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Jazz à Ouaga
Pari tenu malgré la vie chère

" Je vais demander à l'association Jazz à
Ouaga de nous offrir quelque chose au moins tous les trois mois
"
Tel est la requête du ministre de la Culture, du Tourisme
et de la Communication du Burkina Faso, émise sur le
podium de clôture du Festival Jazz à Ouaga, le
samedi 02 mai 2009, au Centre culturel français Georges
Méliès (CCF-GM). Désir noble que partagerait
volontiers plus d'un mélomane burkinabè amoureux
de ce style musical qui entraîne l'élévation
du sens auditif de celui qui sait l'apprécier à
un niveau hors du commun. En plus, la mise en uvre d'un
tel souhait aurait pour avantage de développer aussi
bien chez le public que chez nos jeunes musiciens locaux, qui
ne connaissent ni Davis ni Armstrong, la fibre jazzistique.
Certes, concernant nos artistes locaux, certains font du jazz
et du blues comme Monsieur Jourdain sa prose (sans le savoir),
mais il serait bon qu'un pèlerinage musical aux sources,
puisse leur permettre de mieux affiner leur talents, car faire
du jazz ou du Blues, ça ne s'improvise pas comme on a
pu malheureusement le constater souvent sur nos scènes.
Vux intéressant que l'association Jazz à
Ouaga devrait prendre en compte surtout en soulignant au stylo
rouge le "nous allons vous accompagner" prononcé
par le ministre Savadogo, séduit par le talent des artistes
d'un soir de clôture en apothéose. Des spectacles
sporadiques avant la grand-messe annuelle, ça conquiert
les curs, ça fidélise le public. Mais cela
a un coup. Déjà pour cette association qui depuis
1992 initie le festival Jazz à Ouaga, ce fut la croix
et la bannière pour tenir l'édition 2009. Elle
a pour habitude de faire les couloirs des ambassades et autres
opérateurs privés à la recherche de sponsors
potentiels pour pouvoir à chaque fois donner du plaisir
au public burkinabè. De grands artistes de renommée
internationale ont pu ainsi s'exprimer sur des scènes
ici au Faso en offrant des spectacles à prix cadeau rien
que par le biais du Festival Jazz à Ouaga. Alors, lorsque
le cordon de la bourse a du mal à se délier du
côté de ces traditionnels donateurs, le festival
ne peut qu'accuser le coup. Cette année, du 24 avril
au 02 mai, en parvenant à faire venir Didier Lockwood,
Cheikh Tidiane Seck, Lobi Traoré, Pascal Mohy Trio, le
Trio Ivoire, etc. Jazz à Ouaga a une fois de plus tenu
son 17ème pari. Certes, le public qu'il a conquis au
fil des ans devient de plus en plus exigeant et les critiques
malgré l'achalandage des talents exprimés ne manquent
pas. "Peu nous importe vos difficultés financières,
donnez nous le plaisir qu'on attend de vous". A-t-on l'impression
de lire dans les propos de certains mélomanes qui pourtant
ont été gratifié cette année par
l'expression gratuite de jeunes musiciens qui s'essayent au
jazz blues et rythmes assimilés, à la Cafet du
CCF-GM dans le cadre de la compétition Jazz performance.
Le slogan "joindre l'utile à l'agréable",
semble être un leitmotiv pour Jazz à Ouaga qui
en plus des prestations musicales de qualité qu'il offre
aux populations du Burkina Faso, contribue à l'intégration
et au partage de savoirs qui favorisent l'éclosion de
jeunes talents. Et lorsqu'il permet aux rythmes d'origines diverses,
à priori distants de se rencontrer sous le couvert du
Festival, on ne peut que s'exclamer : Noble mission !
Ludovic O. Kibora
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Tibin
Les racines du warba du Ganzourgou

Le Warba et une danse populaire de la société
moaaga, qui consiste à esquisser des pas de danse
tout en tentant de faire tourner ses hanches. A partir
de cette définition assez sommaire, chaque spécialiste,
adepte de cette forme d'expression corporelle de réjouissance,
ajoute ses propres ingrédients pour coller à
la rythmique distillée le plus souvent par des
tambours joués à mains nues (bendré)
ou avec des bouts de bois. Lorsqu'intervient le cor pour
jouer le maestro et prendre en plus la place du chanteur,
c'est la qualité supérieure. C'est ce Warba
là qui a été édifié
et magnifié par la troupe Naaba Kanga de Tibin,
localité situé à 15 kilomètres
de Zorgho. Depuis, le Warba s'est inscrit en lettres d'or
dans le catalogue des formes d'expressions culturelles
réussies du Burkina Faso. Segmaando ("ton
ennemi ne peux rien contre toi, même lorsqu'il t'aperçoit
faisant un sacrifice"), Pagpuugo ("dans le champ
de la femme, on trouve un peu de tout"), des noms
énigmatiques, des prénoms devises qui ont
une profonde signification socio-culturelle, sont choisis
par chacun des musiciens et danseurs. Ces danseurs aux
pompons et autres frous-frous de cotonnade autour des
hanches font virevolter leurs jupes dans une cadence entretenue
par les cliquetis de métaux aux mains et aux pieds,
qui fait d'eux des danseurs-instrumentistes. Le chef d'orchestre
avec son cor bien branché sur la bouche parle en
réalité plus qu'il ne chante. Il indique
à l'aide de sonorités compréhensibles
aux fils du terroir, les pas de danse qu'il souhaite voir
s'exprimer sur la scène. "Les premiers pas
d'un enfant", "le vent qui emporte l'oiseau
dans son élan", "retourne-toi et regarde
en arrière", "le warba du handicapé
moteur", "la démarche du chef",
etc. ce sont-là autant de titres de chansons qui
se confondent avec les pas de danses variés qui
vont avec. Ce même cor sert à transmettre
des messages simples aux membres de la troupe et au public
initié. Le code n'est pas toujours ésotérique
à l'excès, car il s'agit assez souvent d'une
reprise grâce au son du cor, des termes du langage
parlé. Pour donner lieu à cette expression
artistique qui entre dans le domaine du beau et du profane,
la troupe traditionnelle des danseurs de Warba de Tibin
puise ses ressources vitales auprès des divinités
qui guident quotidiennement leur pas. Avant toute prestation,
il faut demander aux ancêtres et autres puissances
tutélaires, la voie à suivre par le biais
de sacrifices rituels. Alors au retour de missions, un
autre sacrifice de remerciement est fait. Selon les responsables
de la troupe, il est arrivé que dans un contexte
d'affrontement entre forces mystiques, certaines personnes
aient tenté de les empêcher de réussir
leurs prestations. Ce "blocage" momentané
est très souvent levé après "consultation
des forces divines". C'est ce qui explique d'ailleurs
la présence du vieil homme muni d'une sacoche et
d'une manche de houe couverte de plume d'oiseaux sacrificiels,
lors des déplacements de la troupe. La protection
quotidienne contre le mauvais il est permanente
au sein de cette troupe qui assure la relève en
essayant d'initier les jeunes gens à cet art. Mais,
l'école et d'autres horizons, attirent cette jeunesse
qui veut prendre une autre direction de vie que celle
des pères. La mission de la troupe est faite d'abnégation
et de don de soi, ce qui n'est pas fait pour favoriser
l'engouement des jeunes qui ont une autre vision du monde.
"Notre musique ne se vend pas, c'est la culture héritée
de nos pères. C'est pourquoi notre nom est sorti,
et nous restons toujours pauvres.", affirme avec
un pincement au coeur Christophe Tiendrebéogo,
le joueur de cor maître d'orchestre. Pourtant, pas
de retraite qui tienne. Une fois qu'on est dedans, on
y finit sa vie, car il faut transmettre le flambeau aux
générations futures quelles que soient les
résistances.
Le 29 avril dernier, alors que le monde entier célébrait
la Journée internationale de la danse qui a été
instaurée en 1982 à l'initiative du Comité
de Danse International, Bangba Kaboré préparait
sa troupe d'une quinzaine d'artistes (musiciens et danseurs)
pour aller assurer le spectacle aux funérailles
d'un illustre disparu bissa à Zabré. Cet
esprit de partage culturel permettait à la troupe
de mettre en pratique une fois encore sa philosophie existentielle.
Le défunt Naaba Ambga de Tibin ("lorsqu'une
panthère est sur le mûr, les maçons
se mettent de côté", pour qui ce patrimoine
culturel hérité des ancêtres devaient
servir à donner du plaisir aux populations, avait
imposé à cette troupe liée à
la cour royale, le principe ne peut s'adonner à
des spectacles à but essentiellement lucratif,
mais de se contenter de prendre ce que lui offre le public
satisfait après prestation. La troupe qui a toujours
fonctionné sous ce registre se trouve de nos jours,
dépassé au sprint par d'autres regroupements
d'artistes qui, à force d'imitation, parviennent
à faire aussi bien. Et ceux-ci n'hésitent
pas à monnayer leur talent pour vivre. C'est de
bonne guerre ! Cela pose de sérieuses interrogations
aux agriculteurs de Tibin qui sont danseurs depuis leur
jeune âge (7 à 8 ans) sans pour autant chercher
à tirer un bénéfice pécuniaire
ou matériel quelconque de leur art. Certes, ils
se souviennent avec sourire de ce séjour à
Lyon et Paris accompagnant une délégation
officielle burkinabè au plus haut niveau de l'Etat,
il y a plus d'une quinzaine d'année ou encore de
ces prestations devant des hôtes de marque du Burkina
Faso où les espèces sonnantes et trébuchantes
ne manquent pas de pleuvoir. Deux médailles de
l'ordre du mérite des arts, lettres et communication
avec agrafe musique et danse, qu'ils ont obtenu en 2008
et qu'il transporte fièrement lors de leur déplacement,
témoignent de la reconnaissance de l'Etat burkinabè.
Cependant, sur le visage de ces artistes qui ont en commun
la modestie et le talent, on a tendance à lire
de plus en plus ce message : "on ne mange pas les
merci". Les temps ont changé et la seule volonté
de perpétuer les traditions culturelles ancestrales
risquent de ne plus suffire à mobiliser la troupe
dans sa pureté originelle.
Rien que le prix des matériaux qui entrent dans
la confection des tenues est passé en l'espace
d'une année du simple au quintuple. Cela est une
sérieuse indication pour qu'une administration
culturelle conséquente s'engage à prendre
en charge ce regroupement d'artistes aux nobles idéaux,
afin que le départ des derniers gardiens du temple,
ne sonne l'hallali d'une mission d'utilité publique.
A bon entendeur
bon vent artistes !
Ludovic O. Kibora
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Par Bétéo D. Nébié
mail: neb_beteo@yahoo.fr
L'Afrique
a besoin
de dirigeants d'exception
Il est une donnée qui échappe souvent aux
Africains lorsqu'ils se penchent sur les anomalies fonctionnelles
de leurs Etats. Certains pensent que les principes fondateurs
d'un Etat digne de ce nom, et qui sont d'essence occidentale,
ne sont pas suffisamment maîtrisés. Ce serait
alors la raison majeure pour laquelle les structures étatiques
ne sont point cohérentes, ce qui aurait pour conséquence
le dysfonctionnement que l'on constate. S'il y a probablement
du vrai dans cette manière de percevoir les choses,
cette anomalie constatée est en réalité
de moindre importance par rapport au fait que la qualité
des hommes qui nous dirigent est la véritable raison
de bien de difficultés dans la gestion des Etats
africains. En effet, au-delà de la valeur et de
la qualité intellectuelle qui souvent manquent
aux principaux dirigeants des Etats, à cause de
raisons diverses ou des conditions particulières
de leur accession au pouvoir, de même qu'au copinage
dans le choix de leur entourage, il reste que la moralité
et la dignité restent incontestablement ce qui
leur manque le plus.
D'abord, du fait que la quasi-totalité de nos dirigeants
sortent des grandes écoles et les instituts supérieurs
dits modernes, leur moralité et cette notion d'honneur
et de dignité qui faisaient que l'Africain traditionnel
préférait la mort à la honte, leur
manquent totalement. Beaucoup de ces dirigeants ont un
idéal de vie tel que ce qui leur importe le plus,
c'est leur propre profit dans toute action qu'ils entreprennent
: "Qu'est-ce que je gagne ?", "Quel intérêt
ai-je dans telle entreprise ?", tels sont leurs arguments
massues. Certains, par vantardise ou plus exactement par
bêtise, affirment : "J'ai tel diplôme,
il me faut tel salaire !", oubliant que les salaires
ne doivent pas être liés à des diplômes
autant qu'aux possibilités de chaque pays ! N'est-ce
pas qu'il faut d'abord produire les biens, avant d'espérer
les consommer ? Pour nos grands hommes, cette évidence
n'est pas aussi claire. L'un des problèmes qui
doit par conséquent recevoir un traitement adéquat,
c'est le genre de dirigeants qui seront les plus aptes
à diriger les Etats africains à l'heure
actuelle. Nous avons besoin d'hommes d'exception pour
ce faire, et ce sont des quidams qui prétendre
le réussir ! Pourquoi faut-il croire que nous ayons
un tel besoin de ce genre d'hommes de très grande
particularité ?
Cela se comprend aisément puisque l'Etat africain,
du fait de son histoire récente et même actuelle,
a des contraintes particulières qu'il faut absolument
vaincre :
L'avidité des ex-colons n'est pas encore terminée.
Ces derniers font semblant d'être partis alors que
ce sont eux qui veulent tirer toutes les ficelles de nos
Etats soi-disant indépendants. Par conséquent,
vouloir être dirigeant dans nos pays, c'est accepter
d'aller contre leurs intérêts qui sont le
contraire de ceux de nos populations. Et comme chez eux,
"La fin justifie les moyens", ils sont prêts
au pire pour sauvegarder leurs avantages. Cela signifie
que quelqu'un qui n'est pas prêt à accepter
des risques pour contrer leurs manipulations ne pourra
jamais être un bon dirigeant dans nos contrées.
Mais ces risques vont précisément contre
la façon de voir de nos élites, surtout
prêtes à vouloir le beurre et l'argent du
beurre. A la moindre difficulté, ils préfèrent
s'allier aux ex-dominateurs pour opprimer leurs propres
peuples. C'est le contraire de ces dirigeants veules et
poltrons, apatrides et stupides, qu'il faudra à
l'Afrique. Nous avons besoin d'hommes courageux, à
la limite téméraire à la Thomas Sankara
pour ce continent, à l'heure actuelle.
Il faudra de même des dirigeants imaginatifs, inventifs,
créatifs. Pourquoi ? Parce que dans nos pays en
train de vouloir se dresser, tout doit être inventé.
Les copistes, les singes sont de peu d'utilité
dans un tel cas de figure. Ce qui est le cas de la quasi-totalité
de nos dirigeants. Le plus grand danger qui menace l'Afrique
depuis son indépendance, c'est de vouloir faire
entrer nos populations, nos sociétés dans
des moules qui ne sont pas faits pour elles. Et, malheureusement,
c'est là les défauts essentiels de nos dirigeants,
éduqués pour adopter au lieu d'adapter la
modernité à nos aspirations les plus profondes
! Si les premiers responsables n'ont pas ces qualités
de créativité et d'inventivité, il
sera difficile de pouvoir seulement compter sur d'autres
pour ce faire. L'adage africain affirme bien que : "Seuls
les tortues savent par où passer, pour se mordre
!", entendant par là qu'il est impossible
à celui qui n'a pas une qualité donnée,
de pouvoir réellement l'apprécier chez les
autres. Le fait de l'entourage n'est donc pas entièrement
suffisant pour gérer la question de l'inventivité,
de la créativité à outrance. Il faut
donc que les premiers responsables eux-mêmes disposent
de ces qualités.
Comme on le voit, il ne sera pas facile pour nous, d'avoir
des dirigeants de cette stature, mais en même temps,
c'est la condition à remplir pour avoir le moindre
espoir, la moindre chance de réussir à bâtir
nos nouveaux Etats sur du roc.
Anne-Cécile ROBERT : L'Afrique au secours
de l'Occident.
Editions de l'Atelier/ les Editions Ouvrières,
Paris 2006
Par Bétéo
D. Nébié
neb_beteo@yahoo.fr
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