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Bouillon de Culture

Les Récréatrales 2008
C'est parti pour la Résidence et la Plateforme Festival !


Les Résidences Panafricaines d'Ecriture, de Création et de Formation théâtrale sont cette année à leur 5ème édition. Fruit de travail et de persévérances, cette initiative d'hommes et de femmes qui ont foi au renouveau du théâtre africain, essaye chaque fois entre deux éditions, après d'intenses réflexions, d'innover. C'est ainsi que l'édition 2008 constitue un véritable challenge avec le changement de cap d'un navire qui entend aborder sa vitesse de croisière. Fini la routine ! Alors, les RECREATRALES 2008, c'est du trois en un. La première étape a été consacrée au laboratoire. C'était la quarantaine qui a réuni de décembre 2007 à février 2008, auteurs et metteurs en scène sélectionnés pour être dans l'anti-chambre des résidences prévues pour août. Des huit appelés, 5 projets de 5 compagnies professionnelles ont été retenus pour participer à l'étape Résidence et à la Plateforme Festival. En début d'année, c'était la recherche à outrance sur l'art théâtral, la remise en cause permanente, l'échange studieux et l'affirmation de la personnalité artistique de tous ceux qui avaient quelque chose à prouver. Du 14 août au 14 octobre 2008, ce ne sera pas de la sinécure non plus, car il faut aller au bout de l'ouvrage avec entrain et détermination. C'est l'étape durant laquelle le projet doit prendre forme. Elle constitue donc un temps de recherche et de finalisation des créations avec à l'esprit cette idée de Transgression, le thème bien à propos. Créer, n'est-ce pas transgresser un peu ? Ces créations qui bénéficieront de réflexions aussi bien sur le plan de la scénographie, du décor, du costume, de la régie, dans une complicité qui allie cultures d'ici et d'ailleurs promettent des étoiles. Si l'édition 2007 a révélé la place des artistes aux Ouagalais, celle de 2008 entend aussi investir un espace public urbain en vue d'installer un village du festival avec animation musicale. Affaire à suivre!
Véritable lieu de promotion de la diversité culturelle, les Récréatrales, en regroupant pendant un aussi long temps différentes nationalités (le Burkina Faso, la Côte d'Ivoire, le Bénin, le Togo, le Niger, la RDC, l'Afrique du sud, le Rwanda…) participent joyeusement à l'intégration entre les peuples. C'est donc une bonne ambiance garantie pour la Plateforme Festival (06 au 14 octobre) qui se veut une véritable cerise sur le gâteau : en permettant au public de voir à travers des lieux de spectacles de la ville de Ouagadougou, ce qui a été si longtemps concocté dans les cuisines de Gounghin qui abrite ateliers et maisons d'accueil des festivaliers. Avec l'implication de France cultures, les Ouagalais auront la veine de voir à prix cadeau, non seulement les nouvelles créations, mais en plus les productions des compagnies invitées. Et dire qu'avec ça, le maximum du soutien reçu par ces forçats des planches provient de l'extérieur du Pays des Hommes intègres… Gageons que "Collection Récréatrales" sortie aux éditions Découvertes du Burkina dont la dédicace est prévue le 10 octobre finira de convaincre entre mille et une preuve, secteurs public et privé qui n'hésiteront pas à délier le cordon de la bourse pour les éditions futures pour que vive le théâtre africain

Ludovic O. Kibora



Le père de la Rumba congolaise ne chantera plus



L'artiste musicien, celui que d'aucuns qualifient de Père de la rumba congolaise, Antoine Wendo Kolosoy, dit "Papa Wendo", est décédé lundi, 28 juillet 2008 au petit matin à Kinshasa, à l`âge de 82 ans. De nombreux mélomanes de la musique africaine actuelle, les fanas des rythmes très bougeants de la région des grands lacs, et autre coupé-décalé, ne l'ont connu qu'au soir de sa vie. D'autres le découvrent juste maintenant après l'annonce de sa mort. Normal ! Car Papa Wendo a débuté sa longue carrière de musicien dans les années 50. Comme il ne voulait pas chanter les louanges d'un souverain fut-il Mobutu, il cessa de jouer tout simplement pendant le long et pénible règne du dictateur congolais. Papa Wendo qui a repris le micro à la chute du potentat kinois a eu son premier succès avec le célèbre tube "Marie-Louise" qui, enregistré en 1952 en 78 tours, a conquis les mélomanes tant congolais qu`étrangers. Cette chanson lui valut quelques problèmes avec l`église catholique car les Congolais lui attribuaient (la chanson pas Wendo) la capacité de ressusciter les morts. Résultat, Antoine Wendo fut "excommunié" un temps par l'église catholique belge. Orphelin très jeune, mécanicien sur les bateaux naviguant sur le fleuve Congo pendant une dizaine d'années, boxeur, puis chanteur, c'est sur le fleuve que ce poète composait la plupart de ses chansons. Jacques Sarasin qui lui a consacré un documentaire,On the Rumba river en 2007 donne à voir l'image d'un homme courageux, sympa et talentueux dont le poids des âges n'ébranle pas les convictions de jeunesse. Le lingala qu'il affectionne tant permettait pourtant à sa musique de traverser les frontières et d'être apprécié aussi bien à Bruxelles, Paris que Ouagadougou. Grâce à ce film, il a non seulement retrouvé certains de ses anciens musiciens, mais aussi une dernière reconnaissance internationale avant l'hommage final. Et c'est reparti, pour des rumbas bien dansantes dans les rues de Kinshasa. Mais Hélas, le baobab qui a laissé choir de bonnes graines dans les jardins de la musique africaine a décidé de prendre son ticket pour l'autre monde afin de rendre plus perpétuel son art

Ludovic O. Kibora

 

Plaise au tribunal

Avec un titre comme celui-là, il n'y a pas de confusion possible. L'ouvrage doit parler forcément des choses du prétoire. Et c'est de cela qu'il s'agit effectivement. L'auteur n'est pas n'importe qui, excusez de l'utilisation de cette mention monstrueusement connotée par l'actuel garde des Sceaux parlant de "l'affaire Guiro". Une affaire qui pourrait faire l'objet, peut-être une suggestion, d'un prochain numéro "Plaise au tribunal". Enfin, revenons à l'auteur de cet inédit, inclassable, comme l'a si bien mentionné, Boubakar Diallo, Romancier Cinéaste journaliste, dans sa préface.
On va enfin y arriver à cet auteur oui ou non ? Allons y donc. Est-ce que vous vous souvenez du premier bâtonnier "fou" de notre barreau qui a osé démissionner parce qu'un certain ministre de la Justice, Yarga Larba, pour ne pas le nommer, avait dénaturé la loi organisant la profession d'avocat ? Ce bâtonnier qui avait pris trop au sérieux son "job" s'était insurgé contre cette façon cavalière du ministre, en déclarant qu'il ne sera pas le responsable du bureau de l'Ordre qui allait mettre cette loi en application. Et il avait aussitôt rendu le tablier avec tout son bureau. Lui, c'est maître Mamadou SAVADOGO, ceux qui lui sont familiers l'appellent "Lénine", même s'il n'a jamais été "coco" pour un sou. Mais idéaliste sûrement !!!
C'est ce monsieur, trop passionné par ce qu'il fait, malade très souvent des travers de ses confrères, qui a décidé, par défaut (peut-être ce n'est pas le terme approprié), de se consacrer à l'écriture. Faute de raccrocher la "robe", il en a plusieurs fois eu l'intention, il s'est résolu, sur les conseils d'un de ses aînés, d'écrire un livre "(…) ça suffira pour vous changer", lui avait-il confié.
En parcourant "Plaise au tribunal", on ne peut que se réjouir de ce conseil de l'aîné. L'ouvrage se lit "comme un roman sans en être", avait d'entrée de jeu prévenu Boubakar Diallo.
Quand on commence la lecture de ces huit (08) petites histoires, on a du mal à s'arrêter. Huit petites histoires déjà connues, puisqu'elles ont, en son temps, suffisamment défrayé la chronique, mais revisitées sous un angle inhabituel. C'est un avocat qui conte, qui nous invite à "pénétrer dans un univers où le commun des justiciables n'entre généralement pas sans une certaine appréhension".
De ces huit histoires, celle concernant le procès de Naaba Koanga par le CDP à Kaya, est certainement celle qui montre toute la finisse de cet homme de loi. Elle est moins emblématique que le procès des dirigeants du FPI, dont Laurent Gbagbo, en Côte d'Ivoire, mais elle explicite les ressorts inépuisables de la justice.
Il est heureux de savoir que "c'est juste un début". L'auteur en effet termine son intro par cette perspective qui donne de l'eau à la bouche : "Pour commencer, huit (08) petites". Va donc pour la série ! Tant pis pour ceux qui auront raté le premier épisode

NAB

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

FOCUS AFRICA
Par Bétéo D. Nébié
mail: neb_beteo@yahoo.fr

L'Afrique et la question de la langue, un nœud gordien

Il coule de source que dans la recherche de l'unité du continent noir, la question de la langue devra absolument être tranchée. Dans ce domaine, il semble que l'Afrique peut mieux faire que l'Europe. Encore faut-il le savoir ! On conçoit généralement que l'Union européenne a comme base essentielle, l'économie. C'est un choix qui sied au mental occidental et à sa vision du monde. Quiconque est loup ne se comporte-t-il pas comme tel ?
En choisissant le swahili comme langue africaine au niveau de l'Union Africaine (UA), les décideurs africains ont agi sagement. Il faut simplement déplorer la lenteur de la mise en œuvre, laquelle nous permettra certainement des bonds prodigieux en avant !
Si au niveau africain, la chose semble donc prendre un contour intéressant, c'est au niveau des Etats que le problème semble le plus coriace à résoudre. Du moins au niveau de la plupart des "Etats nains" comme les appelait le professeur Cheikh Anta Diop. Et pourquoi ?
Deux anecdotes pourraient indiquer comment se pose concrètement l'obstacle. Sous la Révolution au Burkina Faso, le président Sankara avait demandé au service dans lequel nous travaillions, de produire un document qui mette clairement en lumière les éléments favorables aux langues nationales dans la reforme éducative qui était envisagée. Il précisait de lui proposer la ou les langue (s) qui conviendraient le cas échéant. L'équipe à laquelle nous faisions partie donna tous les atouts et proposa une seule langue nationale. Raison majeure : si on propose plus d'une, on ouvre obligatoirement la voix à la multiplicité qui est de fait un non-sens ! Notre directeur, avant d'envoyer le document à la présidence du Faso, sans tenir compte des arguments de ses cadres, en ajouta une deuxième. Cette dernière était sa langue maternelle. Deuxième anecdote : nous avons raconté cette histoire à un ami, un très haut cadre supérieur. Il fut d'accord avec nous pour trouver l'attitude de notre directeur inqualifiable, jusqu'au moment de la découverte de la langue proposée par l'équipe ci-dessus mentionnée. En apprenant que cette langue n'était pas la sienne, il changea d'attitude pour soutenir le directeur qui avait la même langue que lui ! Il proposa même qu'en cas d'hésitation, il faudrait passer, pour résoudre le problème, par la démocratie !Pour lui, c'est la langue de l'ethnie majoritaire qui devrait être choisie.
Comme on le voit, le choix d'une langue nationale dans de telles conditions sera difficile à opérer dans beaucoup de pays africains, une fois la bataille de sa nécessité gagnée. L'idée de passer le choix de la langue nationale par le vote n'est ni intelligente, ni conséquente. Malgré les mérites de la démocratie, elle ne saurait intervenir aucunement ici : "On ne recherche jamais la chèvre noire, par une nuit sans lune", assure la sagesse africaine !
Le problème de la langue est si important, qu'on ne pourra jamais confier conséquemment sa gestion à une population, fût-il sous le couvert d'une quelconque démocratie. L'histoire qui est notre grand enseignant ne donne aucun exemple où une telle question fut tranchée de cette manière ! Qui dit mieux ? L'élite d'un Etat normal devrait comprendre la nature de chaque problème, pour en saisir les mécanismes de mise en œuvre. On devrait savoir dans ce sens, qu'il est parfaitement possible d'abandonner une langue majoritaire, et donc bien positionnée pour être langue nationale, au profit d'une autre qui a de meilleurs atouts de réussite pour la mise en œuvre. Ici, la forme a autant d'importance que le fond ! Combien parmi l'élite africaine dont la langue ne serait pas retenue sont-ils prêts à accepter de voir au-delà de leur nombril ? Voilà comment se pose concrètement l'équation de cette incontournable problématique ? Malheureusement, l'expérience concernant l'intelligentsia africaine, si vraiment elle existe, ne nous inspire point de très grands espoirs. Il reste alors qu'il faut souhaiter que le Très Haut, dans sa grande clémence, nous dote de premiers responsables de génie. Sinon la mayonnaise aura beaucoup de mal à prendre. Dans tous les cas, tout le monde devra savoir que : "On ne prend jamais l'hippopotame avec une ligne" ! Intellectuels de tous les pays africains, soyez patriotes, cela n'a rien de marxiste !

Cheikh Anta Diop : L'importance de la langue nationale. Conférences de Niamey. 1984


Par Bétéo D. Nébié
neb_beteo@yahoo.fr

 

© L'Evénement - Déc. 2001
Concept. & Réalisation: A. Diallo
Date de mise en ligne: 17 Août 2008