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Bouillon de Culture

La fête au Présent
Mutation des fêtes au sein des loisirs


Il a trop souvent été dit que tout est prétexte à fête chez les africains. Les fêtes rythmeraient le cycle de la vie. Cette vision étriquée des sociétés africaines est souvent induite par le fait que les rituelles qui accompagnent les différents événements de la vie s'accommodent assez souvent de mises en scènes où la présence de musique et autres gestuels s'apparentent à des expressions festives sous d'autres cieux. En effet, La réalité est que les rites de passages essentiels, (naissance, mariage, funérailles) ne peuvent s'accomplir sans un accompagnement festif. Au cours de ces manifestations qui ont une profonde signification dans la culture des peuples, d'aucuns ont pu voir de l'ostentation, du gaspillage là où il n'y avait que "don contre don" et autres rites qui contribuent à renouveler et renforcer les liens sociaux. On constate d'ailleurs que ces pratiques de potlatch étudiée par Mauss, Malinowski, etc. continuent d'exister sous d'autres formes dans nos sociétés actuelles dites modernes. Sous la direction de Laurent Sébastien Fournier, Dominique Crozat Catherine Bernié- Brossard, Claude Chastagner, un ouvrage de 418 pages, intitulé La fête au Présent. Mutation des fêtes au sein des loisirs, donne la preuve que l'importance de la fête dans les civilisations n'est pas le monopole des "sociétés archaïques" ou celle africaines qui sont encore très liées aux pratiques ancestrales. Certes le symbolisme et l'expression mythique est différent selon le milieu social mais ils répondent toujours de la même conception. Comme l'écrivent si bien les auteurs : "la fête participe toujours au champ de la croyance, de la religion et des représentations. Elle permet certes d'affermir l'ordre social et de "vendre" un territoire, mais elle est aussi une occasion où sont communiquées des valeurs ou, articulant ces deux logiques, elle est discours de production de la norme territoriale. Que la fête s'inscrive dans le temps banal et quotidien des loisirs ou qu'elle incarne les valeurs plus fondamentales de spontanéité ou de générosité, elle a toujours donné une place de choix au mythe, et plus encore au rite et à la structuration du temps en séquences rituelles."
Publié chez l'éditeur parisien l'Harmattan en 2009 ce livre est le résultat d'un colloque tenu à Nîmes en 2006. 31 articles repartis sur cinq parties, explorent les diverses expressions de la fête et des loisirs en s'attardant sur les aspects de conceptualisation, des modalités d'expression et des représentations sociales qui vont avec ces manifestations culturelles. A travers des exemples analysés en Algérie, et en Europe, les auteurs évoquent l'usage contemporain des fêtes traditionnelles. Cette anthropologie de la fête démontre comment entre sacré et profane le phénomène festif est à la croisée de différentes logiques aussi bien sociales, territoriales que du pouvoir. Analysant une fête traditionnelle bulgare Sandrine Bochew écrit à jute titre "si la fête est un lieu de communication, d'échange et de cohésion sociale, elle permet également de mettre en évidence certains rapports de pouvoir existant entre les différents groupes d'organisateurs." p 45. La fête est donc à prendre comme un fait social total selon l'expression consacrée depuis Mauss. L'aspect territorialité si important dans la compréhension de l'élément festif est mieux approfondi par la deuxième partie qui s'intéressent à travers des études de géographe à l'aspect mise en scène spatiale des manifestions urbaines contemporaines. L'inscription spatiale de la fête dans l'environnement urbain participe tantôt à la construction d'une identité tantôt de la caractérisation voire du marquage d'un lieu dont cet événement constituerait l'âme vivante. Cela se produit en conformité avec l'évolution sociale et historique dont la connaissance est indispensable pour mieux appréhender la fête contemporaine. Evoqué depuis le début de l'ouvrage en filigrane la question des enjeux sociaux et politique de la fête est approfondie dans la troisième partie. Il est alors démontré que le programme d'une fête ou d'un festival n'est jamais gratuit même si la participation à la fête elle-même peut l'être. Parlant de la gestion culturelle et de la construction en banlieue. Crozat et Raibaud affirment "…le passage du culturel au social pour définir et mettre en œuvre la fête suscite sa déréalisation. Ainsi, quelque soit le spectacle programmé et les bonnes intentions des divers acteurs de la culture, le processus d'animation de ces quartiers se retourne toujours contre sa population. L'absence d'implication des populations concernées dans la définition du projet festif est une des explications de l'échec des politiques dites d'intégration ; sur la base d'un model ethnique médiatisé, elles ségréguent, créent l'étranger quand il n'existe pas nécessairement : une hyper-réalisation de l'ethnicité très performative, puisque ces jeunes s'approprient ce modèle avec enthousiasme, le reproduisent et le diffusent." P170.
Au-delà de l'instrument utilisé et des expressions corporels, qui forment la marque particulière de la fête, son style auquel tous les participants adhèrent d'une façon ou d'une autre, la fête donne lieu aussi à l'expression de logiques individuelles, tant dans la gestuelle, l'expression corporelle, l'itinéraire festif, etc. C'est ce qu'explorent davantage les auteurs de la quatrième partie de l'ouvrage. Les aspects de ritualité de la fête sont encore démontrés entre logique collective et individuelle, expression populaire et religieuse. L'aspect patrimoine immatériel de la fête qui donne un sentiment d'appartenance de chacun au milieu tout en développant un aspect ludique et récréatif ou le rituel traditionnel est redimensionné par rapport aux réalités contemporaines font la richesse, voir la diversité de l'usage que peut produire la fête. On est ainsi édifié par les éléments démontrés par les auteurs de la cinquième partie qui exposent les aspects sémiologiques, psychanalytique esthétique, etc. de la fête…Le phénomène des fêtes techno analysé sous l'angle du conflit intergénérationnel et la quête identitaire d'une jeunesse en mouvement par Christophe Moreau est assez révélateur de l'étendu de l'exploitation social dont on peut faire de la fête et des loisirs. Comme quoi il ya une autre profondeur au-delà de l'immédiatement visible. Au Burkina Faso comme un peu partout en Afrique, de juillet à septembre, ce sont les vacances scolaires, période intense de fêtes et de loisirs pour jeunes et adultes en milieu urbain. Pendant ce temps en milieu rural, les fêtes et loisirs sont en veilleuse. Les braves paysans s'adonnent aux travaux champêtres et ce n'est qu'après les récoltes de premières céréales (novembre-décembre) que fêtes et loisirs reprennent leur rythme dans les cultures locales. Paradoxe révélateur de la différence entre deux mondes.

Par Ludovic O Kibora

Moustapha Dao, le cinéaste conteur n'est plus



Il semblerait que c'est grâce à des pellicules offertes par Hailé Guérima le réalisateur éthiopien de TEZA (Etalon d'or du Yennega au FESPACO 2009) que Moustapha Dao a pu faire son premier film "à nous la rue" en 1986. Ce court métrage qui raconte comment les enfants vivent en dehors de l'école entre jeux et petits larcins formateurs, était une indication forte sur les choix filmiques de ce jeune réalisateur burkinabè. Le film a reçu plusieurs prix au Fespaco 87 et dans des festivals européens de Belfort (France) en 1987 et Locarno (Suisse) en 1989. La suite dans la même logique on la connait: le neveu du peintre (1989), l'enfant et le caïman (1991), l'œuf (1995) Des réalisations dans lesquelles il met en scène des enfants et/ou conte des histoires pour enfants. C'était sa façon d'apporter sa contribution à l'éduction de cette frange de l'humanité qui porte sur ses épaules l'espoir du monde de demain. Il avait su utiliser cette machine inventée par les frères Lumières, loin de son Koudougou natal, pour rendre plus vivant les récits que l'on dit le soir au village au coin du feu. Entre tradition orale et technique cinématographe, Dao mettait sa sensibilité au service des touts petits en exploitant le 7ème art dans un style dont il avait seul la maîtrise. C'est à L'institut Africain d'Education Cinématographique (INAFEC) de Ouagadougou qu'il a appris les métiers du cinéma, avant de travailler aux studios Cinafric de feu Martial Ouédraogo à Kossodo (Ouagadougou) et par la suite au Centre National du Cinéma et à la Télévision Nationale du Burkina Faso. Déjà en 1984, il est ingénieur du son sur le film Issa le tisserand de son compatriote Idrissa Ouédraogo, qui sera du reste le coproducteur de son dernier court métrage. Dao a aussi travaillé avec le réalisateur Malien Souleymane Cissé (Yeelen) et est resté pendant longtemps l'icône de la salle de cinéma de Bobigny en banlieue parisienne. Avec quatre réalisations, il a donné la preuve qu'il avait une démarche innovante, celle qui a consisté à imposer une écriture cinématographique à travers l'adaptation de façon particulière des contes africains à l'écran. Entre réel et imaginaire, il a su forger un langage particulier qui donne plus d'éclat à un genre de la littérature orale africaine, longtemps utilisé comme module de formation pour la vie. Ne dit-on pas que la préservation du patrimoine culturel africain passe par la revalorisation de cette tradition de l'oralité ? C'est donc après avoir laissé sa marque dans le monde du cinéma africain que Moustapha Dao a tiré sa révérence à Paris le 21 juin 2010. Sa longue absence des écrans est hélas désormais définitive. Cependant, la voie qu'il a explorée mérite d'être approfondie par la jeune génération de cinéastes africains qui excelle déjà dans le cinéma d'animation comme le prouve des festivals de Ouaga, Abidjan, etc. Comme le cinéma est un merveilleux moyen de conservation et de revitalisation de la mémoire des peuples on ne peut que souhaiter que d'autres réalisateurs lui emboitent le pas. Adieu Artiste !

Ludovic O. Kibora

 




 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

FOCUS AFRICA
Par Bétéo D. Nébié
mail: neb_beteo@yahoo.fr

L'homme,
un maillon d'une très longue chaîne

 


Dans toutes les religions qu'on qualifie de révélées, on soutient que l'être humain est le maître de la création. On insiste pour dire que toute la création a été faite pour lui. C'est pourquoi, il a et le droit et même le devoir de la soumettre. Pour ce qui concerne les religions judaïque et chrétienne en particulier, la chose ne souffre d'aucun doute, on le voit dans la Genèse : en créant Adam dans le jardin d'Eden et en lui procurant Eve comme compagne, Dieu leur dit : "Unissez-vous et multipliez-vous. Remplissez la terre et soumettez-la. …". A partir de ce moment, l'homme a été investi pour compléter la tâche de Dieu en tant que second après lui. Dans ces conditions, l'être humain est un continuateur de l'œuvre divine en tant que son digne héritier. Dans une telle logique, l'homme peut tenter toutes les expériences si tant est qu'il est convaincu que cela peut l'aider à remplir la mission à lui confié. L'homme occidental est devenu entre temps l'adepte principal de la religion chrétienne au point qu'aux temps des Saint Louis, cette religion était devenue dans beaucoup de pays européens une religion d'Etat. Depuis la révolution industrielle réalisée par l'Europe, l'Occidental chrétien a pour lui toutes les raisons d'agir comme il l'a fait depuis : utilisation dispendieuse de toutes les ressources terrestres puisque la terre et tout ce qu'elle contient est sa propriété, extraction à outrance des richesses des sous-sols au risque de les épuiser à brève échéance, perturbation de l'écosystème si cela peut contribuer à son "bonheur", pollution des cours d'eau et des mers détruisant les êtres aquatiques, création d'idées et d'idéologies manifestement en désaccord avec les lois naturelles comme l'approbation et l'instauration de la pédérastie et du mariage des lesbiennes dans de nombreux pays occidentaux, destruction et déshumanisation des pays dits de la "périphérie" ou "sous-développés", dans le seul objectif de disposer de leurs ressources naturelles, etc. La liste macabre des conséquences de la logique des religions dites révélées est longue, longue, longue !
Heureusement que face à cette façon tardive de concevoir les choses dont l'Occident est avec une partie de l'Asie, les principaux initiateurs et bénéficiaires, d'autres façons d'imaginer la création existent, tout à fait en opposition avec cette manière de penser et de vivre générée par ces religions. En effet, et pour prendre le cas précis de l'Afrique, l'homme n'est pas le maître de la création. Il est un maillon d'une chaîne où chaque chose et chaque être est à sa place et se doit de jouer son rôle, rien que son rôle ! Cela ne signifie nullement que l'être humain soit dévalorisé, loin s'en faut. Il ne l'est pas plus que tout autre être ou toute autre chose dans la chaîne de la création. Chacun est indispensable dès lors qu'il occupe une place avec un rôle à lui dévolu. Et c'est parce que chacun joue correctement son rôle que l'ensemble du système se porte bien. Et la création dans son ensemble, au niveau de chaque système micro ou macro, confirme que la façon de penser de l'Afrique est plus proche de la vérité, ou du moins du salut de la création. Que ce soit l'univers dans son immensité, que ce soit le corps humain ou tout autre organisme, cette réalité se trouve toujours validée ! Les choses qu'on pourrait croire à première vue les plus importantes sont toutes menacées lorsque l'une quelconque de celles qu'on pourrait qualifier de mineures se trouve manquante ou défaillante !
Il faut avoir l'intelligence de le soutenir donc : la nature et l'univers n'ont pas été créés pour être mis à la disposition de l'être humain. Il n'est pas assez sage pour cela. "Le porc-épic est mort et voilà d'énormes soucis pour les charognards ", soutient l'adage africain ! L'homme va-t-il devenir intelligent ou allons-nous inexorablement vers le gouffre ? Non ! Al'heure où les dangers issus de la conception d'un homme propriétaire de l'univers deviennent chaque jour plus nombreux et plus menaçants, il faut avoir le courage de soutenir que celle-ci est erronée. Une fois encore, notre salut devrait venir du côté d'idéologies comme celles soutenues par le continent noir, par rapport à la création! Cela est-il étonnant ?
Ce continent n'est-il pas la mère de l'humanité ? Les Mossi du Burkina le disent bien : "Sur le dos de sa mère, de quoi le petit scorpion aurait-il peur ?" !

Par Bétéo D. Nébié
neb_beteo@yahoo.fr

 

© L'Evénement - Déc. 2001
Concept. & Réalisation: A. Diallo
Date de mise en ligne: 15 Juillet 2010