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Dossier
: Inondations
à Ouaga
Inondation
La rançon de nos turpitudes
Les inondations du 1er septembre
ont été l'occasion d'une extraordinaire mobilisation
sociale en faveur des sinistrés. L'élan de
solidarité a traversé toutes les composantes
de la communauté nationale qui continuent de témoigner
par des gestes divers leur attachement à des valeurs
sociales sacrées de partage et de fraternité.
Toutefois, passés les moments d'émotion, les
Burkinabè commencent à réaliser que
ce qui leur arrive n'est pas fortuit. La pluie diluvienne
par son caractère massif et instantané est
certes exceptionnelle, mais ses conséquences auraient
été moins graves si des mesures préventives
avaient été prises. Mais l'insouciance des
Burkinabé et l'irresponsabilité de nos dirigeants
ont alimenté le cocktail détonnant auquel
nous avons assisté. Il ressort en effet que Ouagadougou
est entièrement à la merci des eaux de pluie.
C'est le constat qui ressort de notre enquête qui
pointe particulièrement la responsabilité
de l'autorité politique. Il ressort en effet que
nombre d'édifices endommagés par la pluie
sont situés dans des zones inconstructibles : l'hôtel
des finances du secteur 11 est installé dans le canal
du barrage, la Direction de la propreté est bâtie
dans la zone non lotie du barrage, le siège du Fespaco,
le musée de l'armée, le stade Réné
Monory et tous les terrains concédés aux privés
pour ériger des bâtiments ( Watam, SKV, l'Eglise
Jean XXIII, le garage du pont du Kadiogo). Quand l'Etat
lui-même ne respecte pas la loi, comment peut-il se
porter garant d'une politique de fermeté vis-à-vis
des Burkinabé. C'est ça le drame des Burkinabé.
La catastrophe du 1er septembre permettra t-elle de tirer
des leçons ? Il faut l'espérer. En attendant,
la gestion de la catastrophe est la préoccupation
la plus immédiate. Des appréhensions se font
déjà jour sur la capacité de nos responsables
à gérer les aides dans la transparence et
l'équité. Les Burkinabé échaudés
par les expériences du passé se méfient
désormais et ils n'ont pas tort. Il leur appartient
doncde faire la preuve que cette fois ne sera pas comme
avant.
Sandogo
L'habitat précaire englouti par les eaux

Par Merneptah Noufou
Zougmoré
Ouagadougou, fait exceptionnel, a enregistré une
pluie diluvienne de 263mm. Dans presque tous les secteurs,
les résidents en ont fait les frais. Mais les quartiers
précaires ont payé le prix le plus élevé.
Ils n'ont plus que l'Etat et Dieu pour les sauver..
Sandogo est un village incrusté dans
le secteur 17 de l'arrondissement de Boulmiougou. La pluie
du 1er septembre a eu raison de nombreuses habitations dans
cette agglomération. Ce qui était considéré
comme une zone d'habitation spontanée a depuis la
pluie diluvienne prit le visage d'une agglomération
en ruines. Les habitants ont élu domicile dans les
écoles riveraines. L'école A et C de Sandogo
reçoit le gros lot de ces réfugiés
suivie de l'école Wassongdo, un autre établissement
situé en plein cur du non loti. Sur ces sites,
c'est une population en détresse qu'on y trouve.
Les effets sont exposés pêle-mêle, des
vêtements mouillés pendent partout dans la
cour de l'école, quelques uns de ceux dont l'eau
a emporté les maisons ont pu enlever quelques taules
qu'ils ont entassées dans la même cour de l'école.
A côté, les femmes s'affairent pour la cuisine.
Pour la circonstance le repas est servi par groupe parce
que beaucoup de femmes ont regagné l'école
sans ustensiles. Au menu le matin, on a de la bouillie,
du haricot et du riz sont préparés alternativement
à midi et le soir. Le dimanche 6 septembre dernier
dans les deux écoles on enregistrait quelques cas
de maladies : maux de ventre, crises de paludisme, diarrhées
et quelques blessés aux pieds. Ces derniers cas ont
été occasionnés par des taules et des
tessons de bouteilles. Les infirmiers commis aux soins sont
souvent débordés et n'ont que les produits
de première nécessité. Les cas assez
critiques sont transférés au CMA de Pissy
mais c'est le patient ou son accompagnant qui honore l'ordonnance.
Le conseiller municipal Sam Lazare est celui qui coordonne
l'aide aux sinistrés de la zone. Il affirme qu'après
la pluie du 1er septembre il y avait plus de 3000 personnes
sur les différents sites de Sandogo mais certains
on pu se caser chez des parents. Le 6 septembre, il ne restait
qu'environ 1500 personnes. Les salles de classes servent
de logement mais les hommes les ont cédé aux
femmes et dorment en plein air. Pour le Conseiller Lazare,
la préoccupation actuelle c'est de faire en sorte
que les femmes et les enfants mangent. La solution de recasement
va dépendre de la mesure que les autorités
vont prendre. Pour parer aux difficultés que vivent
les sinistrés, la solidarité est agissante
et les occupants des écoles, le temps d'une catastrophe,
ne tarissent pas d'éloge à l'endroit de ceux
qui leur viennent en aide. De bonnes volontés mettent
la main à la poche. Des dons en espèces et
en nature sont enregistrés dans l'objectif de soulager
un tant soit peu ces gens qui ont tout perdu. Les forces
de sécurité sont également sur le qui
vive mais contrairement à ce qui se passe sur certains
sites en ville ou les agents de sécurité font
le pied de grue, à Sandogo ils font le va et vient.
Ils ont donné des consignes pour les joindre en cas
de nécéssité. Dans ce bouleversement
inattendu, aucune couche sociale n'est épargnée.
Des élèves ont perdu diplômes, pièces
d'état civil et livres. Ils se demandent de quoi
sera fait demain. Puisqu'il faut ces parchemins pour pouvoir
passer en classe supérieure ou postuler à
des tests. Quelques baraques ont pu résister à
l'eau. Pour ceux à qui la chance à souri et
dont les habitations n'ont pas fondu dans les eaux, L'heure
est au rafistolage. D'aucuns se sont érigés
en maçon et à l'aide de morceaux de fer et
un peu de ciment tente de colmater des brèches. A
notre passage le dimanche dernier dans la zone, de fidèles
chrétiens en prière étaient dans ce
qui restait du temple du village. Une partie de cet édifice
s'est écroulé. La chaîne de solidarité
se constate sur le terrain. Vincent Sam est le fondateur
de l'école Wassongdo, il a ouvert son école
aux sinistrés. Il indique que ceux qui sont dans
son école ont reçu des nattes et des moustiquaires
mais il n'y en a pas en nombre suffisant. Quant aux femmes
qui pour la circonstance ont migré à l'école,
elles souhaitent qu'on trouve une solution dans l'immédiat
pour elles. La meilleure solution soutiennent Awa Wangraoua,
Christine Kafando et Josephine Kinda c'est les parcelles
qu'on devrait attribuer à leurs maris afin qu'ils
puissent bâtir des maisons assez décentes pour
elles et leurs progénitures. Quand on dort sur la
natte d'autrui déclare Kinda, on dort par terre.
Le mieux dit elle, c'est de quitter le plutôt possible
l'école Wassongdo. La situation y est plus que catastrophique
et pour cela le fondateur de l'école exhorte l'Etat
à ne pas se limiter à ceux qui sont venus
s'abriter dans les écoles. Il assure qu'il y a des
gens que des parents ont pu loger mais ils n'ont pas de
quoi se mettre sous la dent. Des vieilles dames qui ont
pu avoir des maisons pour séjourner sont venues pleurer
chez lui parce qu'elles n'avaient rien à manger.
Zongo un autre village de l'arrondissement de Boulmiougou
est aussi dans un état piteux. Pendant que la pluie
continue à menacer, des hommes et des femmes se débattent
pour pouvoir relever des maisons.
Déluge
dans les quartiers riverains des barrages
Ouidi, Nemnin, Kolgh-Naaba, Niongsin, Norghin
bordent
les lits des 3 barrages. Avant la catastrophe du 1er septembre,
les résidents de ces quartiers connaissaient déjà
des sinistres à chaque saison pluvieuse. Le 10 juillet
2005 les habitants de Niongsin avaient occupé l'école
Nemnin pour cause d'inondation. Si certains sont à
leur première difficulté, les habitants des
quartiers voisins des barrages ont séjourné
plusieurs fois hors de chez eux pendant plusieurs jours,
le temps que l'eau se retire de leurs concessions. Les conséquences
du voisinage avec les barrages ont été gérées
par les différents régimes qui se sont succédés
au Burkina mais sans véritable solution. Ce n'est
que dans les années 2000 que les responsables de
l'arrondissement ont semblé prendre l'affaire à
bras le corps Le maire de Baskuy, Marin Ilboudo l'autorité
de tutelle de ces quartiers a rencontré les résidents
maintes fois en vue de trouver une solution à la
question. De ces échanges est née une commission
ad hoc qui a été mise en place dont les résultats
des travaux ont été soumis à l'appréciation
du conseil municipal. Le conseil a ébauché
deux esquisses de solution. La première était
l'attribution de parcelles et des dédommagements
à ceux qui ont des permis urbain d'habiter ou des
titres fonciers. La deuxième solution consistait
à lotir les quartiers concernés et soumettre
ceux qui veulent y rester à l'obligation de souscrire
à un cahier de charges, après évaluation
du coût des constructions. Le conseil municipal n'avait
pas le moyen d'y faire face. Heureusement, une autre opportunité
s'est présentée. Le ministère de l'Agriculture,
de l'hydraulique et des ressources halieutique a un projet
d'aménagement de barrages. Le conseil municipal a
donc reversé le dossier à la Direction des
aménagements des barrages dudit ministère.
Mais depuis, les résidents disent ne pas avoir le
feed back. Sidiki Sinnon soutient avoir fait 34 ans à
Niongsin. Il assure qu'il y a 3 fois que le quartier a été
inondé mais l'ampleur n'a pas atteint celle du 1er
septembre. Il se rappelle que les autorités de l'arrondissement
avaient tenu des réunions d'explication sur l'éventualité
d'un lotissement ou un déguerpissement. Elles avaient
procédé à des levées topographiques
ainsi qu' au recensement, mais selon Sinnon il n y a plus
eu de suite. Le conseiller municipal Issa Dermé souligne
que depuis que le dossier a été soumis au
département de l'Agriculture, le maire veille au
grain. En saison pluvieuse, il sillonne les quartiers riverains
des barrages pour voir le niveau de l'eau. La pluie du 1er
septembre a débordé ces quartiers au point
que même les maisons qui ont jusque là résisté
aux intempéries ont fondu cette fois comme des châteaux
de cartes. A l'école Nemnin, Norghin A et B au lycée
Dimdobsom, le spectacle est désolant. Les occupants
de ces écoles sont dans des conditions d'insalubrité
criante. On croise les doigts pour qu'une épidémie
de choléra ne se déclenche !
Merneptah Noufou
Zougmoré
Aménagement
des lacs
et barrages de Ouagadougou
Sur le rapport synthétique du projet d'aménagement
des lacs et barrages urbains de la ville de Ouagadougou,
il ressort qu'avec la démographie galopante,
un nombre important de la population est concentré
au centre- ville. Motif : la nécessité
de se rapprocher des équipements urbains. La
proximité des barrages entraîne un surpeuplement,
ce qui de l'avis du projet, cause de graves problèmes
sanitaires et environnementaux. Comme dommage, on
énumère : la fragilisation des fonds
aquatiques et l'accélération de l'infiltration
par un prélèvement abusif de matériaux
de construction dans le lit des cuvettes ( sable,
argile
) L'appauvrissement des sols et la contamination
de la nappe phréatique par l'utilisation incontrôlée
d'engrais chimiques de synthèse et de pesticides
dans les vergers et les potagers situés en
bordure immédiate des plans d'eau.
La surexploitation des plans d'eau (constructions,
pêche intensive et anarchique).
La prolifération des dépotoirs sauvages,
conséquence du manque d'un système de
collecte des ordures ménagères et d'une
culture urbaine au niveau de certaines populations.
Expansion des moustiques, des germes et des insectes
de tous genre, vecteurs de maladies endémiques
telles le paludisme, la diarrhée
source
de graves problèmes de santé publique
Un aménagement conséquent est prévu
dans le cadre de ce projet
Aux abords du barrage n°2 il est prévu
la construction d'un port de plaisance et un complexe
multimédia, un village touristique, un aquapark,
un complexe sportif, une ferme équestre, un
terrain de golf, un complexe hôtelier, une cité
des affaires, un pont monumental et une salle de conférence
de 6000 places. On n'a pas omis de dégager
des parcelles viabilisées destinées
à la construction de maisons à usage
d'habitation individuelle ou collective.
MNZ
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Centre
d'accueil des sinistrés
Des camps de pauvres et des
conditions de vie précaires

Par Abdoul Razac
Napon
Dans les sites d'accueil, l'hébergement,
la restauration, l'accès à l'eau potable et
l'hygiène sont les principales préoccupations.
Les sinistrés ne sont pas au bout de leurs peines.
Le coup le plus dur pour les sinistrés
reste l'effondrement des maisons. Comme des châteaux
de cartes les maisons en terre battue se sont fondues dans
l'eau. Les occupants ont vite compris qu'il fallait sauver
l'essentiel. La réaction fut très tardive
pour beaucoup d'entre eux. Ils n'ont pas eu du temps. L'urgence
du moment était de sauver les vies, face à
la furie des eaux qui menaçait de tout détruire.
La soirée du premier septembre a été
la plus longue, la plus difficile pour les nombreux sinistrés.
C'est dans la précipitation qu'ils ont rejoint les
écoles avec le peu de matériel qu'ils ont
pu sauver. Là c'est une autre série de problèmes
qui commencent, indiquant que rien ne sera plus comme de
par le passé. C'est la vie des sinistrés qu'il
faut désormais intégrer.
L'accueil a été la première difficulté
au niveau des écoles. La situation ne donnait pas
lieu à la réflexion. Ceux qui ont perdu leur
maison ont accouru vers l'école la plus proche. Malheureusement
rien n'a été préparé à
cet effet. Les forces de l'ordre ont été vite
mobilisées pour éviter les accidents et autres
risques. Certains sinistrés affirment qu'ils ont
eu des difficultés pour avoir accès aux salles
de classes. Des familles ont fait le pied de grue devant
les écoles cherchant désespérément
un endroit où déposer leurs bagages et mettre
à l'abri. L'accès aux salles de classe n'a
pas mis fin aux déboires de ces sans abris. Une fois
que les familles sont mises à l'abri, il faut résoudre
la première urgence qui est l'alimentation. Pour
cette nuit la plupart ont dormi ou veillé à
jeun. Dans certains endroits, la municipalité a envoyé
quelques miches de pain et de la sardine. A l'école
Samora Machel du secteur 16 comme à l'école
du camp militaire sur la route de Pô, ils n'ont reçu
que 50 sardines et 10 ou 20 miches de pain. Dans tous les
sites d'accueil visités les sinistrés ont
attendu le lendemain pour se restaurer.
Des conditions d'hébergement difficiles
Les dons sont venus des conseillers municipaux,
de la mairie ou de personnes de bonne volonté. Pourtant
la distribution a été très difficile.
Les autorités n'ont pas pu réagir face à
cette urgence. Tout porte à croire que le Burkina
ne dispose pas d'un plan de secours d'urgence.
Cette catastrophe a marqué des vies et les séquelles
ne disparaîtront pas de si tôt. Dans les sites
d'accueil c'est une nouvelle vie avec ses difficultés
quotidiennes qu'il faut surmonter.
Toutes les salles de classes sont surchargées. Des
valises, des ustensiles de cuisine étaient toujours
sur l'estrade des classes et à même le sol.
La lessive continuait quatre jours après la pluie.
La déception, des regards pensifs et lointains étaient
perceptible chez la plupart des pensionnaires. Seuls les
enfants songeaient à s'amuser. A l'école Paspanga,
ils sont quatre familles par salle de classe.
Les conditions d'hébergement sont similaires dans
tous les sites d'accueil. Ils sont 30 à 60 par salle.
L'organisation diffère d'une école à
une autre. La promiscuité crée par endroit
des problèmes. Partout les hommes ont choisi de dormir
dehors. Il n'y a pas de place pour tout le monde. Les femmes
et les enfants ont été privilégiés.
Dans certains sites comme l'école du camp militaire
route de Pô il n'y a pas d'éclairage, la municipalité
a remis cinq lampes pour 10 dortoirs et 1000 f cfa pour
le pétrole. Cette école est pourtant envahie
par des herbes et les reptiles ne sont pas loin. Dans tous
les centres d'accueil, les nattes distribuées sont
insuffisantes. Dans des sites de 500 personnes, ils n'ont
reçu seulement que 25 nattes. A l'école Paspanga,
le vieux Kaboré, avec 30 autres personnes a reçu
2 nattes.
Les tables bancs servent de lit pour la plupart des sinistrés.
Il y a également un besoin urgent de couvertures,
de vêtements et de moustiquaires dans les centres
d'accueil. La plupart des sinistrés n'ont plus rien
pour se vêtir. L'eau a tout emporté. Les recherches
se poursuivent toujours dans les décombres espérant
retrouver au moins quelques vêtements ou couvertures.
C'est 5 jours après que la vieille Korotoumou Traoré
a retrouvé son sac de vêtements. Pour l'instant
ils doivent attendre. Des parents et amis ont apporté
leur soutien. Les dons sont largement en dessous des besoins.
Dans des centres de 500 ou 1000 personnes, ils n'ont bénéficié
que de 30 ou 50 vêtements. Le partage devient difficile
et les frustrations ne manquent pas.
Les sinistrés toujours
dans l'attente de secours
C'est la période de pic pour le paludisme
au Burkina, les moustiquaires constituent une des priorités
des parents d'enfants. Certains ont pu en acheter. D'autres
attendent toujours l'appui de bonnes volontés. Des
dizaines de moustiquaires ont été offertes
aux enfants, mais de nombreux autres attendent toujours.
Le ministère de la santé a dépêché
des équipes mobiles d'agents de santé sur
le terrain pour les premiers soins. C'est une semaine après
le drame que certains sinistrés ont reçu la
visite des agents de santé. Jusqu'à cette
date les CSPS étaient impuissants face à la
demande des sinistrés.
L'alimentation reste toujours le problème majeur,
cinq jours après le drame les sinistrés ne
mangent pas à leur faim. Dans certains sites, ceux
-ci n'ont qu'un repas par jour. Les occupants de l'école
du camp ne sont pas contents du régime alimentaire
auquel ils sont soumis. Ils craignent pour leur santé
et surtout pour celle des enfants. Depuis qu'ils sont arrivés,
ils ne préparent que du riz pour un plat par jour.
La commune leur a offert six sacs de riz et 5000 f cfa pour
les condiments de cinq jours. Dans ce centre qui compte
environ 500 personnes dont de nombreux enfants, les chefs
des familles se démènent pour les nourrir.
Toute chose qui n'est pas aisée dans la mesure où
beaucoup ont arrêté leur activité ou
l'ont perdu complètement. Dans les quartiers non
lotis, il n'existe pratiquement plus d'activités.
Les femmes qui exerçaient de petites activités
génératrices de revenus de vente (condiments,
haricots
.) sont revenues à la case de départ.
"J'ai perdu mon kiosque" déclare ce jeune
qui a une femme, 3 enfants, et ses deux parents à
sa charge. A Paspanga , chaque famille a reçu 3 kg
de riz sans condiments, ni argent. Cependant d'autres centres
de sinistrés ont eu plus de chance. Ils ont obtenu
du couscous, du riz et du haricot grâce à certaines
institutions internationales ou des ONG comme le PAM, la
croix rouge. Ce qui leur permet de varier la ration alimentaire
et d'avoir deux repas par jour.
La question de l'eau potable se pose dans certains sites.
Ce qui est tout à fait normal dans la mesure où
les écoles ne sont pas adaptées pour gérer
de pareilles situations. L'école Koubri dans le quartier
Lalnoa yiri, avec ses plus de 1000 sinistrés n'a
qu'un seul forage. L'ONEA a dépêché
une équipe dans ces centres pour une recherche de
solution. Certains établissements privés ont
mis leur eau à la disposition des sinistrés
comme l'établissement privé St Michel au secteur
16. Par contre tout le monde ne joue pas au bon samaritain.
A l'école Paspanga, il faut débourser 50f
cfa pour les toilettes et 100 f cfa pour prendre sa douche.
A Samora Machel au secteur 16, le fondateur a simplement
condamné son robinet au lendemain de l'installation
des sinistrés.
Les risques d'épidémie ne sont pas écartés.
Les latrines des écoles sont parfois insalubres ou
difficiles d'accès. Les occupants des lieux envahissent
la nature pour les toilettes, exposant les enfants à
de graves dangers de santé. Bientôt les élèves
vont reprendre le chemin de l'école et c'est un gros
souci pour les sinistrés. Le premier souci, c'est
le logement. Chacun veut vite retourner chez soi. La vie
de famille n'existe pas dans les centres. Les priorités
sont énormes. La reconstruction, la scolarisation
des enfants, l'alimentation. Il faut reconstruire ce qui
a été bâti depuis des années.
Pour ceux qui ont perdu leur emploi, certains enfants n'iront
certainement pas à l'école. Les gens sont
logés et nourris. Ils estiment cependant que l'important
est l'adoption de mesures permettant à chacun d'entre
eux de retrouver sa dignité et de se passer de cette
forme d'assistanat. Les habitants des zones non loties,
les occupants illégaux ne savent pas le sort qui
leur sera réservé. Ils ont besoin de parcelles
pour construire. Ils attendent du gouvernement des solutions
pérennes pour ne pas revivre cette situation.
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Bilan des pertes
humaines
et matérielles
Le gouvernement a établi le bilan suivant
9 décès, 150.000 sinistrés dont
120.000 à reloger et 20.000 personnes accueillies
chez des parents et amis dans la région du centre.
Dans les autres régions il a été
recensé 180 logements effondrés et 500
sinistrés. Ouagadougou est la ville la plus touchée.
110 sites d'accueil à Ouagadougou dans les écoles,
les collèges et les lycées. Les pertes
matérielles sont énormes. 2 Barrages ont
cédé dans la région du centre (Saaba)
et au Sahel. 12 ponts endommagés dont 4 hors
d'usage.
Les services administratifs ont été durement
frappés. L'hôpital Yalgado a été
momentanément fermé. Des véhicules
et des matériels informatiques ont été
détruits. L'immeuble Baoghin qui abrite certains
ministères a été submergé
occasionnant des pertes matérielles. Les services
comme la DGTM, le BUNASOL, le centre national des semences
forestières, l'imprimerie des forces armées
ont été aussi touchés. Deux hôtels
dont l'hôtel mercure à proximités
du barrage ont subi des pertes. La cinémathèque
du FESPACO ou de nombreux films sont hors d'usage.
2448 maisons d'habitation détruites dont plus
de 60% en zones non loties.
Pour la réhabilitation, le gouvernement demande
dans l'urgence plus de 2 milliards pour fluidifier la
circulation et 7 milliards pour l'humanitaire et la
réhabilitation d'infrastructures routières.
Ce sont des besoins urgents qui ne peuvent pas attendre.
Le budget global du sinistre est évalué
à environ 77 milliards de f cfa.
Abdoul Razac Napon
Les députés
aux côtés des sinistrés
Après la visite des sinistrés par le premier
Ministre, on ne pouvait qu'espérer voir déambuler
les autres acteurs pour au moins renforcer cet élan
de solidarité auprès des victimes du 1er
septembre. C'est chose faite car le coup d'accélérateur
donné par le premier des ministres à invité
le 04 septembre 2009 les députés à
se rendre sur le terrain. Au total 5 sites dont chacun
dans les cinq arrondissements de la ville ont bénéficié
de la visite des représentants des élus
nationaux. Il s'agit de l'arrondissement de Baskuy,
de Signoghin, de Bouliougou, de Bogodogo et de Nongremassom.
Les sites d'accueil se composent essentiellement d'écoles.
Mais avant la visite les représentants de l'hémicycle
ont jugés bon d'aller rendre visite au maire
Simon Compaoré qui a pris le soin de faire l'état
des lieux sur le nombre des victimes , sur les sites
d'hébergement ainsi que les moyens mis à
la disposition de ces derniers pour la prise en charge
des sinistrés. A l'école nemnin, premier
site visité, 1100 personnes y habitaient dans
des conditions déplorables. Les matelas, les
tables, les armoires, habits, tout était à
la merci du reste des flaques d'eau et du soleil. Le
constat qui se dégage est que malgré les
efforts consentis par l'état, l'approvisionnement
en eau et l'insuffisance de nourriture demeure un problème
qu'il faut chercher à résoudre d'ici là.
Le manque d'hygiène dû à l'insalubrité
risque à long terme d'occasionner des épidémies
qui rendront encore plus difficile la tache du gouvernement.
L'école kosoghin regorge moins de sinistrés
mais toutefois les conditions d'hygiène sont
à déplorer car les enfants font leurs
selles partout rendant le lieu malpropre. Le député
Zagré S. Désiré a exhorté
les sinistrés à garder le calme et la
sérénité car ils sont venus pour
s'imprégner de la réalité sur le
terrain en vue de proposer des solutions de sortie de
crise. A l'école Naaba Yanfo, 1500 personnes
y étaient logés mais les conditions semblent
moins précaires que celles des autres sites visités.
Michael Pacodi
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INNONDATIONS
Inondations à Ouaga
Pour les spécialistes, c'était implacable
Alain
bagré, ex-coordinateur du projet ZACA
Par Idrissa Barry
Les inondations du 1er septembre ont fait une dizaine
de victimes et plusieurs dégâts matériels
chiffrés en milliards de F CFA. On s'accorde
tous sur l'exceptionnelle situation qui a provoqué
cette catastrophe, à savoir les 263 mm de pluies
tombées en moins de 10 heures. Mais les spécialistes
de l'urbanisme pensent qu'il ne faut pas tout rejeter
sur Dame nature. Il y a bel et bien des causes humaines
qui expliquent l'ampleur de la catastrophe.
Les facteurs ayant favorisé la survenue de la
catastrophe sont à rechercher dans quatre directions,
selon la plupart des spécialistes que nous avons
rencontrés. D'abord il y a l'aménagement
même de la ville qui se fait sans une vraie opération
d'assainissement. Le président de l'Association
des urbanistes du Burkina (AUB), Ignace Sawadogo, est
catégorique : " A Ouagadougou, l'aménagement
n'est pas bien pensé. On organise des opérations
de lotissement sans un fonds d'assainissement. On se
retrouve avec une urbanisation sans assainissement,
ce qui est anachronique ". Les urbanistes sont
formels, on aurait pu minimiser les dégâts
si la ville de Ouagadougou disposait des ouvrages d'assainissement
beaucoup plus nombreux et adéquats. Au jour d'aujourd'hui,
la ville de Ouagadougou possède un réseau
de drainage des eaux pluviales très modeste.
Le réseau est composé de 165 km de caniveaux,
dont 18 km couverts. Les principaux canaux sont au nombre
de cinq et ont pour principal exutoire le parc urbain
Bangréweogo. Avec l'étalement sans fin
de la ville, ce lieu est lui-même régulièrement
inondé à chaque saison de pluie. Les rédacteurs
du rapport sur le schéma national d'aménagement
du territoire avaient aussi tiré la sonnette
d'alarme. Pour eux, il fallait un jour s'attendre à
cette catastrophe vue la manière dont l'aménagement
se fait dans la capitale. Dans leur rapport, l'avertissement
est sans équivoque : "La ville de Ouagadougou
s'inscrit dans le bassin du Massili, et en particulier
entre ses deux affluents de rive droite. Tant que la
ville est restée à l'intérieur
de ce bassin, elle a bénéficié
d'un drainage naturel simple. Mais depuis l'initiative
de Ouaga 2000 en 1996, elle est sortie de son site,
pour occuper un panneau d'orientation différent.
Depuis quelques années, le même processus
se répète à l'Est, du côté
de Saaba. Cette forme d'expansion ne manquera pas de
poser des problèmes lorsqu'il faudra mettre en
place des systèmes cohérents de drainage
et de traitement des eaux usées".
Ouaga 2000 n'est pas inondée
Selon le même rapport, concernant la ville de
Ouagadougou, on assiste à un développement
urbain à deux comportements : la prolifération
des lotissements et de l'habitat spontané en
périphérie, dans une ambiance de spéculation
foncière généralisée et
la multiplication des grandes opérations et des
projets en zone centrale, tous orientés vers
les activités et les couches sociales à
hauts revenus et qui débouchent sur une autre
forme de spéculation. Et pendant ce temps-là,
les grandes infrastructures dont la ville aurait besoin
pour devenir une vraie métropole sont en attente.
On assiste à un détournement de l'action
et des moyens publics en faveur d'opérations
spectaculaires et lucratives, mais qui ne sont certainement
pas les vraies priorités de la ville. Pire les
ouvrages existants ne sont pas entretenus. On bitume
beaucoup de voies sans faire des caniveaux et ceux qui
sont réalisés sont mal entretenus. Par
ailleurs, les trois barrages de la ville où convergent
les eaux pluviales seraient ensablés. Pour l'urbaniste
Pierre Claver Dakissaga, il y a nécessité
de s'en occuper pour ne pas connaître dans les
années à venir des inondations à
répétition car ces barrages sont très
peu profonds.
Autre élément mis en cause, c'est la conception
du système de voirie à l'intérieur
de la ville. " A Ouaga, on construit des voies
comme si on était en campagne. Elles sont plus
hautes que le niveau des maisons à telle enseigne
qu'on a l'impression que ce sont des digues érigées
autour des maisons. De tels ouvrages, au lieu de faciliter
le drainage de l'eau, la bloquent dans les habitats.
", explique Ignace Sawadogo. Certaines voies primaires
seraient en plus dépourvues de caniveaux. C'est
le cas de l'avenue qui part du camp Lamizana pour aboutir
au stade du 4 Août ainsi que celle qui longe le
siège de l'ONEA pour continuer dans le quartier
Patte d'oie. Quand ce déficit de canalisation
croise la précarité des habitats dans
certains quartiers, les dégâts sont inévitables.
Des habitats précaires
dans des zones inconstructibles

Le système constructif des maisons est fortement
mis en cause dans cette catastrophe. A Ouagadougou,
le banco est utilisé sans enduit de ciment pour
au moins 30% des constructions. Ce sont les ménages
les plus pauvres qui sont les principaux concernés.
Cela amène à questionner les politiques
publiques sur la question de logement. Pour M. Dakissaga,
l'Etat ferait mieux de réorienter sa politique
dite de logements sociaux qui ne profiterait pas à
la majorité des ménages modestes vers
la subvention des matériaux de construction en
leur faveur. Même son de cloche du côté
de l'Association des urbanistes du Burkina qui estime
qu'il faut aussi mettre l'accent sur la sensibilisation
des populations pour souligner l'importance de faire
la fondation des maisons avec du matériel solide,
autre que le banco. "Il faut un programme d'encadrement
dans la construction qui prenne l'ensemble des acteurs
car la majorité d'entre eux ont appris sur le
tas. Ce n'est pas n'importe quelle terre qu'il faut
utiliser pour confectionner une brique. Nos grands parents
savaient cela. Mais de nos jours, ces connaissances
tendent à se perdre. C'est pareil au niveau des
maçons où on construit des maisons en
un temps record croyant que c'est cela l'efficacité
", souligne Yaya Coulibaly, directeur de l'agence
Axiale. A cela, il faut ajouter le " laissez-aller"
constaté dans l'occupation des zones interdites
de construction. Ce sont les abords des cours d'eau.
Or, à Ouagadougou, les services publics sont
les premiers à violer cette réglementation.
La plupart des édifices endommagés par
cette pluie sont situés dans ces zones inconstructibles
: l'hôtel de finance du secteur 11 installé
dans le canal du barrage, la Direction de la propreté
située dans la zone non lotie du barrage, le
siège du Fespaco, le musée de l'armée,
le stade Réné Monory et tous les terrains
concédés aux privés pour ériger
des bâtiments (Watam, SKV, l'Eglise et le garage
du pont Kadiogo). Pour Alain Bagré, ex-coordinateur
du projet ZACA, " il ne faut pas provoquer le diable
en allant s'installer sur des zones inondables. Dans
une ville, ce n'est pas tous les terrains qui sont propres
à la construction. Il y en a qui servent uniquement
au jardinage par exemple. C'est notamment le cas aux
abords des barrages. Pourquoi alors laisser les gens
construire dans ces zones. Pire, je connais des gens
qui ont reçu l'autorisation de la municipalité
pour construire car ils détiennent leurs titres
fonciers. ". Il estime qu'il faut remettre de l'ordre
en commençant par respecter le schéma
d'aménagement de Ouagadougou. Mais tout cela
nécessite un travail de coordination qui devrait
revenir aux urbanistes, selon Leandre Guigma, membre
du bureau de l'AUB. Le niveau d'équipement résulte
du mode d'aménagement qu'est le lotissement.
Dans la pratique, les urbanistes seraient très
peu pris en compte dans ces opérations. Pour
lui, il faut remettre l'urbaniste au cur du système
d'aménagement de nos villes. L'Etat est-il prêt
à s'engager dans ce sens ? C'est toute la question.
Les principaux canaux
de la ville
Le canal du Moro naba, long de 4,7 km, entre les quartiers
Gounghin et Bilbalogo, son exutoire est le barrage n°2
; le canal central dit de Paspanga, long de 5 km, entre
le quartier Koulouba et le centre ville, exutoire pied
du barrage n°3 ; le canal de Zogona, long de 4 km
dont l'exutoire se trouve au Parc urbain Bangrewéogo
; le canal de Dassasgho, long de 4 km, exutoire au pied
de Bangrewéogo.
La caractéristique principale de ces ouvrages
d'assainissement pluvial est qu'ils sont à ciel
ouvert avec comme exutoire le milieu naturel ou les
retenues d'eau (les trois barrages de la capitale dont
l'ensablement est très poussé). Les canaux
à ciel ouvert sont des lieux de dépôt
des boues de vidange manuelle, des déchets solides
et des eaux usées ménagères. Ils
sont parfois utilisés comme lieux d'aisance et
ne font pas l'objet de curage régulier. C'est
ainsi que ces infrastructures censées aider à
l'amélioration des cadres de vie et de santé
publique deviennent dans ces conditions plutôt
nuisibles et peu efficaces pour jouer leur rôle.
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Vingt ans d'un pouvoir
qui n'a rien prévu

Par Newton Ahmed BARRY
Le président Blaise Compaoré,
beaucoup plus que ses prédécesseurs, est comptable
de la situation de détresse mis en exergue par les
dernières pluies diluviennes sur le pays. Après
25 ans de pouvoir sans partage, le Burkina Faso est toujours
avant dernier dans le classement du PNUD pour l'indice de
développement humain et il n'est pas suffisamment outillé
pour faire face à la moindre petite catastrophe naturelle.
Devant la soudaineté et la rapidité de la catastrophe,
l'émotion ne nous permet pas la lucidité de
bien voir les choses. La quantité d'eau tombée
est incontestablement extraordinaire, surtout pour une année
annoncée comme déficitaire en pluie. Mais si
on observe bien l'évolution de la saison des pluies
de ces cinq dernières années, on ne doit pas
être trop surpris de la catastrophe survenue à
Ouagadougou et dans certaines contrées du pays. Nous
évoluons vers des saisons de pluies qui s'installent
tardivement et qui se concentrent en précipitation
sur de très courtes périodes. En 2006, la saison
s'est effectivement installée le 15 juillet sur l'ensemble
du pays et les pluies sont tombées sans discontinuer
en 60 jours. Les dernières pluies sont tombées
aux alentours du 15 septembre et plus rien. Quand on considère
que sur l'ensemble du pays, les cycles des cultures ont une
durée de 80 à 90 jours, les pluies en 2007 se
sont arrêtées au moment crucial de l'épiaison.
Mais cette année aussi avait connu ses catastrophes
dans la région de Banfora et du Boulgou. Des quantités
énormes d'eau avaient détruit les maisons et
les récoltes. Mais c'était moins spectaculaire
que ce que nous avons vu à Ouaga cette année,
parce que aussi la concentration humaine n'est pas la même.
A Ouagadougou, nous avons une population de 1 500 000 environ,
alors que pour Banfora et des villes comme Bittou cela fait
à peine 150 000 personnes.
Un autre élément qui devrait nous emmener à
relativiser les choses, c'est le nombre des sinistrés.
150 000 sans abri c'est énorme. Mais quand on reporte
cela au nombre d'habitants cela reste dans des proportions
qu'un gouvernement normal doit pouvoir gérer par les
mécanismes régaliens de gestion des catastrophes.
Les 150 000 sinistrés représentent 10% de la
population de Ouagadougou et environ 1% de la population nationale.
Ce qui reste dans les proportions gérables selon les
normes ordinaires de prise en charge des catastrophes naturelles.
Il faut certainement saluer la réactivité du
gouvernement de Tertius qui a tout de suite décrété
la mobilisation générale de l'Etat et des structures
de secours. Seulement on se rend compte assez vite qu'en dehors
de " l'émotionnel " il n'y a pas de mécanismes
prévus pour prendre en charge pareille situation. Le
CONASUR est prévu pour donner à manger en année
de déficit de production des céréales.
Il n'est pas habilité au secours des personnes sans
abri. L'ironie du sort, notre principal hôpital, le
dernier recours en matière de santé, a été
le premier sinistré. Or une structure du genre est
conçue pour rester une citadelle inaccessible. Un refuge
contre tous les tsunamis. On peut dire que nous sommes vraiment
dans le dénuement total face à la moindre imprévue.
Les besoins actuels de prise en charge des sinistrés
sont estimés, dans l'urgence, sur des calculs non rendus
publics, à environ 70 milliards de francs cfa, dont
7 milliards environ dans l'urgence. Cela reste évidemment
des estimations à " l'excès " dans
l'espoir d'avoir le minimum qui correspond aux besoins réels.
Mais quand on rapporte ce besoin à notre budget de
l'année en cours, estimé à environ 1040
milliards de francs, avec un besoin de financement, d'environ
125 milliards entièrement couvert par " des appuis
budgétaires ", le besoin pour la catastrophe est
de 6% environ du budget. En terme absolu c'est énorme,
mais relativement à ce que le gouvernement dépense
pour des prestiges qui ne se justifient pas toujours, c'est
un besoin qui peut être supporté par notre Etat.
A titre de comparaison, il faut noter que le président
Blaise Compaoré pour les besoins de sa nouvelle fonction
de " facilitateur " a créé deux nouvelles
ambassades à Lomé et à Abidjan. Deux
ambassadeurs plénipotentiaires ont été
nommés à Lomé et à Abidjan avec
des fonctionnaires et du personnel qui est pris en charge
par le budget national. A cela il faut ajouter les nombreux
palais inoccupés du président à travers
le pays. Pour la seule année 2008, le nouveau palais
du président à Fada, à l'occasion des
festivités du 11 décembre, a coûté
pas moins de 2 milliards, construction et équipements
compris. Pour la célébration de Ouahigouya le
budget de l'Etat devrait cracher autant de milliards pour
le bon vouloir des princes qui nous gouvernent et principalement
pour le premier d'entre eux, Blaise Compaoré, dont
le palais, sur la route de Titao, devrait être complètement
rénové à coût de centaines de millions
pour l'accueillir juste pour une nuit.
Au regard de ces dépenses somptueuses qui coûtent
des milliards de francs cfa à l'Etat burkinabè,
il est tout à fait envisageable de racler les fonds
de tiroirs pour faire face à la présente catastrophe
naturelle. Dans la prise en charge des sinistrés et
des sinistres, il y a deux phases importantes. La situation
d'urgence qu'il faut gérer et la réinsertion
des victimes à prévoir. Pour l'urgence à
gérer, les moyens de bord ont permis de loger les familles
sinistrées dans les édifices publics. Mais c'est
une situation qui ne peut pas durer plus de deux semaines.
Il faut dans les tous prochains jours envisager le retour
des sinistrés chez eux. Qu'est-ce qui sera fait pour
que chacun se trouve un toit sur la tête ? Cette question
est encore plus cruciale puisqu'il n'est pas possible de confectionner
actuellement des briques en terre. Il continue de pleuvoir.
Quelles solutions provisoires pour loger les familles, le
temps qu'elles retrouvent quelque chose de relativement sûr
? Que va faire l'Etat ? Les 70 milliards incluent-ils ces
aspects du sinistre ? Ce qui est bien explicité c'est
qu'il faut dans l'urgence un milliard et demi pour nourrir
les sinistrés. Et un autre milliard et demi pour le
" matériel de survie ". Rapporté au
nombre de sinistrés déclarés, chacun
d'eux va coûter environ 20 000 F CfA. C'est pas extraordinaire,
il suffirait de demander aux députés de sacrifier
chacun 30 jours de frais de session, donc les deux sessions
extraordinaires de l'année, pour réunir l'essentiel
de la somme.
Il va rester le plus dur. Comment aider les sinistrés
à retourner chez eux ? Le gouvernement a prévu
dans les premières urgences un milliard de francs pour
la " viabilisation des sites ". A quoi correspond
cet intitulé ? Il n'est pas bien spécifié.
Les chiffres sont apparemment assez exhaustifs : 24 489 maisons
se sont écroulées pour un dommage estimé
à environ 13 milliards de nos francs. Le rapport là
aussi est de 550 000 F CFA par concession. Une estimation
raisonnable au regard du marché de la construction.
Des réponses inappropriées
et insuffisantes
Au conseil des ministres qui a suivi la survenue du drame,
le gouvernement semble vouloir se constituer en gestionnaire
de la solidarité nationale et internationale. Le gouvernement
lui-même n'a pas indiqué quelles mesures immédiates
il comptait prendre et combien de francs il allait débloquer
pour prendre quel aspect du sinistre. Dans une situation comme
celle-là, un gouvernement fait d'abord des efforts
et ensuite demande de l'aide pour un aspect précis
qui n'est pas couvert par son effort. Or telle que les choses
se présentent, le gouvernement va tendre une sébile
dont le contenu devrait lui permettre d'agir. Mais agir comment
? Toute la question est là. Dans des situations de
drame national, comme celle-là, des personnes de peu
de scrupule n'hésiteront pas à s'enrichir. On
peut même, sans risque de se tromper, dire qu'au regard
des tonnages de riz annoncés comme ayant servi à
nourrir les sinistrés de la première journée,
que les ripoux sont déjà passés à
l'acte. Les fonds en espèces qui arrivent à
flots sont encore plus faciles à détourner,
puisqu'ils ne sont pas donnés pour affectation précise.
Les sociétés modernes ont ceci de particulier
qu'elles préparent les imprévus pour mieux y
faire face. La façon dont nous gérons nos catastrophes
montre que l'on ne s'y prépare pas. On peut alors se
demander à quoi nous aura servi la longue stabilité
politique dont nous nous ventons ? Pour l'instant la majorité
des Burkinabè ne semble pas en tirer profit. La situation
de pauvreté dans le pays ne s'améliore pas.
La qualité de la gouvernance encore moins. Pour l'instant,
le seul qui surfe sur les bienfaits de la stabilité
politique, c'est Blaise Compaoré.
Il faudra cette fois être quand même plus rigoureux
avec l'argent que l'on va recevoir. Ne pas dépenser
l'essentiel des contributions en frais de prise en charge
et ensuite faire un bilan réel et honnête des
dépenses. Pour cela le gouvernement doit nommer un
gestionnaire reconnu pour sa probité pour gérer
les contributions.
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Ministres et députés
mettent la main à la poche !
Pendant la solennelle cérémonie de solidarité
avec les victimes, chacun a mis la main à la
poche. Le plus généreux reste le vieux
Oumarou Kanazoé, dont la bonté, en de
pareilles circonstances n'a jamais été
démentie. 100 millions de francs cfa, pour les
sinistrés.
Quand au président du Faso, son enveloppe ressemble
à celle qu'il donne au Conseil constitutionnel
à l'occasion de la déclaration de ses
biens ; c'est-à-dire bien légère.
Et comme le troupeau suit son chef, les membres du gouvernement
et les députés ont fait comme lui. Chacun
a donné une broutille. Pour les membres du gouvernement,
cependant, le minimum acceptable serait 2 000 000 f
CFA. C'est à peu près le montant que le
président a alloué à chaque ministre
pour les vacances. S'ils peuvent claquer deux briques
pour les vacances, ils peuvent aussi se délester
d'autant pour le peuple qui est la source de leurs privilèges.
Les députés eux ont fait carrément
le service minimum. 150 000 F par député,
c'est à peine ce qu'ils empochent chacun en cinq
jours de session. Faites vous-même le calcul :
35 000 f multiplié par 5 est égal à
175 000 F CFA. Des représentants du peuple on
doit attendre mieux. Les députés peuvent
bien sacrifier 30 jours de session pour le peuple. C'est-à-dire
un petit million par député. En attendant
de connaître le montant du don de Blaise Compaoré,
il n'est pas acceptable qu'un privé, Kanazoé
en l'occurrence, soit plus généreux que
ceux qui profitent le plus de l'Etat. Il faut juste
renvoyer l'ascenseur à défaut d'avoir
eu une gestion prévoyante qui aurait institué
des mécanismes pour prendre en charge les situations
de catastrophe, comme celle là.
NAB
La loi de finance 2009 (adopté
en Conseil des ministres du 17 septembre 2008)
Les prévisions totales de recettes se chiffrent
à neuf cent quatorze milliards huit cent quatre
vingt douze millions cinq cent soixante mille (914 892
560 000) F CFA contre huit cent soixante neuf milliards
sept cent deux millions trois cent vingt cinq mille
(869 702 325 000) en 2008, soit une hausse de 5,2%.
Quant aux prévisions de dépenses, elles
s'élèvent à mille trente neuf milliards
huit cent quatre vingt douze millions cinq cent soixante
mille (1 039 892 560 000) F CFA contre neuf cent quatre
vingt quatre milliards cent soixante onze millions trois
cent cinquante six mille (984 171 356 000) F CFA en
2008, soit une hausse de 6,1%.
Il ressort une épargne budgétaire de quarante
cinq milliards soixante quatre millions quatre cent
trente mille (45 064 430 000) F CFA. Le besoin de financement
qui s'élève à cent vingt cinq milliards
(125 000 000 000) F CFA sera couvert par des appuis
budgétaires
Faut-il penser à
une forme d'assurance ?
Ce n'est pas dans nos habitudes de vie, mais peut-être
est-il temps de penser une forme d'assurance pour nos
maisons, dans le cas justement des sinistres de cette
ampleur. Les sociétés d'assurance pourraient
réfléchir avec l'Etat sur les conditions
et les modalités d'une telle assurance. Les gens
sont certes pauvres, mais comme on dit, pour attacher
la chèvre par la queue, il faut imaginer le noeud
qui convient. Chaque année les catastrophes naturelles
en saison des pluies font des dégâts que
les seules solidarités ne suffisent plus à
réparer. Le rôle de l'Etat est aussi de
prévenir et de penser des solutions innovantes.
Les particuliers dans cette forme d'assurance pourront
payer une partie et l'Etat provisionner le complément
de sorte qu'à la survenue d'une catastrophe d'une
ampleur significative, l'Etat déclenche les mécanismes
de dédommagement. Ça se fait ailleurs.
Nous pouvons nous aussi l'expérimenter chez nous.
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