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Aliou Diallo, conseiller municipal
"Nous demandons des vivres"

Diallo Aliou, conseiller de Lefourba Peulh:
" Nous avons peur de la situation...nous voulons
demeurer ici chez nous"
Pouvez vouez nous retracer la genèse de
ce conflit ?
Aliou Diallo : C'est autour d'une piste à bétail.
Ils ont dit que c'est parce que nous avons eu la paix
que nous parlons de piste à bétail.
S'ils nous chassent, nous ne parlerons plus de piste
à bétail. Ils sont allés ramasser
des cailloux aller entasser sur la piste pour ériger
des diguettes. C'est ainsi que nous sommes allés
informer l'autorité. Quand nous avons porté
l'affaire devant le Naba Wobgo (chef du canton de
Risiam), ce dernier leur a demandé de laisser
en l'état la piste. Ils n'ont pas accepté.
Donc à ce niveau, nous ne nous sommes pas entendus.
C'est alors que nous nous sommes traînés
à la préfecture, puis à la police,
à la gendarmerie sans nous entendre. C'est
ainsi que l'affaire a été portée
en justice.
Cela fait combien de temps que ça dure
?
Ça vaut cinq ans.
Comment la préfecture a géré
l'affaire en son temps ?
Le préfet nous a demandé de nous entendre
et de revenir à la cohésion d'antan.
Ce qu'ils ont refusé.
Avez-vous porté ce conflit devant la mairie
?
Au début du différend, il n'y avait
pas de mairie à Sabcé. Mais par la suite,
quand nous avons saisi la mairie de la question, le
maire nous a dit d'aller choisir des personnes ressources,
5 sages de chaque côté pour participer
au traçage de la piste à bétail.
Au retour, j'ai relancé par deux fois le conseiller
de Léfourba Mossi. Mais il a refusé
de venir.
Quand vous êtes allés en justice,
qu'est qui a été dit ?
La justice a saisi le terrain en attendant une décision
de justice. C'est-à-dire que jusqu'à
disposition nouvelle, le terrain n'appartient ni aux
Peuls, ni aux Mossis. Quand ça sera jugé
et tranché, ils vont dire à qui appartient
le terrain et aux autres de ne plus y toucher.
Depuis lors, qu'est-ce qui s'est passé
?
Chaque année, l'autre partie tente d'exploiter
le même terrain malgré que le dossier
soit en instance. Il n'y a qu'une seule année
où ils n'ont rien essayé.
Avez-vous senti venir le danger ou bien est ce
que vous avez été surpris ?
Il y avait des informations inquiétantes qui
nous parvenaient. Au début du conflit, leur
chef de file leur avait déjà dit qu'ils
n'ont pas su comment commencer la bagarre. Qu'ils
auraient dû incendier le campement peul avant
qu'on commence à en parler.
Qui est leur chef de file ?
C'est le douanier Albert. Il est à Ouagadougou
là-bas.
Donc pour vous, c'est ce dernier qui les pousse
ou bien y a-t-il d'autres appuis d'ordre politique
ou coutumier sur lesquels ils comptent ?
Nous, nous pensons que c'est celui que j'ai cité
là qui leur donne la force. Parce que nous
avons toujours cohabité mais ils n'avaient
jamais fait ça.
Les assaillants s'en sont-ils pris aux femmes et
aux enfants au moment d'incendier les cases ?
Ils ont fuit. Personnes ne s'est arrêtée.
Tout le monde s'est sauvé. Les assaillants
n'ont eu personne en dehors de deux vieilles personnes
qu'ils ont blessé à coups de cailloux.
Et le bétail ?
Ils n'ont trouvé là que les petits ruminants.
A leur vue, les animaux ont eu peur et ont pris la
fuite sur la colline.
Quelle est l'ampleur des dégâts selon
vos estimations ?
Il y a eu 13 cases incendiées ; trois bicyclettes
; des lits ; des bijoux en argent blanc et des colliers
de valeur; des effets d'habillement ; des céréales
; de l'argent liquide, des graines de coton etc.
En terme de valeur numéraire, vous estimez
tout ça à combien ?
Pas moins de 50 millions en francs CFA.
Comment vivez vous cette période de soudure
comme vos céréales ont été
brûlées ?
Comme vous pouvez le constater, c'est pénible.
Tout s'est compliqué d'un coup. Primo, nous
n'avons pas d'abri. Secondo, nos vivres ont été
brûlés. Pire nous n'avons pas d'eau.
Avant on s'approvisionnait en eau à Léfourba
mossi. L'accès au forage et au puits du village
nous a été refusé par les Mossi
depuis la période de l'harmattan. Pour nous
et nos animaux. Aussi les soins médicaux nous
sont interdits à Léfourba mossi. Donc
la galère est totale maintenant.
Depuis qu'ils vous ont refusé l'accès
aux points d'eau et aux soins médicaux, est-ce
que l'autorité a été mise au
courant, et quelle a été sa réaction
?
Oui, nous avons informé l'autorité mais
elle n'a rien dit.
Et les services de santé, est-ce qu'ils
viennent jusque chez vous pour vous prendre en charge
?
Oui, pour les soins médicaux, c'est à
Léfourba mossi que nos enfants se vaccinaient.
Mais quand ils nous en ont interdit, les agents de
santé viennent le faire dans le campement.
Certains agents communautaires de santé sont
même des enfants de Léfourba mossi. C'est
nous qui travaillons ensemble. Mais la nouvelle situation
ne les empêchait pas de venir vacciner nos enfants
ici au campement. Le jour du drame même, nous
étions ensemble à une réunion
de travail au CSPS de Nasséré. Même
pour la question de l'eau, nous avons eu un forage
ici mais jusque là, pas encore équipé
de pompe.
Avez-vous reçu des secours ?
Plan International nous a donné 3 sacs de 100
kg de mil et 1 bidon de 20 litres d'huile hier. (10juin
ndlr) ; les voisins de village nous ont apporté
leur soutien, qui en vêtements, qui en argent,
des seccos. Tous les villages voisins nous ont assistés.
Avez-vous retrouvé la sérénité
ou bien y a-t-il toujours des motifs d'inquiétude
?
Vraiment on a toujours peur. Parce que, il n'y a pas
longtemps, des jeunes gens de chez eux ont croisé
nos femmes qui partaient puiser de l'eau et leur ont
proféré des menaces. Ils leur ont dit
: " restez là, vos cases, le jour où
vous en reconstruisez, nous venons les brûler
encore."
Donc vous avez toujours peur ?
Vraiment nous avons peur de la situation. Heureusement
que les forces de sécurité sont arrivées.
Sinon, les insurgés sont revenus sur les pas
dans la nuit pour attaquer de nouveau. Ils sont revenus
la nuit dans l'intention d'incendier les cases qui
restaient. Ils ont trouvé que la police était
déjà là. C'est ce qui les a empêché
de brûler les dernières cases.
Un jeune mossi de Mafoulou qui se rendait nuitamment
à Léfourba s'est surpris de tomber sur
une foule dans les fourrés. Pris de peur, il
a rebroussé chemin. Nous aussi, de là,
on les entendait et apercevait les lumières
de leurs torches. C'est parce qu'ils ont vu les policiers
ici qu'ils se sont retournés. Sinon, ils ont
dit que non contents de n'avoir pas trouvé
les hommes dans la journée, ils revenaient
pour brûler tout le reste.
Si les agents de sécurité qui veillent
sur vous ici venaient à repartir aujourd'hui,
qu'allez vous faire ?
Ah là ! S'ils disent qu'ils vont partir aujourd'hui,
ils nous laisseraient dans l'angoisse. Peut-être
même que certains de nous vont tenter de les
suivre pour partir chez eux là-bas. Tellement
il y a la peur.
Et en cas de pluie, comment comptez vous faire
?
S'il pleut aujourd'hui, il va falloir abriter les
femmes et les enfants et nous les hommes allons rester
dehors. Sinon ce qui nous reste comme cases ne suffit
pas.
Il y a aussi la campagne agricole qui s'annonce,
comptez vous produire ici cette année ?
De ce côté, si nous obtenons que la situation
se calme d'ici là, nous comptons semer. Dans
le cas contraire, il faut dire que c'est dans la quiétude
que l'homme peut cherche à produire. Puisque
les Mossis ont dit que si la police lève la
garde, ils vont revenir. C'est ce qu'ils ont dit.
Si la police part, ils viennent. De ce fait, nous
on a toujours froid dans le dos tant que la situation
ne sera pas totalement maîtrisée.
Depuis que le drame est survenu, qu'a fait la
mairie de Sabcé ?
Le maire lui-même est venu ici. Il a constaté
les dégâts, il a donné des vivres
au village (deux sacs de mil) et il a apporté
du pain aux enfants. Au passage, il a encouragé
les agents de sécurité aussi. Il a été
voir ceux qui sont réfugiés à
Mafoulou aussi. Le préfet de Sabcé ainsi
que le Haut-commissaire de la province du Bam sont
venus.
En tout l'aide alimentaire déjà
reçue peut couvrir vos besoins pour combien
de temps ?
Pas plus de cinq jours.
Depuis le début du processus comment vous
êtes vous comportés vis-à-vis
des décisions prises par les autorités
?
Nous avons toujours observé les mesures prises
par l'autorité. Nous n'avons jamais désobéi.
Pas une seule fois. Bien que ce soit nous qui exploitions
ce terrain depuis toujours, dès que l'autorité
a dit de suspendre son exploitation, c'est ce que
nous avons fait. Certains sont allés solliciter
des lopins de terre à Mafoulou pour cultiver.
Tout le monde sait ça. Peuls comme Mossis,
personne ne l'ignore ici.
Mais avec cette situation, est-ce qu'il vous arrive
de penser à déménager définitivement
du village ou bien vous tenez à y rester ?
Ce que nous voulons, c'est rester ici. Nous savons
aussi que si un villageois arrive à déguerpir
un autre villageois, c'est qu'il l'a obtenu d'ailleurs.
Tant que l'autorité ne nous chasse pas, c'est
ici que nous souhaitons demeurer. Même si quelqu'un
doit quitter chez soi, il faut que ce soit de gré.
Il ne faut pas qu'on dise qu'on l'a chassé.
Qu'attendez vous des autorités dans cette
situation ?
Nous aimerions qu'ils nous soutiennent d'abord en
secours alimentaire. Parce que pour des gens qui ont
vu toutes leurs céréales partir en fumée,
il faut reconnaître que ce n'est pas facile.
Surtout à cette période de l'année.
C'est la période des vaches maigres. De nos
jours, même si on amène un animal au
marché, ça ne s'achète pas. Nous
demandons des vivres pour nos populations, des abris
et des vêtements. Certains n'ont même
plus d'habits à porter n
Interview réalisée
par
Diouldé Diallo
A Lefourba mossi,
c'est la loi du silence
Le conseiller est allé officiellement en voyage.
Il ne répond pas aux convocations des autorités.
Nous l'avons eu au téléphone et il nous
a dirigé vers l'ancien RAV (responsable administratif
villageois). Ce dernier que nous avons trouvé
au marché a dit qu'il ne peut plus parlé
des affaires du village. A Lefourba mossi, c'est l'expectative.
Peut-être qu'on ne s'attendait pas à
une décision aussi ferme de la justice.
Entre Léfourba mossi et Léfourba peulh,
il n'y a pas un bon kilomètre à parcourir.
Il faut reconnaître que ce ne sont que des quartiers
d'un seul et même village. Léfourba pour
le quartier mossi et Tonsirè pour le quartier
peulh. Les terres qu'ils se disputent s'étendent
de la sortie de Léfourba mossi jusqu'au sein
du campement peul du même village. La portion
qui est du côté des mossis est défrichée,
dont une partie labourée au tracteur. Il y
a une colonne de tas de cailloux qui va jusqu'à
l'orée des cases des Peuls. La partie labourée
n'avait pas été ensemencée au
moment de notre passage (11juin).
A Léfourba Peulh, nous avons trouvé
une douzaine de policiers qui assuraient la sécurité
du village. Certains jouaient aux cartes, d'autres
faisaient la lessive (ils y étaient à
leur 9 jours), les plus jeunes (qui aspirent certainement
aux grades supérieurs) s'exerçaient
aux mathématiques.
D.D
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