Côte d'Ivoire
Que cherche Gbagbo en livrant Tagro ?

Le président ivoirien vient d'ordonner une enquête
contre son ministre de l'Intérieur, Désiré
Tagro. Ce dernier est cité dans des affaires de corruption,
de détournement de fonds et de favoritisme au profit
de sa tribu. Les premiers ennuis du ministre remontent à
ces empoignades verbales avec un baron du parti au pouvoir,
Mamadou Coulibaly. Le président de l'Assemblée
nationale avait menacé de reprendre la craie, si le parti
prenait la défense de Désiré Tagro. Le
président du parti, Pascal Affi N'Guessan a été
contraint de reconsidérer sa position au regard de la
détermination du président de l'Assemblée
nationale.
Cette décision de Laurent Gbagbo est controversée.
Pour les uns, l'action du président est à saluer.
C'est un début de moralisation de la vie publique. L'homme
sur qui une enquête a été ouverte a été
jusque là considéré comme l'homme de confiance
du président. Il semble que c'est à lui qu'échoient
les dossiers importants. En effet, c'est lui qui a conduit la
délégation de la présidence pour discuter
avec les Forces nouvelles en 2007 à Ouagadougou. C'est
donc le puissant ministre qui est ainsi vilipendé. Le
président ivoirien marque un bon coup aux yeux de certains
Ivoiriens. C'est bien parti pour la campagne présidentielle.
Ce n'est pas tout. Le 11 juin dernier, sur plainte du chef d'état-major
des armées, le commissaire du gouvernement, Ange Kessi,
a mis aux arrêts l'ex-ministre du Fonds de prévoyance
militaire pour détournement de plusieurs millions destinés
aux blessés de guerre. Cinq autres militaires de l'école
nationale de la police ont été également
arrêtés, le directeur de l'école nationale
d'administration a été limogé. L'écurie
de la filière café cacao a été aussi
visitée et des cadres arrêtés et conduits
à la Maison d'arrêt et de correction d'Abidjan.
Pour certains Ivoiriens, cette traque contre le racket, la corruption,
le trafic d'influence va donner un nouveau souffle à
l'administration et à l'économie.
Par contre, pour le Rassemblement des Houphouetistes pour la
démocratie et la paix (RHDP), il s'agit d'une simple
diversion. Gbagbo ruse pour ne pas organiser les élections.
Le porte- parole du RHDP, Alphonse Djédjé Madi
a accusé le président de vouloir saboter le processus
électoral. Selon lui, cette enquête contre Désiré
Tagro n'est en réalité qu'une façon pour
Gbagbo de blanchir ses amis et saboter le processus électoral.
Si le président voulait atteindre le Premier ministre
Guillaume Soro, il ne s'y prendrait pas autrement. Ce n'est
pas un hasard si Sagem se trouve dans l'enquête. C'est
justement pour abattre le Premier ministre et discréditer
par la même occasion la structure Sagem et partant tout
le processus électoral n
Abdoul Razac Napon
Des
outils pour mettre fin aux pillages des pays en développement
Le Groupe de la Banque mondiale et le gouvernement suisse ont
lancé le 08 juin dernier un appel en faveur d'une action
concertée contre le pillage des richesses des pays en
développement. Les fortunes détournées
par les citoyens de ces pays fluctuent sur les places financières
internationales et notamment en Suisse.
"Des milliards de dollars sont volés chaque année
aux pays en développement qui se trouvent ainsi privés
d'opportunités économiques ", déclare
Ngozi Okonjo-Iweala, Directrice générale du Groupe
de la Banque mondiale. Ainsi, selon la Banque mondiale, chaque
année, entre 20 et 40 milliards de dollars (environ 16,2
à 32,4 milliards d'euros), fruits de la corruption, des
détournements de fonds, etc., s'entassent dans les banques
occidentales alors qu'elles auraient pu endiguer l'appauvrissement
des pays en développement comme le Burkina Faso, le Mali,
la Côte d'Ivoire, etc. tout en améliorant les conditions
de vie des populations.
Selon les estimations de la Banque mondiale, avec 20 milliards
de dollars, les pays en développement pourraient pu financer
la construction de 48 000 kilomètres de routes revêtues
de deux voies pendant une année, fournir des soins à
plus de 120 millions de personnes atteintes du VIH/SIDA, ou
encore de l'eau potable à environ 50 millions de ménages
n
R.S
R.S
Les États-Unis, chef
de file de la lutte
De ce fait, l'initiative pour la restitution des avoirs volés
(StAR) est un partenariat entre le Groupe de la Banque mondiale
et l'ONUDC. Leur objectif : collaborer avec les pays en développement
et les places financières pour prévenir le blanchiment
du produit de la corruption et faciliter une restitution systématique
et rapide des biens mal acquis aux pays d'origine.
Le blanchiment de fonds est également une préoccupation
dans les pays occidentaux. Le 8 juin dernier, le Parlement suisse
a rejeté l'accord prévoyant la transmission au
fisc américain, l'Internal Revenue Service (IRS), de
noms de 4 450 clients de la Banque UBS. Ces Américains
sont soupçonnés d'évasion fiscale. Par
ce rejet, les députés suisses refusent de ratifier
l'accord passé entre Washington et Berne sur la transmission
des données bancaires des fraudeurs.
En effet, l'an dernier, le fisc américain avait exigé
que UBS lui révèle les noms des Américains
soupçonnés de blanchir quelques 15 milliards de
dollars en Suisse. Réticent en raison de sa tradition
de secret bancaire, mais menacé de fortes amendes, UBS
avait accepté de fournir une liste. Chose qui n'est plus
possible avec le refus des députés. Toutefois,
un espoir existe toujours pour les Américains de rentrer
en possession de la liste. En cas d'approbation de l'accord
par le Conseil d'Etat, cela sera une victoire pour les Etats-Unis
tout comme pour bon nombre de pays en développement vampirisés
par leurs élites. Et le vote du Conseil d'Etat confirmera
réellement l'intérêt de la Suisse dans la
lutte contre le blanchiment d'argent.
Néanmoins, en cas de nouveau refus, les relations entre
la Suisse et les Etats-Unis risquent d'être ternies et
UBS va encourir des poursuites judiciaires.
R.S
Recouvrir les biens mal acquis
De l'avis de Micheline Calmy-Rey, Chef du Département
fédéral des affaires étrangères
de la Confédération helvétique, "la
corruption est l'un des principaux obstacles au développement
C'est pourquoi la Suisse assume un rôle de premier plan
dans le recouvrement des avoirs mal acquis. À ce jour,
nous avons rendu 1,6 milliard de dollars aux pays d'origine",
affirme la Conseillère fédérale.
Selon la directrice de la Banque mondiale et la Chef du Département
fédéral, les places financières doivent
prendre l'initiative de traiter les affaires de corruption intérieures
et étrangères. À cet égard, le Groupe
d'action financière (GAFI), l'organisme international
chargé de la lutte contre le blanchiment des capitaux
et le financement du terrorisme, peut jouer un rôle important.
Il peut utiliser ses outils et appliquer ses normes dans le
combat contre la corruption. A cela s'ajoute l'obligation de
vigilance à l'égard de la clientèle et
la détection des produits de la corruption et d'en rendre
compte.
Quand au secteur privé, pense la directrice de la Banque
mondiale, il peut jouer un rôle crucial. "Tandis
que nous nous en prenons vigoureusement aux corrupteurs, les
entreprises responsables doivent s'efforcer aussi d'éliminer
les actes de corruption ", pense-t-elle. Mais cela n'est
pas suffisant, les pays en développement doivent ériger
des barrières qui empêchent toutes fuites d'argent.
Ainsi, il est important qu'ils ratifient et mettent en uvre
la Convention des Nations Unies contre la corruption (CNUCC)
avec comme corolaire des dispositions relatives à la
coopération juridique et au recouvrement des avoirs.
Le Burkina Faso a signé cette convention le 10 décembre
2003 et l'a ratifiée le 10 octobre 2006. Le tout n'est
pas de signer mais d'appliquer les principes de cette convention.
Selon le Directeur de l'Office des Nations Unies contre la drogue
et le crime (ONUDC), Antonio Maria Costa, "la CNUCC est
au niveau mondial un bon instrument permettant de prévenir
et d'inverser les flux des biens mal-acquis car il s'agit du
seul instrument légal global comportant des provisions
détaillées et innovantes sur le recouvrement des
avoirs"
R.S