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Contre-jour


Autorité Supérieure de Contrôle de l'Etat: Conjurer les détournements et la corruption
Education inclusive: Une nouvelle approche de l'école pour tous
La RADDHO s'implante au Burkina
Fronde sociale: Les travailleurs sont sur le pied de guerre

Autorité Supérieure de Contrôle de l'Etat
Conjurer les détournements et la corruption


Créée par voie législative en novembre 2007, l'ASCE a démarré ses activités à la suite de la prestation de serment de ses membres intervenue en octobre 2008. Son premier rapport qui vient d'être présenté au président du Faso couvre une période de trois mois.
Les défis à relever sont importants, vu le climat de scepticisme qui a accompagné la création de la structure. Le principal défi consiste en effet à prouver qu'il est possible d'exercer un contrôle efficace sur la gestion des structures de l'Etat et d'engager une lutte toute aussi efficace contre la corruption d'où qu'elle vienne. En trois mois, l'autorité de contrôle conduite par Bruno Bessin, le monsieur propre du Burkina, a diligenté diverses activités, allant du contrôle de régularité et de conformité aux activités de sensibilisation sur la lutte contre la corruption et d'autres actes de mal gouvernance. Les malversations et détournements de deniers publics décelés atteignent la bagatelle de 367 779 926 FCFA. Sur 9 structures directement contrôlées par l'ASCE, quatre enregistrent des malversations à hauteur de 92 029 669FCFA. Il s'agit de la DAF du ministère des Transports dont le montant à recouvrer est de 37 048 965 FCFA, du Haut Commissariat du Koulpelogo (19 308 861FCFA), de la Société de Gestion du Patrimoine Ferroviaire du Burkina /SOPAFER-B (32 201 393 FCFA) et de CCVA (3 470 450 FCFA). Trois types de malversations sont concernées : détournements de fonds et manquants de caisse (19 308 861), absence de pièces justificatives de dépenses (57 031 016), détournements de valeurs inactives, de matériels et régies de recettes de fait (15 689 792 FCFA). Naturellement, la révélation de ces malversations a donné lieu à des recommandations. Les agents fautifs sont tenus de rembourser les sommes manquantes ou détournées et des sanctions administratives sont également prises à leur encontre. Deux cas ont été déferrés devant l'autorité judiciaire. C'est notamment ceux de l'aéronef expertisé à l'antenne du Centre de Contrôle des Véhicules Automobiles de Bobo-Dioulasso et le Haut commissariat du Koulpelogo. Un centre d'expertise automobile n'a pas vocation à expertiser des aéronefs. Le cas de Bobo soulève naturellement des interrogations. Comment Air Burkina, propriétaire de l'avion, s'est-il retrouvé dans une opération aussi grotesque qu'irrégulière ? Il se pose là un problème grave qui ne saurait se limiter au seul agent fautif, en l'occurrence le chef de l'antenne CCVA de Bobo-Dioulasso. Le rapport recommande en effet que soient dénoncées les pratiques frauduleuses de la compagnie Air Burkina. Le ministre des Transports aurait envoyé au directeur de ladite compagnie une correspondance dans ce sens. On peut cependant se demander si cette réaction est à la hauteur du forfait. Tout comme la sanction disciplinaire infligée au chef d'antenne, où l'on s'est borné à le relever de ses fonctions, avec mise à pied de huit jours et une émission d'un ordre de recettes correspondant à la somme perçue à Air Burkina. Concernant le haut commissariat du Koulpelogo, les irrégularités portent sur l'utilisation abusive de certificats administratifs pour permettre des règlements frauduleux, l'utilisation de divers procédés pour dissimuler l'identité des bénéficiaires réels des mandats ainsi que des paiements irréguliers en numéraires d'un montant de 19 308 861FCFA. Là le rapport révèle que deux fonctionnaires impliqués ont été relevés de leur fonction et des mises en demeure ont été adressées par le MATD aux intéressés pour le remboursement des sommes. On mesure à ces deux exemples toutes les limites de l'Autorité de contrôle. Elle a certes un pouvoir de recommandations et de suivi de leur mise en œuvre, mais celle-ci, en particulier la sanction administrative, est du ressort des corps d'origine des agents fautifs.
On relèvera au passage que la flambée des prix du ciment a donné lieu à une descente des contrôleurs de l'Autorité à Diamond Cement, où nombre de dysfonctionnements, notamment dans la chaîne de commercialisation, ont été identifiés. On note en particulier l'absence de critères dans le choix des grossistes, ce qui est une source d'affairisme, le laxisme de l'Inspection régionale des affaires économiques chargée du contrôle et l'interventionnisme des autorités du ministère du Commerce dans les opérations de contrôle. Des recommandations faites par l'Autorité, quelques unes permettent de juguler le désordre suscité par le défaut de programmation des livraisons. La recommandation demande en effet de "saisir et conserver dans les archives la fiche de programmation des livraisons en mentionnant le numéro de la facture concernée par la livraison dans l'ordre chronologique de la facturation et de livrer en priorité la facture la plus ancienne ". La société dit avoir pris des dispositions dans ce sens mais c'est le suivi effectif qu'exercera l'Autorité de contrôle qui sera le meilleur garant de la mise en œuvre des recommandations.
Les différents contrôles ont mis en exergue l'importance des manuels de procédure d'où l'interpellation du chef du gouvernement afin qu'un délai impératif soit fixé pour l'élaboration de ces documents. Aux présidents d'institutions et chefs de départements ministériels, il leur est demandé de ne pas s'immiscer dans l'exécution des missions de contrôle. Il faut souhaiter que ce ne soit pas que des vœux pieux!
Pour trois mois d'activité, le travail accompli ne manque pas de relief .

Par Germain B. Nama

Education inclusive
Une nouvelle approche de l'école pour tous

Aller à l'école reste toujours un privilège au Burkina. La situation est davantage plus compliquée pour les enfants handicapés. Seule une transformation des systèmes éducatifs réduisant les facteurs d'exclusion permettra de réussir l'Education Pour Tous (EPT), a affirmé Valérie Djioze/Galley spécialiste de programme Education au bureau de l'UNESCO à Bamako.
Chaque pays a tenté de mettre en place des politiques et stratégies pour favoriser l'accès à l'école des enfants vulnérables. Selon elle, ces politiques sont fragmentées car elles s'adressent à un groupe cible. Une telle démarche ne permet pas de résoudre la question de l'accès à l'éducation de qualité pour tous. La meilleure approche, c'est l'éducation inclusive. Cette approche privilégie l'identification des changements à apporter pour répondre à la diversité des apprenants. Pour atteindre cet objectif, l'UNESCO a donc développé "des ressources conceptuelles et méthodologiques" pour les pays qui sont intéressés par cette nouvelle approche. Les changements se situent au niveau de l'efficacité de l'enseignement, des méthodes d'enseignement, des manuels et matériel didactique, de l'environnement, des liens entre l'école et la société. C'est dans ce cadre que l'UNESCO a organisé à Ouagadougou, du 28 au 30 mai dernier, un atelier national d'information sur ce nouveau concept, au profit du personnel de l'éducation.
Selon l'UNESCO, 75 millions d'enfants ne sont pas scolarisés dans le monde dont 35 millions en Afrique subsaharienne. Parmi ces enfants scolarisés, certains ne terminent pas le cycle. Au Burkina, c'est 64% d'enfants qui bouclent le cycle primaire contre 73% au Niger et 76% an Guinée. Les enfants handicapés constituent la grande partie des enfants qui n'ont pas accès à l'école. Les études de l'UNESCO montrent une marginalisation des enfants handicapés. En effet, ils représentent 0,79% des enfants scolarisés. Cependant, "cette catégorie devrait représenter 6,5% de la population des enfants scolarisés". La situation s'explique par le système éducatif du pays les facteurs d'exclusion au niveau de la société. Il a été constaté que les enfants qui souffrent des handicaps ne peuvent pas s'adapter au système éducatif ordinaire. Ces enfants ont besoin d'un système éducatif spécifique tenant compte de leur handicap. L'UNESCO a constaté que l'effort de l'Etat en matière d'intégration de ces enfants reste encore faible. Ce qui justifie les déperditions, les nombreux abandons et la faiblesse de solarisation.
Ces enfants évoluent également dans une situation où les facteurs d'exclusion à l'école sont nombreux. Des enfants burkinabè n'ont toujours pas encore accès à l'école à cause de la pauvreté, de l'éloignement des centres d'éducation et de la langue d'instruction.

Abdoul Razac Napon

La RADDHO s'implante au Burkina
Mathias Tankoano, le Président de la section RADDHO/Burkina


Ça y est, la RADDHO vient de prendre pied au Burkina. L'événement en gestation depuis plus d'une année est entré dans les faits le samedi 6 juin 2009, à l'issue d'une assemblée générale constitutive. La soixantaine de délégués présents convoqués ce jour, ont planché sur les textes organiques préparés par un comité d'initiative entouré de personnes ressources très averties des questions touchant aux droits de l'homme en Afrique et au Burkina. Ils ont aussi planché sur un plan triennal synthétisant les principales activités à mener durant les trois ans. Un bureau exécutif de 8 membres a été mis en place conduit par Mathias Tankoano, magistrat. Il compte en son sein 4 femmes. Un conseil d'administration de cinq membres dont deux femmes, présidé par Germain Bitiou Nama, directeur de publication du bimensuel L'Evénement, a également été mis en place. L'organisation s'est engagée à :
- Faire connaître la Déclaration universelle des droits de l'homme de 1948, la Charte Africaine des Droits de l'Homme et des Peuples, et tout texte international qui présente un intérêt certain pour les droits humains, et veiller à leur application effective et à leur promotion dans les Etats parties;
- Collecter, diffuser et échanger toute information relative à la situation des droits de l'homme et des peuples en Afrique et partout dans le monde
- Contribuer à l'éducation aux droits humains, aux droits civiques pour une entière et égale citoyenneté, aux droits économiques sociaux et culturels ;
- Fournir une assistance juridique aux victimes des violations des droits humains, et aux victimes de discriminations, de xénophobie et de racisme ;
-Mobiliser l'opinion publique Burkinabè, africaine et internationale pour dénoncer tous les cas de violations des droits humains et faire adopter les textes constitutionnels et législatifs garantissant leur respect ;
- Encourager la coopération entre la RADDHO et les organisations nationales poursuivant les mêmes buts.
- Participer activement à la consolidation de l'Etat de droit et à la promotion de la démocratie.
Prenant la parole au cours de la cérémonie officielle de lancement de la RADDHO/BURKINA, M. Halidou Ouédraogo, ancien président de l'UIDH s'est réjoui de la perspective que la RADDHO vienne combler le vide laissé ces derniers temps par l'UIDH. Il s'est dit convaincu que le défi des droits de l'homme peut être relevé, vu la qualité des personnes qui président aux destinées de RADDHO/BURKINA.
En rappel, la Rencontre Africaine Pour la défense des Droits de l'Homme en abrégé (RADDHO) est une ONG africaine à vocation continentale née à Dakar le 21 avril 1990. La section du Burkina en est donc un démembrement. Elle est actuellement présidée par le Professeur Alioune Tine.

Pierre Moussa

 

Fronde sociale
Les travailleurs sont sur le pied de guerre


Le mouvement syndical est encore monté au créneau pour signifier aux autorités que leurs conditions de vie se détériorent davantage. C'est dans l'enseignement que la fronde a pris corps pour gagner quelques jours plus tard toute la Fonction publique. Le 4 mai, après la célébration de la fête du Travail, le Syndicat national des travailleurs de l'éducation et de la recherche (SYNTER) était en grève des notes. Ce débrayage s'est poursuivi jusqu'au 16 mai. Cette forme de lutte dans le monde enseignant consiste à la rétention des notes des classes transitoires et des examens blancs. Une grève d'avertissement dont l'objectif était d'exiger du gouvernement la satisfaction de leur plate-forme minimale. Toute la Fonction publique est rentrée dans la danse le 12 et 13 mai dernier. Dans la journée du 12, les travailleurs de l'Etat ont arpenté les grandes artères de Ouaga et à gorge déployées, ils ont signifier aux autorités gouvernementales leur raz le bol à supporter les conditions drastiques dans lesquelles ils vivent. Le lendemain, la Bourse du Travail était encore prise d'assaut par des travailleurs excédés de vivre la misère crasse selon eux. 17 syndicats ont pris part à cet arrêt de travail de 48 heures et à la marche. Leur plate- forme revendicative se décline en 25 points. Comme pour dire qu'ils ont entendu les cris de raz le bol, des travailleurs ou par simple coïncidence de calendrier, les représentants de l'exécutif ont rencontré ceux des travailleurs le 19 mai dernier. Comme point, il y avait principalement le débat sur le système d'évaluation à la Fonction publique. Selon le secrétaire général du SYNTER, Mamadou Barro, porte-parole des 17 syndicats, l'issue de la rencontre a été moins fructueuse. Le système qui conditionne les avancements des agents n'est pas encore mis en place. Les outils de gestion, les lettres de mission, les programmes des services et les fiches d'indication ne sont pas encore connus des travailleurs et ne sont pas encore opérationnels. Un autre couac majeur, a signifié Barro, cet outil d'évaluation a été élaboré sans concertation préalable avec les syndicats. Pour toutes ces raisons, les syndicats ont demandé sa suspension. Ils ne sont pas loin de penser que la signature de la circulaire de la mise en œuvre du système d'évaluation intervenue le 20 février 2008 par le Premier ministre s'apparente à une camisole de force que le gouvernement veut faire passer. Autre point évoqué au cours de la rencontre : les coupures des salaire pour fait de grève. Sur ce point, les syndicalistes avouent ne pas comprendre le gouvernement quand il allie les travailleurs sur le même pied d'égalité sans distinction de catégorie. Les représentants des travailleurs avouent ne pas comprendre qu'on ponctionne le même montant dans le salaire d'un travailleur de catégorie A au même titre que celui de catégorie B par exemple. Mais là encore, a indiqué Mamadou Barro, les ministres commis pour les rencontrer sont restés dubitatifs. Ils ont argué que toute absence volontaire au travail nécessite coupure de salaire. Sur la même lancée, les syndicalistes ont exigé qu'on lève les sanctions qu'encourent les militants du SAMAE, du SATB, du SGB et du SYNAJ et ont tenu à signifier au gouvernement que cet abus de pouvoir par le biais des sanctions injustifiées ne peut participer qu'à détériorer le rapport entre syndicat et gouvernement. Le mouvement syndical est toujours sur le qui vive. Le 26 mai prochain, une journée de protestation est prévue sur toute l'étendue du territoire et concerne tous les travailleurs du public comme du privé.

Merneptah Noufou Zougmoré



 

© L'Evénement - Déc. 2001
Concept. & Réalisation: A. Diallo
Date de mise en ligne: 16 juin 2009