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Dossier : Inondations à Ouaga


Inondation
La rançon de nos turpitudes


Les inondations du 1er septembre ont été l'occasion d'une extraordinaire mobilisation sociale en faveur des sinistrés. L'élan de solidarité a traversé toutes les composantes de la communauté nationale qui continuent de témoigner par des gestes divers leur attachement à des valeurs sociales sacrées de partage et de fraternité. Toutefois, passés les moments d'émotion, les Burkinabè commencent à réaliser que ce qui leur arrive n'est pas fortuit. La pluie diluvienne par son caractère massif et instantané est certes exceptionnelle, mais ses conséquences auraient été moins graves si des mesures préventives avaient été prises. Mais l'insouciance des Burkinabé et l'irresponsabilité de nos dirigeants ont alimenté le cocktail détonnant auquel nous avons assisté. Il ressort en effet que Ouagadougou est entièrement à la merci des eaux de pluie. C'est le constat qui ressort de notre enquête qui pointe particulièrement la responsabilité de l'autorité politique. Il ressort en effet que nombre d'édifices endommagés par la pluie sont situés dans des zones inconstructibles : l'hôtel des finances du secteur 11 est installé dans le canal du barrage, la Direction de la propreté est bâtie dans la zone non lotie du barrage, le siège du Fespaco, le musée de l'armée, le stade Réné Monory et tous les terrains concédés aux privés pour ériger des bâtiments ( Watam, SKV, l'Eglise Jean XXIII, le garage du pont du Kadiogo). Quand l'Etat lui-même ne respecte pas la loi, comment peut-il se porter garant d'une politique de fermeté vis-à-vis des Burkinabé. C'est ça le drame des Burkinabé. La catastrophe du 1er septembre permettra t-elle de tirer des leçons ? Il faut l'espérer. En attendant, la gestion de la catastrophe est la préoccupation la plus immédiate. Des appréhensions se font déjà jour sur la capacité de nos responsables à gérer les aides dans la transparence et l'équité. Les Burkinabé échaudés par les expériences du passé se méfient désormais et ils n'ont pas tort. Il leur appartient doncde faire la preuve que cette fois ne sera pas comme avant.


Sandogo
L'habitat précaire englouti par les eaux


Par Merneptah Noufou Zougmoré


Ouagadougou, fait exceptionnel, a enregistré une pluie diluvienne de 263mm. Dans presque tous les secteurs, les résidents en ont fait les frais. Mais les quartiers précaires ont payé le prix le plus élevé. Ils n'ont plus que l'Etat et Dieu pour les sauver..

Sandogo est un village incrusté dans le secteur 17 de l'arrondissement de Boulmiougou. La pluie du 1er septembre a eu raison de nombreuses habitations dans cette agglomération. Ce qui était considéré comme une zone d'habitation spontanée a depuis la pluie diluvienne prit le visage d'une agglomération en ruines. Les habitants ont élu domicile dans les écoles riveraines. L'école A et C de Sandogo reçoit le gros lot de ces réfugiés suivie de l'école Wassongdo, un autre établissement situé en plein cœur du non loti. Sur ces sites, c'est une population en détresse qu'on y trouve. Les effets sont exposés pêle-mêle, des vêtements mouillés pendent partout dans la cour de l'école, quelques uns de ceux dont l'eau a emporté les maisons ont pu enlever quelques taules qu'ils ont entassées dans la même cour de l'école. A côté, les femmes s'affairent pour la cuisine. Pour la circonstance le repas est servi par groupe parce que beaucoup de femmes ont regagné l'école sans ustensiles. Au menu le matin, on a de la bouillie, du haricot et du riz sont préparés alternativement à midi et le soir. Le dimanche 6 septembre dernier dans les deux écoles on enregistrait quelques cas de maladies : maux de ventre, crises de paludisme, diarrhées et quelques blessés aux pieds. Ces derniers cas ont été occasionnés par des taules et des tessons de bouteilles. Les infirmiers commis aux soins sont souvent débordés et n'ont que les produits de première nécessité. Les cas assez critiques sont transférés au CMA de Pissy mais c'est le patient ou son accompagnant qui honore l'ordonnance. Le conseiller municipal Sam Lazare est celui qui coordonne l'aide aux sinistrés de la zone. Il affirme qu'après la pluie du 1er septembre il y avait plus de 3000 personnes sur les différents sites de Sandogo mais certains on pu se caser chez des parents. Le 6 septembre, il ne restait qu'environ 1500 personnes. Les salles de classes servent de logement mais les hommes les ont cédé aux femmes et dorment en plein air. Pour le Conseiller Lazare, la préoccupation actuelle c'est de faire en sorte que les femmes et les enfants mangent. La solution de recasement va dépendre de la mesure que les autorités vont prendre. Pour parer aux difficultés que vivent les sinistrés, la solidarité est agissante et les occupants des écoles, le temps d'une catastrophe, ne tarissent pas d'éloge à l'endroit de ceux qui leur viennent en aide. De bonnes volontés mettent la main à la poche. Des dons en espèces et en nature sont enregistrés dans l'objectif de soulager un tant soit peu ces gens qui ont tout perdu. Les forces de sécurité sont également sur le qui vive mais contrairement à ce qui se passe sur certains sites en ville ou les agents de sécurité font le pied de grue, à Sandogo ils font le va et vient. Ils ont donné des consignes pour les joindre en cas de nécéssité. Dans ce bouleversement inattendu, aucune couche sociale n'est épargnée. Des élèves ont perdu diplômes, pièces d'état civil et livres. Ils se demandent de quoi sera fait demain. Puisqu'il faut ces parchemins pour pouvoir passer en classe supérieure ou postuler à des tests. Quelques baraques ont pu résister à l'eau. Pour ceux à qui la chance à souri et dont les habitations n'ont pas fondu dans les eaux, L'heure est au rafistolage. D'aucuns se sont érigés en maçon et à l'aide de morceaux de fer et un peu de ciment tente de colmater des brèches. A notre passage le dimanche dernier dans la zone, de fidèles chrétiens en prière étaient dans ce qui restait du temple du village. Une partie de cet édifice s'est écroulé. La chaîne de solidarité se constate sur le terrain. Vincent Sam est le fondateur de l'école Wassongdo, il a ouvert son école aux sinistrés. Il indique que ceux qui sont dans son école ont reçu des nattes et des moustiquaires mais il n'y en a pas en nombre suffisant. Quant aux femmes qui pour la circonstance ont migré à l'école, elles souhaitent qu'on trouve une solution dans l'immédiat pour elles. La meilleure solution soutiennent Awa Wangraoua, Christine Kafando et Josephine Kinda c'est les parcelles qu'on devrait attribuer à leurs maris afin qu'ils puissent bâtir des maisons assez décentes pour elles et leurs progénitures. Quand on dort sur la natte d'autrui déclare Kinda, on dort par terre. Le mieux dit elle, c'est de quitter le plutôt possible l'école Wassongdo. La situation y est plus que catastrophique et pour cela le fondateur de l'école exhorte l'Etat à ne pas se limiter à ceux qui sont venus s'abriter dans les écoles. Il assure qu'il y a des gens que des parents ont pu loger mais ils n'ont pas de quoi se mettre sous la dent. Des vieilles dames qui ont pu avoir des maisons pour séjourner sont venues pleurer chez lui parce qu'elles n'avaient rien à manger. Zongo un autre village de l'arrondissement de Boulmiougou est aussi dans un état piteux. Pendant que la pluie continue à menacer, des hommes et des femmes se débattent pour pouvoir relever des maisons.


Déluge dans les quartiers riverains des barrages


Ouidi, Nemnin, Kolgh-Naaba, Niongsin, Norghin… bordent les lits des 3 barrages. Avant la catastrophe du 1er septembre, les résidents de ces quartiers connaissaient déjà des sinistres à chaque saison pluvieuse. Le 10 juillet 2005 les habitants de Niongsin avaient occupé l'école Nemnin pour cause d'inondation. Si certains sont à leur première difficulté, les habitants des quartiers voisins des barrages ont séjourné plusieurs fois hors de chez eux pendant plusieurs jours, le temps que l'eau se retire de leurs concessions. Les conséquences du voisinage avec les barrages ont été gérées par les différents régimes qui se sont succédés au Burkina mais sans véritable solution. Ce n'est que dans les années 2000 que les responsables de l'arrondissement ont semblé prendre l'affaire à bras le corps Le maire de Baskuy, Marin Ilboudo l'autorité de tutelle de ces quartiers a rencontré les résidents maintes fois en vue de trouver une solution à la question. De ces échanges est née une commission ad hoc qui a été mise en place dont les résultats des travaux ont été soumis à l'appréciation du conseil municipal. Le conseil a ébauché deux esquisses de solution. La première était l'attribution de parcelles et des dédommagements à ceux qui ont des permis urbain d'habiter ou des titres fonciers. La deuxième solution consistait à lotir les quartiers concernés et soumettre ceux qui veulent y rester à l'obligation de souscrire à un cahier de charges, après évaluation du coût des constructions. Le conseil municipal n'avait pas le moyen d'y faire face. Heureusement, une autre opportunité s'est présentée. Le ministère de l'Agriculture, de l'hydraulique et des ressources halieutique a un projet d'aménagement de barrages. Le conseil municipal a donc reversé le dossier à la Direction des aménagements des barrages dudit ministère. Mais depuis, les résidents disent ne pas avoir le feed back. Sidiki Sinnon soutient avoir fait 34 ans à Niongsin. Il assure qu'il y a 3 fois que le quartier a été inondé mais l'ampleur n'a pas atteint celle du 1er septembre. Il se rappelle que les autorités de l'arrondissement avaient tenu des réunions d'explication sur l'éventualité d'un lotissement ou un déguerpissement. Elles avaient procédé à des levées topographiques ainsi qu' au recensement, mais selon Sinnon il n y a plus eu de suite. Le conseiller municipal Issa Dermé souligne que depuis que le dossier a été soumis au département de l'Agriculture, le maire veille au grain. En saison pluvieuse, il sillonne les quartiers riverains des barrages pour voir le niveau de l'eau. La pluie du 1er septembre a débordé ces quartiers au point que même les maisons qui ont jusque là résisté aux intempéries ont fondu cette fois comme des châteaux de cartes. A l'école Nemnin, Norghin A et B au lycée Dimdobsom, le spectacle est désolant. Les occupants de ces écoles sont dans des conditions d'insalubrité criante. On croise les doigts pour qu'une épidémie de choléra ne se déclenche !

Merneptah Noufou Zougmoré

Aménagement des lacs
et barrages de Ouagadougou

Sur le rapport synthétique du projet d'aménagement des lacs et barrages urbains de la ville de Ouagadougou, il ressort qu'avec la démographie galopante, un nombre important de la population est concentré au centre- ville. Motif : la nécessité de se rapprocher des équipements urbains. La proximité des barrages entraîne un surpeuplement, ce qui de l'avis du projet, cause de graves problèmes sanitaires et environnementaux. Comme dommage, on énumère : la fragilisation des fonds aquatiques et l'accélération de l'infiltration par un prélèvement abusif de matériaux de construction dans le lit des cuvettes ( sable, argile…) L'appauvrissement des sols et la contamination de la nappe phréatique par l'utilisation incontrôlée d'engrais chimiques de synthèse et de pesticides dans les vergers et les potagers situés en bordure immédiate des plans d'eau.
La surexploitation des plans d'eau (constructions, pêche intensive et anarchique).
La prolifération des dépotoirs sauvages, conséquence du manque d'un système de collecte des ordures ménagères et d'une culture urbaine au niveau de certaines populations. Expansion des moustiques, des germes et des insectes de tous genre, vecteurs de maladies endémiques telles le paludisme, la diarrhée… source de graves problèmes de santé publique

Un aménagement conséquent est prévu dans le cadre de ce projet
Aux abords du barrage n°2 il est prévu la construction d'un port de plaisance et un complexe multimédia, un village touristique, un aquapark, un complexe sportif, une ferme équestre, un terrain de golf, un complexe hôtelier, une cité des affaires, un pont monumental et une salle de conférence de 6000 places. On n'a pas omis de dégager des parcelles viabilisées destinées à la construction de maisons à usage d'habitation individuelle ou collective.

MNZ

Centre d'accueil des sinistrés
Des camps de pauvres et des conditions de vie précaires

Par Abdoul Razac Napon

Dans les sites d'accueil, l'hébergement, la restauration, l'accès à l'eau potable et l'hygiène sont les principales préoccupations. Les sinistrés ne sont pas au bout de leurs peines.

Le coup le plus dur pour les sinistrés reste l'effondrement des maisons. Comme des châteaux de cartes les maisons en terre battue se sont fondues dans l'eau. Les occupants ont vite compris qu'il fallait sauver l'essentiel. La réaction fut très tardive pour beaucoup d'entre eux. Ils n'ont pas eu du temps. L'urgence du moment était de sauver les vies, face à la furie des eaux qui menaçait de tout détruire. La soirée du premier septembre a été la plus longue, la plus difficile pour les nombreux sinistrés. C'est dans la précipitation qu'ils ont rejoint les écoles avec le peu de matériel qu'ils ont pu sauver. Là c'est une autre série de problèmes qui commencent, indiquant que rien ne sera plus comme de par le passé. C'est la vie des sinistrés qu'il faut désormais intégrer.
L'accueil a été la première difficulté au niveau des écoles. La situation ne donnait pas lieu à la réflexion. Ceux qui ont perdu leur maison ont accouru vers l'école la plus proche. Malheureusement rien n'a été préparé à cet effet. Les forces de l'ordre ont été vite mobilisées pour éviter les accidents et autres risques. Certains sinistrés affirment qu'ils ont eu des difficultés pour avoir accès aux salles de classes. Des familles ont fait le pied de grue devant les écoles cherchant désespérément un endroit où déposer leurs bagages et mettre à l'abri. L'accès aux salles de classe n'a pas mis fin aux déboires de ces sans abris. Une fois que les familles sont mises à l'abri, il faut résoudre la première urgence qui est l'alimentation. Pour cette nuit la plupart ont dormi ou veillé à jeun. Dans certains endroits, la municipalité a envoyé quelques miches de pain et de la sardine. A l'école Samora Machel du secteur 16 comme à l'école du camp militaire sur la route de Pô, ils n'ont reçu que 50 sardines et 10 ou 20 miches de pain. Dans tous les sites d'accueil visités les sinistrés ont attendu le lendemain pour se restaurer.

Des conditions d'hébergement difficiles

Les dons sont venus des conseillers municipaux, de la mairie ou de personnes de bonne volonté. Pourtant la distribution a été très difficile. Les autorités n'ont pas pu réagir face à cette urgence. Tout porte à croire que le Burkina ne dispose pas d'un plan de secours d'urgence.
Cette catastrophe a marqué des vies et les séquelles ne disparaîtront pas de si tôt. Dans les sites d'accueil c'est une nouvelle vie avec ses difficultés quotidiennes qu'il faut surmonter.
Toutes les salles de classes sont surchargées. Des valises, des ustensiles de cuisine étaient toujours sur l'estrade des classes et à même le sol. La lessive continuait quatre jours après la pluie. La déception, des regards pensifs et lointains étaient perceptible chez la plupart des pensionnaires. Seuls les enfants songeaient à s'amuser. A l'école Paspanga, ils sont quatre familles par salle de classe.
Les conditions d'hébergement sont similaires dans tous les sites d'accueil. Ils sont 30 à 60 par salle. L'organisation diffère d'une école à une autre. La promiscuité crée par endroit des problèmes. Partout les hommes ont choisi de dormir dehors. Il n'y a pas de place pour tout le monde. Les femmes et les enfants ont été privilégiés. Dans certains sites comme l'école du camp militaire route de Pô il n'y a pas d'éclairage, la municipalité a remis cinq lampes pour 10 dortoirs et 1000 f cfa pour le pétrole. Cette école est pourtant envahie par des herbes et les reptiles ne sont pas loin. Dans tous les centres d'accueil, les nattes distribuées sont insuffisantes. Dans des sites de 500 personnes, ils n'ont reçu seulement que 25 nattes. A l'école Paspanga, le vieux Kaboré, avec 30 autres personnes a reçu 2 nattes.
Les tables bancs servent de lit pour la plupart des sinistrés.
Il y a également un besoin urgent de couvertures, de vêtements et de moustiquaires dans les centres d'accueil. La plupart des sinistrés n'ont plus rien pour se vêtir. L'eau a tout emporté. Les recherches se poursuivent toujours dans les décombres espérant retrouver au moins quelques vêtements ou couvertures. C'est 5 jours après que la vieille Korotoumou Traoré a retrouvé son sac de vêtements. Pour l'instant ils doivent attendre. Des parents et amis ont apporté leur soutien. Les dons sont largement en dessous des besoins. Dans des centres de 500 ou 1000 personnes, ils n'ont bénéficié que de 30 ou 50 vêtements. Le partage devient difficile et les frustrations ne manquent pas.

Les sinistrés toujours
dans l'attente de secours

C'est la période de pic pour le paludisme au Burkina, les moustiquaires constituent une des priorités des parents d'enfants. Certains ont pu en acheter. D'autres attendent toujours l'appui de bonnes volontés. Des dizaines de moustiquaires ont été offertes aux enfants, mais de nombreux autres attendent toujours. Le ministère de la santé a dépêché des équipes mobiles d'agents de santé sur le terrain pour les premiers soins. C'est une semaine après le drame que certains sinistrés ont reçu la visite des agents de santé. Jusqu'à cette date les CSPS étaient impuissants face à la demande des sinistrés.
L'alimentation reste toujours le problème majeur, cinq jours après le drame les sinistrés ne mangent pas à leur faim. Dans certains sites, ceux -ci n'ont qu'un repas par jour. Les occupants de l'école du camp ne sont pas contents du régime alimentaire auquel ils sont soumis. Ils craignent pour leur santé et surtout pour celle des enfants. Depuis qu'ils sont arrivés, ils ne préparent que du riz pour un plat par jour. La commune leur a offert six sacs de riz et 5000 f cfa pour les condiments de cinq jours. Dans ce centre qui compte environ 500 personnes dont de nombreux enfants, les chefs des familles se démènent pour les nourrir. Toute chose qui n'est pas aisée dans la mesure où beaucoup ont arrêté leur activité ou l'ont perdu complètement. Dans les quartiers non lotis, il n'existe pratiquement plus d'activités. Les femmes qui exerçaient de petites activités génératrices de revenus de vente (condiments, haricots….) sont revenues à la case de départ. "J'ai perdu mon kiosque" déclare ce jeune qui a une femme, 3 enfants, et ses deux parents à sa charge. A Paspanga , chaque famille a reçu 3 kg de riz sans condiments, ni argent. Cependant d'autres centres de sinistrés ont eu plus de chance. Ils ont obtenu du couscous, du riz et du haricot grâce à certaines institutions internationales ou des ONG comme le PAM, la croix rouge. Ce qui leur permet de varier la ration alimentaire et d'avoir deux repas par jour.
La question de l'eau potable se pose dans certains sites. Ce qui est tout à fait normal dans la mesure où les écoles ne sont pas adaptées pour gérer de pareilles situations. L'école Koubri dans le quartier Lalnoa yiri, avec ses plus de 1000 sinistrés n'a qu'un seul forage. L'ONEA a dépêché une équipe dans ces centres pour une recherche de solution. Certains établissements privés ont mis leur eau à la disposition des sinistrés comme l'établissement privé St Michel au secteur 16. Par contre tout le monde ne joue pas au bon samaritain. A l'école Paspanga, il faut débourser 50f cfa pour les toilettes et 100 f cfa pour prendre sa douche. A Samora Machel au secteur 16, le fondateur a simplement condamné son robinet au lendemain de l'installation des sinistrés.
Les risques d'épidémie ne sont pas écartés. Les latrines des écoles sont parfois insalubres ou difficiles d'accès. Les occupants des lieux envahissent la nature pour les toilettes, exposant les enfants à de graves dangers de santé. Bientôt les élèves vont reprendre le chemin de l'école et c'est un gros souci pour les sinistrés. Le premier souci, c'est le logement. Chacun veut vite retourner chez soi. La vie de famille n'existe pas dans les centres. Les priorités sont énormes. La reconstruction, la scolarisation des enfants, l'alimentation. Il faut reconstruire ce qui a été bâti depuis des années. Pour ceux qui ont perdu leur emploi, certains enfants n'iront certainement pas à l'école. Les gens sont logés et nourris. Ils estiment cependant que l'important est l'adoption de mesures permettant à chacun d'entre eux de retrouver sa dignité et de se passer de cette forme d'assistanat. Les habitants des zones non loties, les occupants illégaux ne savent pas le sort qui leur sera réservé. Ils ont besoin de parcelles pour construire. Ils attendent du gouvernement des solutions pérennes pour ne pas revivre cette situation.

 

Bilan des pertes humaines
et matérielles

Le gouvernement a établi le bilan suivant
9 décès, 150.000 sinistrés dont 120.000 à reloger et 20.000 personnes accueillies chez des parents et amis dans la région du centre. Dans les autres régions il a été recensé 180 logements effondrés et 500 sinistrés. Ouagadougou est la ville la plus touchée. 110 sites d'accueil à Ouagadougou dans les écoles, les collèges et les lycées. Les pertes matérielles sont énormes. 2 Barrages ont cédé dans la région du centre (Saaba) et au Sahel. 12 ponts endommagés dont 4 hors d'usage.
Les services administratifs ont été durement frappés. L'hôpital Yalgado a été momentanément fermé. Des véhicules et des matériels informatiques ont été détruits. L'immeuble Baoghin qui abrite certains ministères a été submergé occasionnant des pertes matérielles. Les services comme la DGTM, le BUNASOL, le centre national des semences forestières, l'imprimerie des forces armées ont été aussi touchés. Deux hôtels dont l'hôtel mercure à proximités du barrage ont subi des pertes. La cinémathèque du FESPACO ou de nombreux films sont hors d'usage.
2448 maisons d'habitation détruites dont plus de 60% en zones non loties.
Pour la réhabilitation, le gouvernement demande dans l'urgence plus de 2 milliards pour fluidifier la circulation et 7 milliards pour l'humanitaire et la réhabilitation d'infrastructures routières. Ce sont des besoins urgents qui ne peuvent pas attendre. Le budget global du sinistre est évalué à environ 77 milliards de f cfa.

Abdoul Razac Napon


Les députés aux côtés des sinistrés
Après la visite des sinistrés par le premier Ministre, on ne pouvait qu'espérer voir déambuler les autres acteurs pour au moins renforcer cet élan de solidarité auprès des victimes du 1er septembre. C'est chose faite car le coup d'accélérateur donné par le premier des ministres à invité le 04 septembre 2009 les députés à se rendre sur le terrain. Au total 5 sites dont chacun dans les cinq arrondissements de la ville ont bénéficié de la visite des représentants des élus nationaux. Il s'agit de l'arrondissement de Baskuy, de Signoghin, de Bouliougou, de Bogodogo et de Nongremassom. Les sites d'accueil se composent essentiellement d'écoles. Mais avant la visite les représentants de l'hémicycle ont jugés bon d'aller rendre visite au maire Simon Compaoré qui a pris le soin de faire l'état des lieux sur le nombre des victimes , sur les sites d'hébergement ainsi que les moyens mis à la disposition de ces derniers pour la prise en charge des sinistrés. A l'école nemnin, premier site visité, 1100 personnes y habitaient dans des conditions déplorables. Les matelas, les tables, les armoires, habits, tout était à la merci du reste des flaques d'eau et du soleil. Le constat qui se dégage est que malgré les efforts consentis par l'état, l'approvisionnement en eau et l'insuffisance de nourriture demeure un problème qu'il faut chercher à résoudre d'ici là. Le manque d'hygiène dû à l'insalubrité risque à long terme d'occasionner des épidémies qui rendront encore plus difficile la tache du gouvernement. L'école kosoghin regorge moins de sinistrés mais toutefois les conditions d'hygiène sont à déplorer car les enfants font leurs selles partout rendant le lieu malpropre. Le député Zagré S. Désiré a exhorté les sinistrés à garder le calme et la sérénité car ils sont venus pour s'imprégner de la réalité sur le terrain en vue de proposer des solutions de sortie de crise. A l'école Naaba Yanfo, 1500 personnes y étaient logés mais les conditions semblent moins précaires que celles des autres sites visités.


Michael Pacodi

 


INNONDATIONS
Inondations à Ouaga
Pour les spécialistes, c'était implacable

Alain bagré, ex-coordinateur du projet ZACA


Par Idrissa Barry

Les inondations du 1er septembre ont fait une dizaine de victimes et plusieurs dégâts matériels chiffrés en milliards de F CFA. On s'accorde tous sur l'exceptionnelle situation qui a provoqué cette catastrophe, à savoir les 263 mm de pluies tombées en moins de 10 heures. Mais les spécialistes de l'urbanisme pensent qu'il ne faut pas tout rejeter sur Dame nature. Il y a bel et bien des causes humaines qui expliquent l'ampleur de la catastrophe.

Les facteurs ayant favorisé la survenue de la catastrophe sont à rechercher dans quatre directions, selon la plupart des spécialistes que nous avons rencontrés. D'abord il y a l'aménagement même de la ville qui se fait sans une vraie opération d'assainissement. Le président de l'Association des urbanistes du Burkina (AUB), Ignace Sawadogo, est catégorique : " A Ouagadougou, l'aménagement n'est pas bien pensé. On organise des opérations de lotissement sans un fonds d'assainissement. On se retrouve avec une urbanisation sans assainissement, ce qui est anachronique ". Les urbanistes sont formels, on aurait pu minimiser les dégâts si la ville de Ouagadougou disposait des ouvrages d'assainissement beaucoup plus nombreux et adéquats. Au jour d'aujourd'hui, la ville de Ouagadougou possède un réseau de drainage des eaux pluviales très modeste. Le réseau est composé de 165 km de caniveaux, dont 18 km couverts. Les principaux canaux sont au nombre de cinq et ont pour principal exutoire le parc urbain Bangréweogo. Avec l'étalement sans fin de la ville, ce lieu est lui-même régulièrement inondé à chaque saison de pluie. Les rédacteurs du rapport sur le schéma national d'aménagement du territoire avaient aussi tiré la sonnette d'alarme. Pour eux, il fallait un jour s'attendre à cette catastrophe vue la manière dont l'aménagement se fait dans la capitale. Dans leur rapport, l'avertissement est sans équivoque : "La ville de Ouagadougou s'inscrit dans le bassin du Massili, et en particulier entre ses deux affluents de rive droite. Tant que la ville est restée à l'intérieur de ce bassin, elle a bénéficié d'un drainage naturel simple. Mais depuis l'initiative de Ouaga 2000 en 1996, elle est sortie de son site, pour occuper un panneau d'orientation différent. Depuis quelques années, le même processus se répète à l'Est, du côté de Saaba. Cette forme d'expansion ne manquera pas de poser des problèmes lorsqu'il faudra mettre en place des systèmes cohérents de drainage et de traitement des eaux usées".

Ouaga 2000 n'est pas inondée

Selon le même rapport, concernant la ville de Ouagadougou, on assiste à un développement urbain à deux comportements : la prolifération des lotissements et de l'habitat spontané en périphérie, dans une ambiance de spéculation foncière généralisée et la multiplication des grandes opérations et des projets en zone centrale, tous orientés vers les activités et les couches sociales à hauts revenus et qui débouchent sur une autre forme de spéculation. Et pendant ce temps-là, les grandes infrastructures dont la ville aurait besoin pour devenir une vraie métropole sont en attente. On assiste à un détournement de l'action et des moyens publics en faveur d'opérations spectaculaires et lucratives, mais qui ne sont certainement pas les vraies priorités de la ville. Pire les ouvrages existants ne sont pas entretenus. On bitume beaucoup de voies sans faire des caniveaux et ceux qui sont réalisés sont mal entretenus. Par ailleurs, les trois barrages de la ville où convergent les eaux pluviales seraient ensablés. Pour l'urbaniste Pierre Claver Dakissaga, il y a nécessité de s'en occuper pour ne pas connaître dans les années à venir des inondations à répétition car ces barrages sont très peu profonds.
Autre élément mis en cause, c'est la conception du système de voirie à l'intérieur de la ville. " A Ouaga, on construit des voies comme si on était en campagne. Elles sont plus hautes que le niveau des maisons à telle enseigne qu'on a l'impression que ce sont des digues érigées autour des maisons. De tels ouvrages, au lieu de faciliter le drainage de l'eau, la bloquent dans les habitats. ", explique Ignace Sawadogo. Certaines voies primaires seraient en plus dépourvues de caniveaux. C'est le cas de l'avenue qui part du camp Lamizana pour aboutir au stade du 4 Août ainsi que celle qui longe le siège de l'ONEA pour continuer dans le quartier Patte d'oie. Quand ce déficit de canalisation croise la précarité des habitats dans certains quartiers, les dégâts sont inévitables.

Des habitats précaires
dans des zones inconstructibles

Le système constructif des maisons est fortement mis en cause dans cette catastrophe. A Ouagadougou, le banco est utilisé sans enduit de ciment pour au moins 30% des constructions. Ce sont les ménages les plus pauvres qui sont les principaux concernés. Cela amène à questionner les politiques publiques sur la question de logement. Pour M. Dakissaga, l'Etat ferait mieux de réorienter sa politique dite de logements sociaux qui ne profiterait pas à la majorité des ménages modestes vers la subvention des matériaux de construction en leur faveur. Même son de cloche du côté de l'Association des urbanistes du Burkina qui estime qu'il faut aussi mettre l'accent sur la sensibilisation des populations pour souligner l'importance de faire la fondation des maisons avec du matériel solide, autre que le banco. "Il faut un programme d'encadrement dans la construction qui prenne l'ensemble des acteurs car la majorité d'entre eux ont appris sur le tas. Ce n'est pas n'importe quelle terre qu'il faut utiliser pour confectionner une brique. Nos grands parents savaient cela. Mais de nos jours, ces connaissances tendent à se perdre. C'est pareil au niveau des maçons où on construit des maisons en un temps record croyant que c'est cela l'efficacité ", souligne Yaya Coulibaly, directeur de l'agence Axiale. A cela, il faut ajouter le " laissez-aller" constaté dans l'occupation des zones interdites de construction. Ce sont les abords des cours d'eau. Or, à Ouagadougou, les services publics sont les premiers à violer cette réglementation. La plupart des édifices endommagés par cette pluie sont situés dans ces zones inconstructibles : l'hôtel de finance du secteur 11 installé dans le canal du barrage, la Direction de la propreté située dans la zone non lotie du barrage, le siège du Fespaco, le musée de l'armée, le stade Réné Monory et tous les terrains concédés aux privés pour ériger des bâtiments (Watam, SKV, l'Eglise et le garage du pont Kadiogo). Pour Alain Bagré, ex-coordinateur du projet ZACA, " il ne faut pas provoquer le diable en allant s'installer sur des zones inondables. Dans une ville, ce n'est pas tous les terrains qui sont propres à la construction. Il y en a qui servent uniquement au jardinage par exemple. C'est notamment le cas aux abords des barrages. Pourquoi alors laisser les gens construire dans ces zones. Pire, je connais des gens qui ont reçu l'autorisation de la municipalité pour construire car ils détiennent leurs titres fonciers. ". Il estime qu'il faut remettre de l'ordre en commençant par respecter le schéma d'aménagement de Ouagadougou. Mais tout cela nécessite un travail de coordination qui devrait revenir aux urbanistes, selon Leandre Guigma, membre du bureau de l'AUB. Le niveau d'équipement résulte du mode d'aménagement qu'est le lotissement. Dans la pratique, les urbanistes seraient très peu pris en compte dans ces opérations. Pour lui, il faut remettre l'urbaniste au cœur du système d'aménagement de nos villes. L'Etat est-il prêt à s'engager dans ce sens ? C'est toute la question.



Les principaux canaux de la ville

Le canal du Moro naba, long de 4,7 km, entre les quartiers Gounghin et Bilbalogo, son exutoire est le barrage n°2 ; le canal central dit de Paspanga, long de 5 km, entre le quartier Koulouba et le centre ville, exutoire pied du barrage n°3 ; le canal de Zogona, long de 4 km dont l'exutoire se trouve au Parc urbain Bangrewéogo ; le canal de Dassasgho, long de 4 km, exutoire au pied de Bangrewéogo.
La caractéristique principale de ces ouvrages d'assainissement pluvial est qu'ils sont à ciel ouvert avec comme exutoire le milieu naturel ou les retenues d'eau (les trois barrages de la capitale dont l'ensablement est très poussé). Les canaux à ciel ouvert sont des lieux de dépôt des boues de vidange manuelle, des déchets solides et des eaux usées ménagères. Ils sont parfois utilisés comme lieux d'aisance et ne font pas l'objet de curage régulier. C'est ainsi que ces infrastructures censées aider à l'amélioration des cadres de vie et de santé publique deviennent dans ces conditions plutôt nuisibles et peu efficaces pour jouer leur rôle.

 

Vingt ans d'un pouvoir qui n'a rien prévu


Par Newton Ahmed BARRY

Le président Blaise Compaoré, beaucoup plus que ses prédécesseurs, est comptable de la situation de détresse mis en exergue par les dernières pluies diluviennes sur le pays. Après 25 ans de pouvoir sans partage, le Burkina Faso est toujours avant dernier dans le classement du PNUD pour l'indice de développement humain et il n'est pas suffisamment outillé pour faire face à la moindre petite catastrophe naturelle.

Devant la soudaineté et la rapidité de la catastrophe, l'émotion ne nous permet pas la lucidité de bien voir les choses. La quantité d'eau tombée est incontestablement extraordinaire, surtout pour une année annoncée comme déficitaire en pluie. Mais si on observe bien l'évolution de la saison des pluies de ces cinq dernières années, on ne doit pas être trop surpris de la catastrophe survenue à Ouagadougou et dans certaines contrées du pays. Nous évoluons vers des saisons de pluies qui s'installent tardivement et qui se concentrent en précipitation sur de très courtes périodes. En 2006, la saison s'est effectivement installée le 15 juillet sur l'ensemble du pays et les pluies sont tombées sans discontinuer en 60 jours. Les dernières pluies sont tombées aux alentours du 15 septembre et plus rien. Quand on considère que sur l'ensemble du pays, les cycles des cultures ont une durée de 80 à 90 jours, les pluies en 2007 se sont arrêtées au moment crucial de l'épiaison. Mais cette année aussi avait connu ses catastrophes dans la région de Banfora et du Boulgou. Des quantités énormes d'eau avaient détruit les maisons et les récoltes. Mais c'était moins spectaculaire que ce que nous avons vu à Ouaga cette année, parce que aussi la concentration humaine n'est pas la même. A Ouagadougou, nous avons une population de 1 500 000 environ, alors que pour Banfora et des villes comme Bittou cela fait à peine 150 000 personnes.


Un autre élément qui devrait nous emmener à relativiser les choses, c'est le nombre des sinistrés. 150 000 sans abri c'est énorme. Mais quand on reporte cela au nombre d'habitants cela reste dans des proportions qu'un gouvernement normal doit pouvoir gérer par les mécanismes régaliens de gestion des catastrophes. Les 150 000 sinistrés représentent 10% de la population de Ouagadougou et environ 1% de la population nationale. Ce qui reste dans les proportions gérables selon les normes ordinaires de prise en charge des catastrophes naturelles.
Il faut certainement saluer la réactivité du gouvernement de Tertius qui a tout de suite décrété la mobilisation générale de l'Etat et des structures de secours. Seulement on se rend compte assez vite qu'en dehors de " l'émotionnel " il n'y a pas de mécanismes prévus pour prendre en charge pareille situation. Le CONASUR est prévu pour donner à manger en année de déficit de production des céréales. Il n'est pas habilité au secours des personnes sans abri. L'ironie du sort, notre principal hôpital, le dernier recours en matière de santé, a été le premier sinistré. Or une structure du genre est conçue pour rester une citadelle inaccessible. Un refuge contre tous les tsunamis. On peut dire que nous sommes vraiment dans le dénuement total face à la moindre imprévue.
Les besoins actuels de prise en charge des sinistrés sont estimés, dans l'urgence, sur des calculs non rendus publics, à environ 70 milliards de francs cfa, dont 7 milliards environ dans l'urgence. Cela reste évidemment des estimations à " l'excès " dans l'espoir d'avoir le minimum qui correspond aux besoins réels. Mais quand on rapporte ce besoin à notre budget de l'année en cours, estimé à environ 1040 milliards de francs, avec un besoin de financement, d'environ 125 milliards entièrement couvert par " des appuis budgétaires ", le besoin pour la catastrophe est de 6% environ du budget. En terme absolu c'est énorme, mais relativement à ce que le gouvernement dépense pour des prestiges qui ne se justifient pas toujours, c'est un besoin qui peut être supporté par notre Etat. A titre de comparaison, il faut noter que le président Blaise Compaoré pour les besoins de sa nouvelle fonction de " facilitateur " a créé deux nouvelles ambassades à Lomé et à Abidjan. Deux ambassadeurs plénipotentiaires ont été nommés à Lomé et à Abidjan avec des fonctionnaires et du personnel qui est pris en charge par le budget national. A cela il faut ajouter les nombreux palais inoccupés du président à travers le pays. Pour la seule année 2008, le nouveau palais du président à Fada, à l'occasion des festivités du 11 décembre, a coûté pas moins de 2 milliards, construction et équipements compris. Pour la célébration de Ouahigouya le budget de l'Etat devrait cracher autant de milliards pour le bon vouloir des princes qui nous gouvernent et principalement pour le premier d'entre eux, Blaise Compaoré, dont le palais, sur la route de Titao, devrait être complètement rénové à coût de centaines de millions pour l'accueillir juste pour une nuit.


Au regard de ces dépenses somptueuses qui coûtent des milliards de francs cfa à l'Etat burkinabè, il est tout à fait envisageable de racler les fonds de tiroirs pour faire face à la présente catastrophe naturelle. Dans la prise en charge des sinistrés et des sinistres, il y a deux phases importantes. La situation d'urgence qu'il faut gérer et la réinsertion des victimes à prévoir. Pour l'urgence à gérer, les moyens de bord ont permis de loger les familles sinistrées dans les édifices publics. Mais c'est une situation qui ne peut pas durer plus de deux semaines. Il faut dans les tous prochains jours envisager le retour des sinistrés chez eux. Qu'est-ce qui sera fait pour que chacun se trouve un toit sur la tête ? Cette question est encore plus cruciale puisqu'il n'est pas possible de confectionner actuellement des briques en terre. Il continue de pleuvoir. Quelles solutions provisoires pour loger les familles, le temps qu'elles retrouvent quelque chose de relativement sûr ? Que va faire l'Etat ? Les 70 milliards incluent-ils ces aspects du sinistre ? Ce qui est bien explicité c'est qu'il faut dans l'urgence un milliard et demi pour nourrir les sinistrés. Et un autre milliard et demi pour le " matériel de survie ". Rapporté au nombre de sinistrés déclarés, chacun d'eux va coûter environ 20 000 F CfA. C'est pas extraordinaire, il suffirait de demander aux députés de sacrifier chacun 30 jours de frais de session, donc les deux sessions extraordinaires de l'année, pour réunir l'essentiel de la somme.
Il va rester le plus dur. Comment aider les sinistrés à retourner chez eux ? Le gouvernement a prévu dans les premières urgences un milliard de francs pour la " viabilisation des sites ". A quoi correspond cet intitulé ? Il n'est pas bien spécifié.
Les chiffres sont apparemment assez exhaustifs : 24 489 maisons se sont écroulées pour un dommage estimé à environ 13 milliards de nos francs. Le rapport là aussi est de 550 000 F CFA par concession. Une estimation raisonnable au regard du marché de la construction.

Des réponses inappropriées
et insuffisantes


Au conseil des ministres qui a suivi la survenue du drame, le gouvernement semble vouloir se constituer en gestionnaire de la solidarité nationale et internationale. Le gouvernement lui-même n'a pas indiqué quelles mesures immédiates il comptait prendre et combien de francs il allait débloquer pour prendre quel aspect du sinistre. Dans une situation comme celle-là, un gouvernement fait d'abord des efforts et ensuite demande de l'aide pour un aspect précis qui n'est pas couvert par son effort. Or telle que les choses se présentent, le gouvernement va tendre une sébile dont le contenu devrait lui permettre d'agir. Mais agir comment ? Toute la question est là. Dans des situations de drame national, comme celle-là, des personnes de peu de scrupule n'hésiteront pas à s'enrichir. On peut même, sans risque de se tromper, dire qu'au regard des tonnages de riz annoncés comme ayant servi à nourrir les sinistrés de la première journée, que les ripoux sont déjà passés à l'acte. Les fonds en espèces qui arrivent à flots sont encore plus faciles à détourner, puisqu'ils ne sont pas donnés pour affectation précise.
Les sociétés modernes ont ceci de particulier qu'elles préparent les imprévus pour mieux y faire face. La façon dont nous gérons nos catastrophes montre que l'on ne s'y prépare pas. On peut alors se demander à quoi nous aura servi la longue stabilité politique dont nous nous ventons ? Pour l'instant la majorité des Burkinabè ne semble pas en tirer profit. La situation de pauvreté dans le pays ne s'améliore pas. La qualité de la gouvernance encore moins. Pour l'instant, le seul qui surfe sur les bienfaits de la stabilité politique, c'est Blaise Compaoré.
Il faudra cette fois être quand même plus rigoureux avec l'argent que l'on va recevoir. Ne pas dépenser l'essentiel des contributions en frais de prise en charge et ensuite faire un bilan réel et honnête des dépenses. Pour cela le gouvernement doit nommer un gestionnaire reconnu pour sa probité pour gérer les contributions.

Ministres et députés mettent la main à la poche !

Pendant la solennelle cérémonie de solidarité avec les victimes, chacun a mis la main à la poche. Le plus généreux reste le vieux Oumarou Kanazoé, dont la bonté, en de pareilles circonstances n'a jamais été démentie. 100 millions de francs cfa, pour les sinistrés.
Quand au président du Faso, son enveloppe ressemble à celle qu'il donne au Conseil constitutionnel à l'occasion de la déclaration de ses biens ; c'est-à-dire bien légère. Et comme le troupeau suit son chef, les membres du gouvernement et les députés ont fait comme lui. Chacun a donné une broutille. Pour les membres du gouvernement, cependant, le minimum acceptable serait 2 000 000 f CFA. C'est à peu près le montant que le président a alloué à chaque ministre pour les vacances. S'ils peuvent claquer deux briques pour les vacances, ils peuvent aussi se délester d'autant pour le peuple qui est la source de leurs privilèges. Les députés eux ont fait carrément le service minimum. 150 000 F par député, c'est à peine ce qu'ils empochent chacun en cinq jours de session. Faites vous-même le calcul : 35 000 f multiplié par 5 est égal à 175 000 F CFA. Des représentants du peuple on doit attendre mieux. Les députés peuvent bien sacrifier 30 jours de session pour le peuple. C'est-à-dire un petit million par député. En attendant de connaître le montant du don de Blaise Compaoré, il n'est pas acceptable qu'un privé, Kanazoé en l'occurrence, soit plus généreux que ceux qui profitent le plus de l'Etat. Il faut juste renvoyer l'ascenseur à défaut d'avoir eu une gestion prévoyante qui aurait institué des mécanismes pour prendre en charge les situations de catastrophe, comme celle là.

NAB


La loi de finance 2009 (adopté en Conseil des ministres du 17 septembre 2008)
Les prévisions totales de recettes se chiffrent à neuf cent quatorze milliards huit cent quatre vingt douze millions cinq cent soixante mille (914 892 560 000) F CFA contre huit cent soixante neuf milliards sept cent deux millions trois cent vingt cinq mille (869 702 325 000) en 2008, soit une hausse de 5,2%. Quant aux prévisions de dépenses, elles s'élèvent à mille trente neuf milliards huit cent quatre vingt douze millions cinq cent soixante mille (1 039 892 560 000) F CFA contre neuf cent quatre vingt quatre milliards cent soixante onze millions trois cent cinquante six mille (984 171 356 000) F CFA en 2008, soit une hausse de 6,1%.
Il ressort une épargne budgétaire de quarante cinq milliards soixante quatre millions quatre cent trente mille (45 064 430 000) F CFA. Le besoin de financement qui s'élève à cent vingt cinq milliards (125 000 000 000) F CFA sera couvert par des appuis budgétaires


Faut-il penser à une forme d'assurance ?
Ce n'est pas dans nos habitudes de vie, mais peut-être est-il temps de penser une forme d'assurance pour nos maisons, dans le cas justement des sinistres de cette ampleur. Les sociétés d'assurance pourraient réfléchir avec l'Etat sur les conditions et les modalités d'une telle assurance. Les gens sont certes pauvres, mais comme on dit, pour attacher la chèvre par la queue, il faut imaginer le noeud qui convient. Chaque année les catastrophes naturelles en saison des pluies font des dégâts que les seules solidarités ne suffisent plus à réparer. Le rôle de l'Etat est aussi de prévenir et de penser des solutions innovantes. Les particuliers dans cette forme d'assurance pourront payer une partie et l'Etat provisionner le complément de sorte qu'à la survenue d'une catastrophe d'une ampleur significative, l'Etat déclenche les mécanismes de dédommagement. Ça se fait ailleurs. Nous pouvons nous aussi l'expérimenter chez nous.

 


© L'Evénement - Déc. 2001
Concept. & Réalisation: A. Diallo
Date de mise en ligne: 17 septembre 2009