une seule année où ils n'ont rien essayé.

Avez-vous senti venir le danger ou bien est ce que vous avez été surpris ?
Il y avait des informations inquiétantes qui nous parvenaient. Au début du conflit, leur chef de file leur avait déjà dit qu'ils n'ont pas su comment commencer la bagarre. Qu'ils auraient dû incendier le campement peul avant qu'on commence à en parler.

Qui est leur chef de file ?
C'est le douanier Albert. Il est à Ouagadougou là-bas.

Donc pour vous, c'est ce dernier qui les pousse ou bien y a-t-il d'autres appuis d'ordre politique ou coutumier sur lesquels ils comptent ?
Nous, nous pensons que c'est celui que j'ai cité là qui leur donne la force. Parce que nous avons toujours cohabité mais ils n'avaient jamais fait ça.

Les assaillants s'en sont-ils pris aux femmes et aux enfants au moment d'incendier les cases ?
Ils ont fuit. Personnes ne s'est arrêtée. Tout le monde s'est sauvé. Les assaillants n'ont eu personne en dehors de deux vieilles personnes qu'ils ont blessé à coups de cailloux.

Et le bétail ?
Ils n'ont trouvé là que les petits ruminants. A leur vue, les animaux ont eu peur et ont pris la fuite sur la colline.

Quelle est l'ampleur des dégâts selon vos estimations ?
Il y a eu 13 cases incendiées ; trois bicyclettes ; des lits ; des bijoux en argent blanc et des colliers de valeur; des effets d'habillement ; des céréales ; de l'argent liquide, des graines de coton etc.

En terme de valeur numéraire, vous estimez tout ça à combien ?
Pas moins de 50 millions en francs CFA.

Comment vivez vous cette période de soudure comme vos céréales ont été brûlées ?
Comme vous pouvez le constater, c'est pénible. Tout s'est compliqué d'un coup. Primo, nous n'avons pas d'abri. Secondo, nos vivres ont été brûlés. Pire nous n'avons pas d'eau. Avant on s'approvisionnait en eau à Léfourba mossi. L'accès au forage et au puits du village nous a été refusé par les Mossi depuis la période de l'harmattan. Pour nous et nos animaux. Aussi les soins médicaux nous sont interdits à Léfourba mossi. Donc la galère est totale maintenant.

Depuis qu'ils vous ont refusé l'accès aux points d'eau et aux soins médicaux, est-ce que l'autorité a été mise au courant, et quelle a été sa réaction ?
Oui, nous avons informé l'autorité mais elle n'a rien dit.

Et les services de santé, est-ce qu'ils viennent jusque chez vous pour vous prendre en charge ?
Oui, pour les soins médicaux, c'est à Léfourba mossi que nos enfants se vaccinaient. Mais quand ils nous en ont interdit, les agents de santé viennent le faire dans le campement. Certains agents communautaires de santé sont même des enfants de Léfourba mossi. C'est nous qui travaillons ensemble. Mais la nouvelle situation ne les empêchait pas de venir vacciner nos enfants ici au campement. Le jour du drame même, nous étions ensemble à une réunion de travail au CSPS de Nasséré. Même pour la question de l'eau, nous avons eu un forage ici mais jusque là, pas encore équipé de pompe.

Avez-vous reçu des secours ?
Plan International nous a donné 3 sacs de 100 kg de mil et 1 bidon de 20 litres d'huile hier. (10juin ndlr) ; les voisins de village nous ont apporté leur soutien, qui en vêtements, qui en argent, des seccos. Tous les villages voisins nous ont assistés.
Avez-vous retrouvé la sérénité ou bien y a-t-il toujours des motifs d'inquiétude ?
Vraiment on a toujours peur. Parce que, il n'y a pas longtemps, des jeunes gens de chez eux ont croisé nos femmes qui partaient puiser de l'eau et leur ont proféré des menaces. Ils leur ont dit : " restez là, vos cases, le jour où vous en reconstruisez, nous venons les brûler encore."

Donc vous avez toujours peur ?
Vraiment nous avons peur de la situation. Heureusement que les forces de sécurité sont arrivées. Sinon, les insurgés sont revenus sur les pas dans la nuit pour attaquer de nouveau. Ils sont revenus la nuit dans l'intention d'incendier les cases qui restaient. Ils ont trouvé que la police était déjà là. C'est ce qui les a empêché de brûler les dernières cases.
Un jeune mossi de Mafoulou qui se rendait nuitamment à Léfourba s'est surpris de tomber sur une foule dans les fourrés. Pris de peur, il a rebroussé chemin. Nous aussi, de là, on les entendait et apercevait les lumières de leurs torches. C'est parce qu'ils ont vu les policiers ici qu'ils se sont retournés. Sinon, ils ont dit que non contents de n'avoir pas trouvé les hommes dans la journée, ils revenaient pour brûler tout le reste.

Si les agents de sécurité qui veillent sur vous ici venaient à repartir aujourd'hui, qu'allez vous faire ?
Ah là ! S'ils disent qu'ils vont partir aujourd'hui, ils nous laisseraient dans l'angoisse. Peut-être même que certains de nous vont tenter de les suivre pour partir chez eux là-bas. Tellement il y a la peur.

Et en cas de pluie, comment comptez vous faire ?
S'il pleut aujourd'hui, il va falloir abriter les femmes et les enfants et nous les hommes allons rester dehors. Sinon ce qui nous reste comme cases ne suffit pas.

Il y a aussi la campagne agricole qui s'annonce, comptez vous produire ici cette année ?
De ce côté, si nous obtenons que la situation se calme d'ici là, nous comptons semer. Dans le cas contraire, il faut dire que c'est dans la quiétude que l'homme peut cherche à produire. Puisque les Mossis ont dit que si la police lève la garde, ils vont revenir. C'est ce qu'ils ont dit. Si la police part, ils viennent. De ce fait, nous on a toujours froid dans le dos tant que la situation ne sera pas totalement maîtrisée.

Depuis que le drame est survenu, qu'a fait la mairie de Sabcé ?
Le maire lui-même est venu ici. Il a constaté les dégâts, il a donné des vivres au village (deux sacs de mil) et il a apporté du pain aux enfants. Au passage, il a encouragé les agents de sécurité aussi. Il a été voir ceux qui sont réfugiés à Mafoulou aussi. Le préfet de Sabcé ainsi que le Haut-commissaire de la province du Bam sont venus.

En tout l'aide alimentaire déjà reçue peut couvrir vos besoins pour combien de temps ?
Pas plus de cinq jours.

Depuis le début du processus comment vous êtes vous comportés vis-à-vis des décisions prises par les autorités ?
Nous avons toujours observé les mesures prises par l'autorité. Nous n'avons jamais désobéi. Pas une seule fois. Bien que ce soit nous qui exploitions ce terrain depuis toujours, dès que l'autorité a dit de suspendre son exploitation, c'est ce que nous avons fait. Certains sont allés solliciter des lopins de terre à Mafoulou pour cultiver. Tout le monde sait ça. Peuls comme Mossis, personne ne l'ignore ici.

Mais avec cette situation, est-ce qu'il vous arrive de penser à déménager définitivement du village ou bien vous tenez à y rester ?
Ce que nous voulons, c'est rester ici. Nous savons aussi que si un villageois arrive à déguerpir un autre villageois, c'est qu'il l'a obtenu d'ailleurs. Tant que l'autorité ne nous chasse pas, c'est ici que nous souhaitons demeurer. Même si quelqu'un doit quitter chez soi, il faut que ce soit de gré. Il ne faut pas qu'on dise qu'on l'a chassé.

Qu'attendez vous des autorités dans cette situation ?
Nous aimerions qu'ils nous soutiennent d'abord en secours alimentaire. Parce que pour des gens qui ont vu toutes leurs céréales partir en fumée, il faut reconnaître que ce n'est pas facile. Surtout à cette période de l'année. C'est la période des vaches maigres. De nos jours, même si on amène un animal au marché, ça ne s'achète pas. Nous demandons des vivres pour nos populations, des abris et des vêtements. Certains n'ont même plus d'habits à porter n

Interview réalisée par
Diouldé Diallo



A Lefourba mossi, c'est la loi du silence

Le conseiller est allé officiellement en voyage. Il ne répond pas aux convocations des autorités. Nous l'avons eu au téléphone et il nous a dirigé vers l'ancien RAV (responsable administratif villageois). Ce dernier que nous avons trouvé au marché a dit qu'il ne peut plus parlé des affaires du village. A Lefourba mossi, c'est l'expectative. Peut-être qu'on ne s'attendait pas à une décision aussi ferme de la justice.

Entre Léfourba mossi et Léfourba peulh, il n'y a pas un bon kilomètre à parcourir. Il faut reconnaître que ce ne sont que des quartiers d'un seul et même village. Léfourba pour le quartier mossi et Tonsirè pour le quartier peulh. Les terres qu'ils se disputent s'étendent de la sortie de Léfourba mossi jusqu'au sein du campement peul du même village. La portion qui est du côté des mossis est défrichée, dont une partie labourée au tracteur. Il y a une colonne de tas de cailloux qui va jusqu'à l'orée des cases des Peuls. La partie labourée n'avait pas été ensemencée au moment de notre passage (11juin).
A Léfourba Peulh, nous avons trouvé une douzaine de policiers qui assuraient la sécurité du village. Certains jouaient aux cartes, d'autres faisaient la lessive (ils y étaient à leur 9 jours), les plus jeunes (qui aspirent certainement aux grades supérieurs) s'exerçaient aux mathématiques.

D.D


 

© L'Evénement - Déc. 2001
Concept. & Réalisation: A. Diallo
Date de mise en ligne: 30 juin 2010