|
La question peut paraître saugrenue dans un
processus démocratique qui en est encore à
chercher ses marques. Une commission électorale
indépendante, c'était le moyen de rétablir
un peu d'équilibre face à un pouvoir
politique complètement monopolisé par
l'ODP/MT qui imposait sa pensée unique à
toute la communauté nationale. La CENI a été
le cheval de bataille de l'opposition politique mais
aussi de la société civile dont l'essor
dépendait grandement de l'existence et de la
jouissance des libertés fondamentales. Avec
la CENI, on pensait pouvoir se donner les moyens de
contrôler l'appareil administratif d'Etat à
travers lequel le pouvoir pouvait décider du
sort des élections. Avec une majorité
et une opposition représentées à
part égale dans les structures de la CENI et
une société civile qui devait jouer
les arbitres pour éviter les blocages, on pensait
avoir ainsi conjuré les mauvais démons
qui hantaient chaque élection. Seulement voilà.
A l'expérience, on s'est rendu compte que l'équilibre
voulu était devenu un leurre. La majorité
politique s'est donnée les moyens de phagocyter
une partie de l'opposition et la composante société
civile est apparue comme une excroissance de cette
même majorité. Cela a donné cette
structure bâtarde qui ne fait plus illusion
tant il a fini de pervertir les idéaux démocratiques
qui sont pourtant sa raison d'être. Des voix
se sont élevées pour demander la suppression
pure et simple de la CENI. Leurs motivations sont
bien sûr différentes. Pour les uns, c'est
sur le fondement d'un espoir déçu et
il faut arrêter de fournir un alibi facile à
ceux qui profitent de cette situation. Pour les autres
qui se nourrissent aux mamelles d'un Etat patrimonial,
il est temps de se débarrasser de tout complexe
et de reprendre les choses en main. Telle est la quadrature
du cercle. Mais pour l'heure, l'on semble mesurer
le risque qu'il y a de se débarrasser de la
CENI. Malgré tous les griefs proférés
contre la CENI, la tendance est à son maintien.
En revanche, il y a une quasi unanimité pour
mettre au rancart la composante "droits de l'homme".
Bien que le pouvoir en place s'en accommode actuellement,
du moment qu'il arrive à manipuler les différents
groupes qui se disputent les quelques strapontins
qui leur sont laissés dans les structures de
la CENI, le moment semble venu de s'en débarrasser.
Avec ce qui se passe, on sent bien qu'il va falloir
y mettre un peu d'ordre. Cela passe par l'édiction
de critères et l'observance stricte de règles
démocratiques dans la désignation des
représentants. Cela ne peut totalement rassurer
les partisans du contrôle total des organisations
de la société civile. Pour la commission
ad hoc chargée des réformes politiques
et institutionnelles, les dés sont jetés.
On ne parlera plus bientôt de la composante
"droits humains" au sein de la CENI. Sur
cette question, le CDP fait pour le moment le dos
rond en raison de la sensibilité du sujet,
en attendant de voir le sens du vent.
Nous avons donné la parole aux responsables
de trois organisations représentatives à
notre sens des courants les plus significatifs de
la nébuleuse "droits de l'homme".
Lisez plutôt.
Germain Bitiou Nama
Edouard
Ouédraogo de GERDDES-BURKINA
D'aucuns pensent qu'avec la révision en
cours de la composition de la CENI, on pourrait aboutir
à une mise à l'écart de la composante
droit de l'homme. Comment réagissez-vous à
cette probabilité ?
Je ne vois pas pour quelle raison la
composante "droits de l'homme" serait exclue
de la composition de la CENI. Elle n'a pas démérité
mais bien au contraire ! C'est vrai, il y a eu des
tractations, mais c'est dans la nature des choses
parce que je ne suis pas sûr que même
si la société civile avait été
représentée que par les religieux et
les coutumiers, on aurait dégagé un
candidat consensuel.
Je pense que ce serait légitime que la composante
"droits de l'homme" soit toujours représentée
au niveau de la CENI. Ce serait vraiment une injustice
historique que de l'exclure de la CENI.
N'avez-vous pas prêté le flanc?
Il n'y a vraiment rien de troublant
ni d'illicite dans ce qui s'est passé. C'est
même normal en bonne démocratie qu'on
ait procédé par vote du moment où
il y a plusieurs candidats et que personne ne veut
se désister pour l'autre. A ce que je sache,
au terme de ces tractations, il y a quelqu'un qui
a été élu et bien élu.
Quand on parle d'extirper de la CENI les associations
se réclamant des droits de l'homme, il faut
faire attention. Je sais qu'il y a un processus beaucoup
plus mortel pour la CENI à long terme parce
qu'il y en a qui travaillent au dépérissement
même de la CENI. Est-ce que le projet d'exclure
de cette CENI la composante "droits de l'homme"
n'est pas l'amorce de cette stratégie qui consiste
à travailler à affaiblir la CENI et
l'amener lentement mais sûrement à ne
devenir que l'ombre d'elle-même?
Qui aurait intérêt à
ce que l'organisation des élections revienne
au MATD ?
Je ne sais pas mais je sais que tout
le monde n'est pas pro-CENI. Il y en a qui souhaitent
carrément que l'organisation des élections
revienne à l'Administration territoriale. Mais
il faut qu'on arrive vraiment au bout d'un certain
temps à asseoir une culture électorale
à toute épreuve de manière à
ce que tous les acteurs sachent exactement ce que
voter veut dire et que tout le monde accomplisse son
devoir citoyen sans pressions, sans corruption, sans
se laisser détourner par qui que ce soit. De
la même façon, on aura abouti à
l'existence d'une vraie administration de service
public. On aura un MATD au-dessus de tout soupçon
en qui le monde de la vie politique aura confiance
Chrysogone
Zougmoré du MBDHP

Votre réaction par rapport à la probable
mise à l'écart de la CENI de la composante
"droits de l'homme" ?
Nous pensons que cela n'est pas normal
du point de vue des principes. Ça ressemblerait
à une loi punitive. Alors que par principe,
la loi est générale et impersonnelle.
Si je parle de loi punitive, c'est en référence
à ce qui s'était passé.
N'avez-vous pas prêté
le flanc ?
Au niveau du MBDHP, depuis que la CENI
existe, nous avons une position. C'est vrai, on a
parlé de société civile mais
au Burkina, on sait qui est véritablement de
la société civile. Il y en a qui se
disent de la société civile alors qu'ils
ont beaucoup d'accointances avec le parti majoritaire.
Dans cette société civile, vous avez
les religieux, vous avez les coutumiers. On sait généralement
de quel côté de la balance ces deux composantes
penchent lors des élections si bien que ça
perturbe un peu le jeu des équilibres et ça
fausse en réalité les choses dès
la base. Donc c'est là qu'il faut véritablement
revoir les choses.
Il y a comme un impossible consensus
au sein de votre composante ?
En tant que structure indépendante,
nous avons toujours décliné l'offre
d'en faire partie sachant bien que dès le départ,
les choses étaient faussées. Lorsque
vous avez des chefs de file de l'opposition qui rallient
la majorité, lorsque vous avez des chefs coutumiers
qui de manière générale appellent
systématiquement à voter pour telle
ou telle partie, vous comprenez bien que leurs représentants
au niveau de la CENI ne peuvent pas être indépendants.
L'épisode dont vous parlez, nous n'avons pas
été acteurs, nous avons simplement été
observateurs. Ceci étant, au niveau du MBDHP,
nous nous réservons le droit de continuer à
observer les élections et de donner notre point
de vue sur le déroulement des élections.
Aujourd'hui, tout ce qui intéresse le MBDHP,
c'est qu'on admette les candidatures indépendantes
pour les élections locales.
Ousmane
NACRO de la LIDEJEL

C'est le président de la CENI qui a été
à l'Assemblée nationale pour demander
qu'on enlève la composante "droits de
l'homme" parce que nous avons du mal à
trouver un consensus. A ce que j'ai pu retenir, il
semble que nous éprouvons d'énormes
difficultés pour désigner notre représentant.
Ce qui est vrai si on se réfère à
la dernière situation malheureuse qui s'est
passée. Je m'attendais plus à ce qu'on
revoie les textes parce que c'est l'insuffisance des
textes qui fait que tout le monde se dit défenseur
des droits humains. Mais on aurait dû fixer
des critères. Par exemple, il faut avoir un
siège, mener des activités. Et le ministère
de la Promotion des Droits humains contribuerait à
faire en sorte qu'on puisse amener cette composante
là à parler le même langage. Et
cela avait du reste commencé parce qu'un nouveau
répertoire a été conçu
au niveau de ce ministère avec des critères
précis. Je pense qu'il fallait donc revoir
les textes plutôt que de vouloir écarter
purement et simplement cette composante.
N' avez- vous pas prêté
le flanc ?
C'est juste ce que vous dites. La preuve,
c'est nous qui payons les pots cassés. Moi
j'aurais plutôt milité pour que s'il
y a des gens qui ont prêté le flanc,
qu'on les empêche de prendre part au processus.
Mais qu'on ne pénalise pas toute la composante
n
Entretiens
réalisés par
Germain Bitiou Nama et Boukari Ouoba
|