Référendum
du 28 Septembre 1958
L'avant-garde du "Non"
à la rescousse
de la Guinée indépendante
Le Pr Joseph Ki-Zerbo partisant du Non en 1958 et le
Capitaine Dorange de la section PRA, partisant du Oui.
Par Merneptah Noufou
Zougmoré
1958, une année des grands enjeux.
La Guinée décide de prendre son destin en
main. En Haute-Volta Ahmadou Abdoulahi Dicko se bat contre
le RDA, le PRA, la chefferie traditionnelle, les dignitaires
religieux et l'ordre colonial. Au Sénégal
Senghor et Dia disparaissent le jour de l'arrivé
de De Gaule. L'Afrique francophone joue son destin entre
le "Oui" et le "Non".
En 1958 le Mouvement de libération
nationale (MLN) du Professeur Joseph Ki Zerbo venait d'être
créé. Auparavant, une autre force politique
également favorable à l'indépendance,
le Parti Africain de l'Indépendance (PAI) est créée
une année avant. Les partis traditionnels favorables
au référendum n'étaient autres que
le pachyderme, le Rassemblement démocratique Africain
(RDA) et une bonne frange du parti pour le regroupement
Africain (PRA). Le PAI et le MLN ont donc à l'époque
porté la lutte de l'émancipation. Le RDA depuis
son " repli " tactique s'était placé
dans le giron colonial et le PRA hormis la section du Niger
le Sawaba, de Guibo Bakary ont fait campagne pour le maintien
de l'Afrique francophone dans la communauté Franco-Africaine.
Pour rallier les troupes à l'idée de la communauté,
le général De Gaule avait entamé une
longue tournée pendant l'été de 1958
pour expliquer son projet de Constitution. Il s'était
rendu à Brazzaville, Abidjan et Tananarive
ou un accueil cordial lui fut réservé de la
part de ses soutiens locaux. Il avait clamé que la
France proposait un modèle de construction originale
et fraternelle. Le " Oui " au référendum
pour De Gaulle signifiait l'union avec la France, tandis
le " Non " était synonyme de refus d'appartenir
à l'ensemble francophone et de l'aide de la France.
Si dans les premiers pays visités, l'accueil a été
très cordial, à Conakry il a été
des plus houleux. Sékou Touré a dit tout le
mal qu'il pensait du colonialisme oppresseur, ce qui a eu
le don de fâcher le général. Sa réponse
fut immédiate : "
Je dis ici plus haut
encore qu'ailleurs que l'indépendance est à
la disposition de la Guinée. Elle peut la prendre
; elle peut la prendre le 28 septembre en disant "
Non " à la proposition qui lui a été
faite et, dans ce cas je garantis que la métropole
n'y fera pas obstacle. Elle en tirera, bien sûr les
conséquences, mais d'obstacles elle n'en fera pas
et votre territoire pourra, comme il le voudra, suivre la
route qu'il voudra. " En Haute-Volta, tout était
mis en uvre pour que le " Oui " l'emporte.
Les populations étaient sous l'influence de l'administration
coloniale, du RDA et du PRA pour une des rares fois embouchaient
la même trompette, aidés pour la circonstance
par la chefferie traditionnelle. Seul le MLN se jette dans
la campagne pour le " Non " à travers l'action
de son porte parole Ahmadou Abdoulahi Dicko. Cet indépendantiste
invétéré était un étudiant
en Lettres d'Espagnol. Il consigna dans son journal, une
plaquette intitulé "Journal D'une Défaite"
les péripéties de la campagne où il
se montre très peu tendre avec les hommes politiques
favorables au "Oui" qui n'avaient d'autre argument
que l'incapacité des pays sous tutelle à ne
pouvoir même pas fabriquer une aiguille.
Les dignitaires religieux
pris à partie
Il l'était également pour les
chefs coutumiers et les dignitaires religieux qui n'avaient
d'yeux que pour les subsides que l'ordre colonial leur octroyait.
A ce propos, il s'en prend à un des grands marabouts
du nom de El Hadj Ibrahima Niasse du Sénégal
qui s'était époumoné à la radio
d'Outre-mer qu'après une entrevue avec le général
De Gaule et après avoir pris connaissance de la Constitution,
la Communauté ouvrait la porte de la paix et Dieu
exhorte les peuples de ces territoires à s'y engouffrer
avant qu'elle ne se referme. Ahmadou Abdoulahi Dicko répondit
à ce dignitaire religieux sans gants : "La division
de notre patrie, la renonciation à la souveraineté
nationale, la subordination à nos intérêts
nationaux à ceux des capitalistes de la République
française, l'abdication des Africains devant toute
responsabilité et toute dignité est-ce cela
la paix ? L'octroi du gouvernement français de quelques
"honneurs" suffit-il pour transformer certains
chefs religieux de l'AOF en griots des colonialistes. Messieurs
les "grands marabouts", ne prostituez pas le Coran.
Laissez à nos politiciens professionnels le déshonneur
d'être les mercenaires de la France. Ne rivalisez
pas avec M. Houphouet Boigny qui, du soldat de l'Afrique,
s'est mué en grand eunuque de l'empire français.
Dans la lutte qui nous oppose à ceux qui asservissent
l'Afrique, nous pouvons être battus, mais notre défaite
ne peut être que provisoire. Messieurs les "grands
marabouts" du Sénégal et d'ailleurs,
à défaut de patriotisme et de dignité,
que de simple calcul vous empêche de passer à
l'ennemi avec armes et bagages. Personne ne vous demande
d'être des héros et de suivre la voie de ceux
qui avant vous, à la tête de leur peuple, avec
méthodes et moyens différents ont dit "non"
au colonialisme et, parce que c'était leur devoir
de musulman et d'Africain, sont morts pour défendre
leur patrie : El Hadj Omar, Samory, Cheik Bamba, Cheik Hamallah
Non, nous ne pouvons pas exiger d'un "grand marabout"
officier de la Légion d'honneur qu'il soit un héros,
mais serait-il excessif de lui demander de garder le silence
sur des questions où il n'a pas compétence,
de ne pas troquer contre les "honneurs" du gouvernement
colonialiste et de son administration son influence auprès
des masses écrasées sous le poids de l'ignorance
et de la misère." Dans son Journal, il s'en
était pris aussi aux "gueulards de Cotonou".
En effet, le PRA avait tenu un congrès à Cotonou
où une large majorité des congressistes s'étaient
prononcés pour l'indépendance. Seule la section
du Niger tiendra parole. Les autres sections se rallieront
aux vux de la France en choisissant de rester sous
son joug. Parlant de l'attitude du Parti pour le regroupement
Africain, l'auteur de "Journal D'une Défaite"
dit ne pas être surpris "que la section voltaïque
du PRA doive voter " Oui ", c'est ce qui n'a jamais
fait l'objet du moindre doute pour moi. Ses délégués
n'ont pas encore fait le compte rendu du Congrès
de Cotonou, pour la simple raison que le capitaine Dorange,
fondateur et personnalité numéro un de ce
qui devrait constituer la section locale de ce parti, est
violemment opposé à toute idée d'indépendance
et d'unité africaine et s'est toujours réclamé
du général de Gaule. Beaucoup de militants
de son parti ignorent jusqu'à l'existence de Cotonou.
" Dans cette bataille pour la conquête du moi
Africain, au soir du référendum la Guinée
s'était désolidarisée de la Communauté.
Elle préférait comme l'avait dit Sékou
Touré "la liberté dans la pauvreté
à l'opulence dans l'esclavage." Ainsi l'administration
coloniale, dès lendemain fit ses bagages, laissant
le pays de l'Almamy Samory Touré à lui-même.
Des patriotes Africains vont constituer un front pour venir
en aide à Sekou Touré, devenu président
du nouvel Etat indépendant. Madame Jacqueline Ki
Zerbo épouse du professeur Joseph Ki Zerbo qui fit
partie du contingent qui avait volé au secours de
la Guinée se souvient qu'ils étaient un certain
nombre d'intellectuels Africains à s'engager pour
aller à la rescousse de la Guinée indépendante.
Sékou ou l'âme d'un empereur
mandingue
Sékou Touré avait envoyé
son ministre de la Jeunesse à Dakar les rencontrer
pour leur faire part du désir de la Guinée
de bénéficier de leur service, l'administration
française s'étant retiré obéissant
aux injonctions de ses autorités. Le couple Ki Zerbo
du MLN, des patriotes du PAI, Béhenzin, Halilou Sall,
et un frère de la diaspora Adrien Bance de Haïti
acceptent de faire ce saut dans l'inconnu. Etant fonctionnaires
français, ils avaient subi toute sorte de pression,
indique Jacqueline Ki Zerbo. Compte tenu de leurs carrières
prometteuses, aller en Guinée apparaissait comme
un suicide. Poursuit-elle. Parce que l'administration métropolitaine
venait de couper son aide. Elle ajoute qu'il "faut
reconnaître à Sékou Touré une
espèce de qualité Africaine d'honneur et de
dignité. Il a envoyé un avion nous chercher
à Dakar et il savait faire les choses un peu comme
un empereur mandingue. Culturellement, il a l'âme
d'un vrai mandingue qui a le sens de l'honneur et de la
parole donnée. Il nous a accueillis sur le tarmac
de l'aéroport de Conakry avec la garde nationale.
Il nous a accueillis avec l'hymne de la Guinée. Je
crois qu'il faut avoir un sens très élevé
de la nation pour organiser les choses de cette manière.
Après cette réception patriotique avec l'hymne
de la Guinée Alpha Yaya, il nous a aussitôt
conduit à l'Assemblée Nationale ou tous les
députés étaient rassemblés.
Nous avons eu droit à un discours tel que lui seul
savait le faire, très applaudi par l'ensemble des
députés. Après cette phase grandiose
et épique nous avons maintenant été
conduits sur le terrain au ministère de l'Education
nationale. On nous a remis au ministre de l'Education nationale.
La partie technique de notre mission commençait.
On a tout de suite été mis en rapport avec
les établissements. Evidemment il y avait une très
grande excitation dans les établissements quand les
professeurs africains sont arrivés et que les élèves
ont vu que le départ des français n'allait
pas compromettre leurs études." Conclut-elle.
Ils y sont restés pour aider le nouvel Etat à
organiser son système éducatif. Après
l'indépendance de la Haute-Volta, le professeur Joseph
Ki Zerbo est rentré pour aider son pays malgré
les divergences de point de vue qu'il avait avec les nouvelles
autorités. Il est resté pendant un moment
au chômage parce qu'on disait qu'il était plus
gradé que l'inspecteur de l'éducation blanc
qui était présent. Mais ses partisans avaient
interprété ces assertions comme des arguties.
C'était une manière selon eux d'entamer son
moral. Ce n'est que plus tard qu'il sera intégré.
Le rôle des historiens
dans l'émancipation
Le Professeur Ali Lankoandé, militant
de la Fédération des étudiants d'Afrique
noire en France (FEANF) et du MLN en son temps, commente
les année 1950 comme une période ou tout semblait
possible alors que tout était verrouillé.
En tant qu'observateur de l'époque, il soutient qu'il
y avait toutes les raisons d'espérer. En égrenant
les motifs, il cite entre autres, 1954 qui a vu le Vietnam
venir à bout de la France. La même année
en novembre les Algériens déclenchassaient
la lutte d'indépendance et quelques mois après
en 1955, c'était les retrouvailles des pays asservis
d'alors à Bandoung. Comme source complémentaire
d'espoir indique M. Lankoandé en 1956, les marocains
accèdent à l'indépendance suivi par
la Tunisie.
Pour ce dernier, Septembre 1958 s'inscrit dans la ligne
de cette évolution historique. La réhabilitation
de l'Afrique dans l'Histoire de l'humanité, en l'extirpant
des praxis racistes entretenues par les cartons ethnographiques
y était aussi pour quelque chose dans l'engagement
des élites. Dans ce sens, le Professeur Hamidou Diallo,
directeur des Archives nationales soutient que des historiens
militants comme le Professeur Cheikh Anta Diop et Joseph
Ki Zerbo y ont été pour quelque chose par
leurs travaux. Les indépendances que d'aucuns qualifieront
plus tard de factices seront octroyées en 1960 à
ceux qui s'y étaient opposés. De cette manière,
la France évite le bain de sang mais tire toujours
les ficelles en permettant à ses soutiens irréductibles
d'être à la commande. Le leader du RDA Félix
Houphouët Boigny se plaignit bien à propos en
ces termes après l'échec constaté de
la communauté : "J'ai entendu la fiancée
sur le parvis de l'église, un bouquet à la
main, la fiancée n'est pas venue. Les fleurs se sont
fanées".
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Ahmadou
Abdoulahi Dicko un cadre de la première heure
du MLN
Ahmadou Abdoulahi Dicko naquit à
Filifili (Djibo) en 1932. Dans l'organe d'information
de l'Union des étudiants voltaïque (UGEV)
Jeune Volta numéro spécial consacré
à son décès, il est dit qu'il
fit des études secondaires exceptionnellement
brillantes. Celui qui tint tête pendant le référendum
aux forces dites rétrogrades et au colonialisme
était issu d'une famille princière dont
il a combattu l'aile assujettie aux colons. Malgré
une santé chancelante pour le journal des étudiants,
à la faculté des lettres de Toulouse,
il obtint sa licence d'Espagnol en 1957 et son diplôme
d'étude supérieur d'Espagnol en 1958.
L'année suivante, il préparait son doctorat
de 3è cycle. La thèse portait sur :
"les Noirs dans la littérature espagnol."
Rentré en 1960 il prit la chaire d'Espagnol
au collège Ouezzin Coulibaly. Déjà
gravement malade, il continuait a assuré les
cours jusqu'à son évacuation sur Dakar,
puis sur l'hôpital Necker à Paris. Il
rendu l'âme le 4 mars 1962. Le professeur Joseph
Ki Zerbo a dit de lui qu'il "étaitd'une
intelligence lumineuse, à la fois limpide par
sa rigueur analytique et dialectique par son aisance
à sortir de toute les embûches et à
enfermer l'adversaire dans ses propres contradictions
: un prince de l'esprit qui savait écouter
sans interrompre et parler avec sobriété.".
MNZ
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Présidentielle
de 2010
Que nous réserve Blaise Compaoré ?

Par Newton Ahmed
Barry
Il est candidat, ce dont on se doutait.
Mais il veut aussi modifier la constitution pour supprimer
la limitation des mandats. C'est maintenant officiel et
c'est apparemment surtout cette question qui le turpiline.
La présidentielle de novembre, déjà
pliée, ne le préoccupe pas. Après 23
ans de pouvoir, il sait comment gagner les scrutins. Mais
comment faire cette révision constitutionnelle sans
ruiner sa réputation chèrement acquise ?
Blaise Compaoré a choisi la presse
étrangère pour annoncer sa candidature. On
peut imaginer que l'exercice n'était pas destiné
aux Burkinabè, puisqu'ils sont très peu à
suivre la télévision France 24. Mais c'est
un exercice qui vraisemblablement visait à délivrer
deux messages. Le premier c'est l'annonce de la candidature.
Pour la communauté internationale qui a mal à
la Côte d'Ivoire dans notre sous région, c'est
sûrement rassurant. Deuxième message, c'est
un plaidoyer pour une certaine "singularité"
des situations de chaque pays. La tartre à la crème
des présidents qui ne veulent pas partir quoi. Il
a donc choisi une télévision à grande
audience pour informer les occidentaux que sous certaines
conditions, il pourrait ne pas partir de la tête de
l'Etat en 2015 qui est la limite constitutionnelle de son
pouvoir. Le message est clair actuellement, la constitution
m'impose de partir en 2015, mais je ne suis pas sûr
de respecter cette échéance, en raison des
particularités de la situation de mon pays. Puis
s'en suit un ensemble d'arguments usités à
l'excès, déjà, par un certain Tanja
à qui le même Blaise Compaoré s'en était
pris, sans élégance, en révélant
qu'il l'avait prévenu qu'il allait droit au mur.
Or lui-même actuellement est entrain d'y aller directement
en se gargarisant avec les mêmes certitudes éculées.
D'abord sur la voie de la démocratie, Blaise Compaoré
avance qu' "il n'y a jamais un parcours unique pour
les communautés humaines, pour les sociétés,
pour les nations, pour aller d'un point à un autre,
surtout en matière de démocratie". Dans
le principe, c'est pas faut, sauf que le fondement premier
de la construction de la démocratie, c'est la considération
de l'intérêt général. Or les
arguments de la "particularité des parcours"
servent en réalité des intérêts
personnels. Quand Blaise Compaoré invoque de façon
récurrente "la stabilité" comme
étant ce qui importe pour ses concitoyens, il oublie
de dire que c'est parce qu'en l'état, la stabilité
fait son affaire à lui. En parlant des préoccupations
des peuples, c'est à lui-même qu'il pense.
Or depuis des siècles, John Locke, philosophe des
Lumières connu pour la pertinence de son jugement
politique, a établi cette vérité jamais
démentie : "dans le cadre de l'Etat ainsi institué
par les hommes, nul pouvoir ne peut, sans forfaiture, prétendre
résoudre tous les problèmes des autres, ce
qui serait s'égaler à Dieu. Le pouvoir ne
peut se dire illimité. Il y a donc des bornes au-delà
desquelles commence la tyrannie".
Les choses, dans l'Etat institué par les hommes,
sont ainsi faites, peu importe le chemin, peu importe les
buts poursuivis. Il est donc clair que la religion de "la
stabilité" qui se substitue aujourd'hui dans
la rhétorique des politiques africaines, à
la religion du "développement" des deux
premières décennies des indépendances,
est une grosse escroquerie intellectuelle. La stabilité
qui tient en un seul homme n'en est pas une. Le " tout
développement" des pères des indépendances
a fini dans le grand malheur des populations africaines.
La chimère de la "stabilité" ne
produira pas autre chose, s'il devait justifier un pouvoir
illimité.
Maintenant qu'il est candidat !
Cinq petits mois nous séparent de la
présidentielle de novembre. En dehors de l'acte de
candidature, Blaise Compaoré ne semble pas se préoccuper
de cette échéance. Tertius Zongo a commencé
" la propagande " en évaluant à
plus de 92% la réalisation du programme de Blaise
Compaoré. A l'occasion de la commémoration
du troisième anniversaire de sa nomination comme
Premier ministre, Tertius Zongo a aligné les chiffres.
Il conclut en disant que le Burkina Faso avançait.
Ce qui n'est pas contestable. Sauf que le Burkina Faso roule
en deux chevaux, alors que les autres sont sur des formules
1. Alors on avance tous, mais pas forcément au même
rythme.
Et puis, si on doit considérer que le programme du
président est atteint à 92%, alors que le
Burkina n'a pas progressé dans le classement du PNUD,
toujours avant dernier, c'est que ce programme était
franchement peu ambitieux. Mais considérons que c'est
pour des besoins de propagande. Tertius Zongo, en directeur
de campagne par défaut, a eu le mérite de
donner un peu d'animation à une veille de présidentielle
morne. A quelques mois de ce rendez-vous important pour
la vie de la nation, Blaise Compaoré ne s'est pas
encore donné, officiellement, un directeur de campagne.
Peut-être que tout ça n'a pas d'importance
finalement, puisque Blaise Compaoré est convaincu
que le candidat qui peut le mettre en difficulté
n'est pas encore né. Dans ces conditions, il va attendre
tranquillement la rentrée en septembre à deux
mois du scrutin et satisfaire à cette formalité.
Maurice Yaméogo ne craignait pas de dire à
Houphouët Boigny que la Haute Volta est sa natte qu'il
peut plier quand il veut. Blaise Compaoré pourrait
dire la même chose aujourd'hui. Le Burkina Faso, il
en fait ce qu'il veut. Mais est-ce sa faute ? Assurément
pas. Et c'est un autre philosophe des Lumières, La
Boétie, qui avait dit cette Lapalisse : "si
le tyran n'est pas soutenu par la connivence calculée
d'une horde de courtisans flatteurs et par la passivité
complice du gros populas, qu'ils s'en dorment, il se retrouverait
seul. Seul : donc, abandonné de tous. Qu'est-ce à
dire sinon que, porté par tous, le tyran est tout
et peu tout ; et que, abandonné de tous, il ne peut
plus rien et n'est plus rien".
C'est à la passivité du plus grand nombre
de Burkinabè que Blaise Compoaré doit son
assurance qu'il ne peut pas être inquiété
dans la course à la présidentielle. Il y a
donc en perspective une année électorale sans
enjeu, avec un corps électoral squelettique et des
candidats accompagnateurs attendant que Blaise Compaoré
fasse son entrée en scène. Depuis 1991, une
échéance électorale n'a jamais été
aussi morne et terne. Dans ces conditions, pourquoi ne pas
faire finalement comme le suggèrent certains, attendre
tranquillement le 13 novembre et convoquer le Conseil constitutionnel
à investir Blaise Compaoré pour un autre mandat
? Au moins l'argent des élections pourrait être
réinvesti plus utilement dans la lutte contre la
méningite de l'année prochaine.
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Tertius dans la
Babi du Burkina

L'expression avait été forgée
par Yonli, Tertius vient de s'en approprier avec beaucoup
d'aplomb. Le Burkina Faso "avance". Pour
étayer ses propos, il a aligné les chiffres.
Au plan de la santé, sur le quinquennat, 213
nouveaux CSPS ont été construits. Ce
qui porte le nombre de CSPS dans notre pays à
1385. Le Burkina Faso compte 8000 villages. Au rythme
des avancées du gouvernement actuel, dans le
secteur de santé, c'est-à-dire 43 CSPS
par an, il faudra 153 ans pour couvrir l'ensemble
du pays de CSPS. Comme on peut le voir, si le pays
avance, incontestablement, le problème c'est
la monture. Nous sommes engagés dans une course
de formule 1, avec une Babi ou si vous voulez, un
deux chevaux.
Si on prend seulement le secteur de la santé
et au rythme des réalisations actuelles, même
en considérant que les Compaoré se "monarchisent",
ce sont les arrières petits-fils de Djamila
qui réaliseront ce défi.
Deuxième aspect, les routes. Le rythme de réalisation
des routes bitumées est de 133 km l'année.
Sur cette base et en considérant actuellement
que les 1577 km de route en terre ont vocation à
être bitumé, il faut 15 ans pour réaliser
ce projet. Ce qui porterait le linéaire de
routes bitumées à 5000 km. Largement
inférieur au linéaire de routes bitumées
dans la ville de Marseille en France.
Il y a donc un problème avec les avancements
de notre pays. C'est comme le taux de croissance.
Depuis une décennie maintenant, on a des hauts
mirobolants, mais nous sommes toujours pauvres. On
n'a pas toujours avancé dans le classement
du PNUD. Il y a donc un vrai problème avec
nos progrès.
N.A.B
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